L'arrestation d'Aurore Martin n'apaisera pas le débat sur la question basque

Publié le 2 Novembre 2012

Publié le 02/11/2012 à 10h31 | Mise à jour : 02/11/2012 à 12h34
Auteur Pierre Penin , Pour Sudouest.fr

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L'arrestation d'Aurore Martin peut provoquer des tensions politiques nuisibles à la paix

Aurore Martin a été interpellée jeudi soir dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen

Aurore Martin a été interpellée jeudi soir dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen (archives Jean Daniel Chopin) 

Au-delà de l'émoi immédiat, on ne mesure certainement pas encore l'onde de choc que pourrait provoquer l'arrestation d'Aurore Martin, hier jeudi près de Mauléon. Car elle transcende la personne de la militante de Batasuna, ou le débat sur le mandat d'arrêt Européen (MAE) qui conduit à son transfert vers l'Espagne. Le cas Aurore Martin est devenu à ce point symbolique, qu'il aura une forte résonance dans la situation politique au Pays basque.

Aurore Martin est le premier ressortissant français remis, dans le cadre d'un MAE, aux autorités ibères, en vue de comparaître devant la chambre pénale de l'audience nationale. Cela alors que les faits qui fondent ce MAE sont très largement contestés en France. Bien au-delà du cercle militant indépendantiste. La justice espagnole reproche à la Française sa présence à une conférence de presse de Batasuna en Espagne et la signature de deux articles d'opinion dans le journal « Gara ».

  • Un an après Aiete

Alors interdit en Espagne pour sa proximité avec ETA, le parti de la gauche radicale abertzale est légal en France. De ce côté des Pyrénées, le consensus est vaste pour pointer la disproportion des actes visés et la réaction judiciaire espagnole. De droite à gauche du champ politique (lire ci-dessous), la solidarité avec la militante est quasi unanime. Ce n'est pas un secret : des élus l'avaient hébergée, dissimulée, alors qu'elle était recherchée. Rappelons qu'Aurore Martin encourt 12 ans de prison en Espagne.

Son interpellation intervient quelques jours seulement après le premier anniversaire de la conférence d'Aiete. Cette fameuse réunion, notamment emmenée par le prix nobel de la paix Kofi Annan et le président di Sinn Fein Gerry Adams, a conduit à l'annonce unilatérale par ETA de l'abandon de la lutte armée. Jamais l'idée de la paix au Pays basque n'a été aussi tangible. Aiete est venue consolider des premiers signes d'apaisement. La gauche radicale abertzale avait en octobre 2010 validé la stratégie de non-violence par un texte, « Sutik Euskal Herria » (« Debout le Pays basque »), puis confirmé par l'accord de Guernica.

 

  • Comme un moratoire

La fin de la lutte armée a permis une forme de libération de la réflexion sur l'avenir du Pays basque. Après Aiete, l'impensable comme l'autorisation par l'Espagne du parti Sortu, émanation de Batasuna, est arrivé. Dans la foulée, la percée de Bildu (coalition de la gauche indépendantiste) jusqu'à devenir la deuxième force politique d'Euskadi, témoigne d'un soulagement. Au Pays basque français, l'idée d'une collectivité Pays basque propre ne compte plus les conversions, parfois inattendues, toutes obédiences confondues.

Aurore Martin a observé ces glissements au fil d'une année où, après son arrestation ratée de l'été 2011, elle a repris une vie publique au sein du collectif Bake Bidea (Le chemin pour la paix). L'association issue de la société civile entend agir auprès des politiques comme un lobby en faveur du processus de paix. Toujours sous le coup d'un MAE, la jeune femme de 33 ans ne semblait plus vraiment inquiétée. Comme si les évolutions politiques des derniers mois dictaient un moratoire tacite sur son arrestation. Elle ne se cachait plus et les autorités regardaient ailleurs.

Climat tendu

C'est de l'histoire ancienne depuis hier et l'exécution du MAE. Qu'elle soit fortuite ou planifiée, l'arrestation d'Aurore Martin vient dans un nouvel air du temps, beaucoup plus délicat politiquement. Les arrestations, fin octobre, des etarras Izaskun Lesaka et Joseba Iturbe en Saône-et-Loire, ont permis au ministre de l'intérieur Manuel Valls d'insister sur la force des liens entre Paris et Madrid dans la lutte contre ETA. Il semble que le changement de majorité politique en France, après l'élection de François Hollande à la présidence de la République ne signifie pas d'inflexion en la matière. Les autorités françaises s'alignent sur la position espagnole : le désarmement donc la mise hors d'état de nuire d'ETA comme préalable absolu.

Le même Valls soulevait un tollé, lundi, en écartant de la réflexion sur l'acte 3 de la décentralisation, l'idée d'une collectivité propre au Pays basque. Propos où pointait l'ombre d'ETA dans un amalgame très largement critiqué par la classe politique locale.

L'arrestation d'Aurore Martin n'est certainement pas de nature à détendre le débat sur la question basque dans toute sa complexité (paix, institutions…). La problématique du rapprochement des prisonniers basques n'est pas la moindre des difficultés sur le chemin de la paix. Ne doutons pas que l'affaire Aurore Martin traversera la manifestation pour les « presos » organisée par le collectif Harrira, à Bayonne, le 10 novembre.

