L'équipe Hollande choisit "la riposte graduée" face au feu nourri de l'UMP

Publié le 10 Janvier 2012

Par LEMONDE |  Mis à jour le 10.01.12 | 14h52

 

 

Quelle intensité donner à la réplique ? Jusqu'où monter en puissance dans l'affrontement, sans pour autant s'abaisser au combat de rue ? Pour l'équipe de François Hollande, soumis à pilonnage quotidien des poids lourds de l'UMP, la question de la riposte s'annonce comme un des points stratégiques de la campagne.

Après le feu nourri sur ses propositions puis la polémique sur le "sale mec" – propos qui lui ont été attribués sur Nicolas Sarkozy –, les vœux à l'arme lourde, lundi 9 janvier, de François Fillon, confirment la tendance, plus belliqueuse que jamais, de l'adversaire. "Ça relève de la stratégie à la Karl Rove, qui avait conseillé Bush", relève Delphine Batho, l'une des quatre porte-parole du candidat Hollande avec Najat Belkacem, Bernard Cazeneuve et Bruno Le Roux.

"C'est la campagne négative où il s'agit de détruire l'adversaire, y compris par les mensonges les plus absolus." Une stratégie du rouleau compresseur dont M. Hollande ne doute pas qu'elle est directement pilotée depuis l'Elysée, comme il l'affirmait, jeudi 5 janvier à Caen, aux militants : "Avez-vous vu la somme des caricatures, des dénigrements de cette organisation dont on dit qu'elle n'est pas au sommet de l'Etat ? Non, elle est dans le bureau du chef de l'Etat", accusait le candidat, qui résumait la méthode : "Je dis quelque chose : je suis irresponsable. Je ne dis rien: je suis flou. Si je parle, on n'a pas compris. J'explique, c'est encore pire."

Le job de la cellule riposte du PS, à ce stade, relèverait presque de la légitime défense. "Nous allons répondre coup pour coup", prévient M. Cazeneuve, député maire de Cherbourg. "On ne peut pas laisser faire ça", confirme Mme Batho, proche de Ségolène Royal, qui vécut pendant la campagne de 2007 le même mitraillage de la candidate. "A l'époque, nous avions tardé à réagir…" S'ils considèrent être cette fois-ci mieux armés, les socialistes concèdent avoir affaire à plus forte partie encore. Voire à concurrence déloyale.

LA MANIÈRE FORTE A SES LIMITES

"C'est pire qu'en 2007", diagnostique Najat Belkacem, porte-parole de MmeRoyal pendant la présidentielle. "Ils sont plus nombreux et ceux qui s'expriment sont ministres, donc avec une audience particulière. Nous ne sommes pas à égalité de moyens."

La manière forte, pourtant, a ses limites. "Il faut faire attention, prévient M. Hollande. Il faut de la réactivité, ne rien laisser passer, mais avec des arguments dignes, politiques, efficaces." Le commando Hollande s'en tient, pour l'heure, à une "riposte graduée". Selon l'enjeu, montent au front soit les porte-parole ; soit le directeur de campagne Pierre Moscovici ou le directeur de la communication Manuel Valls; soit, si l'heure est grave, le candidat lui-même. "Ça suffit", a-t-il ainsi coupé court après l'épisode du "sale mec".

En résumé : plutôt les unités mobiles que les divisions blindées de l'UMP. Et des angles d'attaque différenciés. Ainsi, le 4 janvier, sur ce même sujet, M.Cazeneuve défendait-il son champion en expliquant que celui-ci ne faisait que refléter l'état de l'opinion, pendant que Mme Batho dénonçait une "manipulation".

Et que Mme Belkacem expliquait que "l'UMP n'avait aucune leçon à donner depuis le 'casse toi pauvre con !'", faisant allusion à l'invective lancée par le chef de l'Etat à un visiteur qui refusait de lui serrer la main au Salon de l'agriculture de Paris, en 2008.

"LA DROITE CHERCHE À SOUILLER ET À DÉGOÛTER"

La stratégie du bulldozer, au fond, M. Hollande n'y croit guère. "C'est à la fois leur force, car cela leur permet de mobiliser leurs troupes, et leur faiblesse, car c'est tellement caricatural que ça crée une solidarité autour de moi, estime le candidat du PS. Les gens me disent : “Tenez bon, courage, ne cédez rien”".

Pour les socialistes, un minimum de subtilité ne nuit pas au combat politique. "Nous n'avons aucune naïveté sur la stratégie de l'adversaire, assure M. Cazeneuve. Mais on n'est pas obligé de rendre la politique inesthétique pour être efficace."

Dans la mêlée, mais avec dignité, donc. "La droite cherche à souiller et à dégoûter, explique M. Hollande. Mais ce côté obsessionnel, à quatre mois de l'élection, peut aboutir à une lassitude. Il ne faut pas négliger l'abstention."

Et à en croire le candidat, il n'y aurait rue de Solférino aucun candidat au pugilat : "La façon de faire de Mme Morano, qui jette des œufs pourris, chez nous, personne ne voudrait faire ce travail-là."

David Revault d'Allonnes Article paru dans l'édition du 11.01.12

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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