L'Irak va poursuivre Blackwater en justice

Publié le 1 Janvier 2010

Un juge fédéral américain a rejeté les accusations portées contre les cinq agents de l'entreprise américaine de sécurité, accusés d'avoir tué 14 civils irakiens en 2007.

Das agents de Blackwater. Ici en Irak où la société privée a été vivement critiquée pour ses méthodes (AFP)

Das agents de Blackwater. Ici en Irak où la société privée a été vivement critiquée pour ses méthodes (AFP)

Le gouvernement irakien a annoncé, vendredi 1er janvier, qu'il allait poursuivre en justice la compagnie de sécurité américaine Blackwater, après l'abandon aux Etats-Unis des accusations contre cinq de ses employés impliqués dans la mort de civils en septembre 2007. Un juge américain a en effet rejeté jeudi les accusations portées contre les cinq agents de sécurité qui, travaillant pour le département d'Etat américain en Irak, étaient accusés d'avoir tiré sur des civils irakiens, tuant au moins 14 personnes. Le juge fédéral Ricardo Urbina a estimé que l'accusation avait violé les droits des accusés en utilisant des témoignages livrés, alors que les agents de sécurité étaient protégés par l'immunité conférée par le gouvernement américain.

Explications peu crédibles


"Dans leur zèle à accuser les suspects, les enquêteurs ont obtenu de façon agressive des déclarations que les parties de la défense ont été obligées de faire juste après la fusillade", reproche le juge aux enquêteurs. "Les explications offertes par les enquêteurs afin de persuader le tribunal qu'ils n'avaient pas utilisé ces témoignages forcés ont été trop souvent contradictoires et peu crédibles", poursuit le juge en expliquant sa décision.
Les agents de Blackwater, âgés de 24 à 29 ans, avaient plaidé non coupables au début de l'année des 35 chefs d'accusation dont ils devaient répondre.

Colère de l'Irak


La décision du juge Urbina avait été vivement critiquée par l'Irak, qui avait promis d'"agir de manière forte et résolue pour poursuivre les criminels de Blackwater". "Les enquêtes menées par les autorités irakiennes confirment de manière claire que les gardes de la société Blackwater ont commis un crime et fait usage d'armes alors qu'il n'existait aucune menace nécessitant un recours à la force", avait déclaré le gouvernement.

"Ils aimaient tirer sur des gens non armés"


De son côté, la ministre irakienne des droits de l'Homme, Wejdane Mikhaïl, a affirmé être "vraiment stupéfaite de la décision" et attendre "de l'ambassade américaine une copie de la décision du juge". "Ce qui s'est passé a été très mauvais car tant de personnes innocentes sont mortes, des jeunes, des étudiants, tués par quelqu'un qui aimait tirer sur des gens non armés", a-t-elle ajouté. "Tous les Irakiens vont être mécontents. Il y a eu tellement de travail de fait pour poursuivre ces gens en justice, je ne comprends pas la décision du juge", a-t-elle poursuivi, affirmant avoir demandé un rendez-vous à l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad.

Répercutions contre les sociétés de sécurité


Quant au commandant des forces américaines en Irak, Ray Odierno, il craint que la décision du juge américain ait des répercussions sur l'ensemble des sociétés privées. "Ce que je crains, c'est qu'il y ait un contrecoup contre les sociétés de sécurité qui continuent de travailler (en Irak). Je ne souhaiterais pas être témoin de ceci", a-t-il dit.


Fusillade au passage d'un convoi américain


Le 16 septembre 2007, 17 civils irakiens non armés, selon le bilan de l'enquête irakienne, 14 selon celle des Etats-Unis, avaient trouvé la mort lors d'une fusillade survenue à un carrefour très fréquenté de l'ouest de Bagdad, au passage d'un convoi diplomatique américain escorté par des employés de Blackwater. Vingt personnes avaient été blessées. Un sixième employé de la société américaine avait plaidé coupable de tentative d'homicide en décembre. Les témoins de la scène avaient assuré que les agents de sécurité avaient tiré sur des civils sans avoir été agressés.

"Leur faire payer le 11 septembre"


Blackwater, la plus grande entreprise privée de sécurité utilisée par les Américains à Bagdad, a de son côté toujours affirmé que ses gardes avaient ouvert le feu en état de légitime défense. A en croire le parquet fédéral, les agents "avaient délibérément l'intention de tuer ou de blesser des civils irakiens". En se basant sur des dépositions, ce même parquet affirmait qu'un des accusés avait dit à un de ses collègues qu'il voulait tuer des Irakiens "pour leur faire payer les attentats du 11 septembre" 2001. Il se serait même vanté d'avoir tué un nombre important d'Irakiens. S'ils avaient été reconnus coupables, les agents de Blackwater auraient encouru jusqu'à dix ans de prison pour chaque homicide.

Xe Corporation


Un rapport, mené par le département d'Etat en 2007, a conclu que le gouvernement américain ne surveillait pas suffisamment les firmes privées auxquelles il sous-traite les tâches de protection de diplomates ou de surveillance de ses installations en Irak. La fusillade avait poussé Bagdad à annoncer la fin de la licence de Blackwater en Irak. Depuis l'incident, l'entreprise a été renommée Xe Corporation.


Source Nouvelobs.com avec AFP

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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