Réactions


Jean-François Lefort (Batasuna) « L'arrestation d'Aurore est une surprise. J'éprouve de la colère et de l'incompréhension. Je pensais qu'au cours des derniers mois suffisamment de choses se sont passées pour que de tels actes ne se reproduisent pas. On pensait que le consensus sur la non-application du MAE à Aurore suffisait à la protéger. Mais à l'évidence, le Parti socialiste à Paris n'a pas la même vision de ce qui se passe au Pays basque. »

Sylviane Alaux (députée PS) « Je suis très surprise par l'arrestation d'Aurore Martin qui vivait dans une sorte de semi-clandestinité avec beaucoup de soutiens amicaux. Je me suis demandée s'il s'agissait d'une opération organisée ou fortuite. Il semble qu'elle ait été opérée lors d'un banal contrôle routier. Quand je mesure ce qui est reproché à Aurore Martin, sa participation à une conférence de presse et à une manifestation interdite, je suis interpellée. Je vais suivre ça de très près. »

Peio Etcheverry-Ainchart (AB) « Une telle arrestation, en plein processus de paix ! D'un côté, nous avons un groupe politico-militaire qui a décidé de déposer les armes, et de l'autre une répression qui n'en finit pas. Où est la participation positive au processus de paix ? Ce qui se passe est inadmissible. Cela donne l'impression d'une provocation. »

Jean-René Etchegaray (MoDem) « Je suis choqué par cette arrestation, inadmissible pour les droits de l'homme. Le MAE est très contestable sur le plan juridique. Je suis choqué aussi par la coïncidence entre cet événement et les récentes déclarations faites par Manuel Valls. Il n'est pas impossible qu'Aurore Martin soit victime d'un accord diplomatique entre M. Valls et son homologue espagnol. »

Max Brisson (UMP) « Ce n'est pas bon signe ! Le Pays basque, dans sa diversité politique et sociale, s'était exprimé pour dire que le MAE était disproportionné par rapport à ce qui est reproché à Mme Martin. Le télescopage de cette arrestation avec celles de Mâcon et les déclarations du ministre de l'Intérieur Manuel Valls vont créer des crispations. Quelle est l'utilité de cette arrestation ? »

ETA · Bayonne · Pau · Faits divers
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Vos commentaires 12
 
Kirikou de bool
02/11/2012, à 15h39 Alertez
"L'arrestation d'Aurore Martin n'apaisera pas le débat sur la question basque". En êtes-vous sûr ?
 
 
kate
02/11/2012, à 14h11 Alertez
@LoveEngland : prenez une camomille...
Vous ne méritez pas d'Izarra, avec votre commentaire.
 
 
Nougat
02/11/2012, à 13h09 Alertez
Chacun sait que l'on peut être interpellé à n'importe quel moment par la police. Personnellement ça ne pose aucun problème. Si on n'est coupable de rien on est relaxé. On peut supposer qu'en Espagne il en est de même. En Espagne comme en France, il y a des lois et celui qui les transgresse s'expose à être jugé et condamné pour la faute qu'il a commise.
 
 
Clovis
02/11/2012, à 12h37 Alertez
Sur le plan des principes républicains français, avant le MAE, les extraditions d'étrangers vivant en France et réclamés par la justice d'autres pays, y compris pour les actes les plus horribles, étaient liés et le sont toujours à des pratiques autrement plus contraignantes, notamment sur les risques pour la personne, la conformité à la loi française...etc. Et jamais la France n'a livré un de ses nationaux à un autre pays.Donc remettre une Française à L'espagne poru des faits qui ne sont pas punissables en FRance (participation à des réunions politiques de Batasuna qui est légal en France mais interdit en Espagne). Alors moi je veux bien mais je me dis qu'on aurait mieux fait de s"occuper un peu mieux de Merah pour l'empêcher de faire ce qu'il a fait que d'Aurore Martin pour l'impliquer dans quelque chose qu'elle n'a pas fait au regard de la loi française. Et rappelez-vous qu'elle n'est pas poursuivie pour avoir du sang sur les mains.
 
 
pantxua
02/11/2012, à 12h20 Alertez

Pour ma part je trouve que l'article résume parfaitement la situation, nous sommes dans un processus fragile et il importe de ne pas faire de provocation ni d'un côté ni de l'autre.

Nous savons tous que les extrémistes de différents bords ne demandent que cela.

 
 
nilorenaiz
02/11/2012, à 12h05 Alertez
Et puis je voulais ajouter que tous ces abertzales pro Bildu beneficient sans mot dire des aides du gouvernement espagnol. Si tu craches sur quelqu'un ne tend pas la main pour prendre ce qu'il t'offre.
 
 
melkhyor
02/11/2012, à 11h46 Alertez
Ben si elle a faits des actes illégaux , elle paye point barre ....
 
 
PAS GLOPS
02/11/2012, à 11h44 Alertez
Indépendance pour le PAYS BASQUE. CHICHE, une culture qui s'étend sur quelques km2, une économie (?!) reposant sur l'élevage,l'agriculture et le tourisme, une langue parlée par quelques élements, je veux voir le résultat au bout de quelques mois. La République se retirant totalement des allocations et subventions diverses.
 
 
françaisbasque
02/11/2012, à 11h41 Alertez
Toujours la même hypocrisie: d'un coté menacer, harceler, extorquer, assassiner et de l'autre pleurer en invoquant les droits de l'homme, à commencer par ces bourreaux qui ont laissé croupir plus de 300 jours un fonctionnaire (mais ce n'était qu'un espagnol) dans un trou à rat.

Et puis, on est passé du "droit à la différence" à la "normalisation" c'est-à-dire tous basques à la bildu (les autres peuvent s'exiler comme Imanol), et aussi du bi-linguisme à la langue unique (ne pas avoir l'EGA interdit maintenant d'entrer dans les marchés publics )
 

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Publié dans #citoyens d'europe

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