La confiance votée à Papandréou pour mieux le voir partir

Publié le 5 Novembre 2011

 

 


Le premier ministre grec Georges Papandréou applaudit après avoir remporté le vote de confiance du Parlement à Athènes, le 4 novembre 2011 (Yiorgos Karahalis/Reuters)

Georges Papandréou, le premier ministre grec, a donc obtenu, dans la nuit de vendredi à samedi, la « confiance » du parlement grec, à l'issue d'une folle semaine très théâtrale qui a mis le monde au bord de la crise de nerfs.

Papandréou a obtenu cette confiance par 153 voix contre 145, à un moment où, paradoxalement, cette « confiance » n'existe plus en cet homme, héritier d'une des grandes « dynasties » politiques grecques, qui s'apprête, sauf nouveau rebondissement toujours possible, à quitter son poste, épuisé et rejeté.

Après ce vote du parlement, qui sauve le Pasok, le parti socialiste grec, de la déroute totale, Georges Papandréou va rencontrer ce samedi le président grec pour discuter de la formation d'un nouveau gouvernement, d'union nationale même si le concept n'est pas encore très clair.

Et l'homme qui le dirigera ne sera sans doute pas Georges Papandréou, mais son ministre des finances, Evangelos Venizelos, qui s'était opposé à lui sur la question du référéndum. Le gouvernement pourrait être plus composé de « technocrates » que de politiques, un conditionnel qui s'impose après les nombreux coups de théâtre de la semaine écoulée.

Semaine folle

C'est l'épilogue de la semaine la plus folle de la vie politique grecque et un moment surréaliste pour l'Europe en pleine crise financière.

Une tragédie en trois actes :

  • Georges Papandréou surprend son propre gouvernement et parti, mais aussi ses partenaires européens, en annonçant en début de semaine qu'il allait soumettre au peuple grec par référendum l'accord survenu la semaine précédente à Bruxelles sur le sauvetage de la Grèce, la réduction de sa dette et les conditions de l'aide financière internationale.
  • « Convoqué » à Cannes par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le premier ministre grec annonce un référendum rapide -le 4 ou 5 décembre-, mais surtout une question différente : êtes-vous pour ou contre le maintien de la Grèce dans la zone euro ? Pour la première fois, lors d'une conférence de presse commune, « Merkozy » (Merkel et Sarkozy) évoquent la possibilité de voir la Grèce quitter l'euro.
  • Troisième acte à Athènes, plus de référendum mais un vote de confiance au parlement suivi d'un départ de Papandréou du pouvoir, remplacé par un gouvernement d'union nationale.

Georges Papandréou a-t-il été dans cette affaire un habile tacticien qui aura sauvé son parti et fait passer la potion amère du plan européen en se sacrifiant personnellement, ou aura-t-il effectué un dernier coup d'éclat ingagnable en forme de suicide politique ?

L'histoire sera sans doute sévère avec ce dernier rejeton de la dynastie Papandréou (son grand-père, également prénommé Georges, a été premier ministre, tout comme son père Andréas, qui a fait gagner le Pasok en 1981).

Un pays exsangue

Papandréou laisse un pays exsangue, dont la faillite est imminente si l'Europe et le FMI ne versent pas avant le 15 décembre une tranche de 8 milliards d'euros d'aide.

Un pays, aussi, dont une partie de la société est en rupture (l'incident du 28 octobre au cours duquel des manifestants ont perturbé le défilé militaire du jour anniversaire de la résistance à l'invasion italienne de 1940 a été perçu comme le signe inquiétant de cette rupture), tandis que l'autre, celle qui a bien profité et abusé du système clientéliste, a sans doute déjà mis son argent à l'abri en Allemagne ou en Suisse, en attendant la suite.

Le premier ministre a été incapable de réformer la Grèce à temps, et s'est transfromé en gestionnaire, certes courageux, d'une purge d'austérité et de rigueur sans précédent imposée à un peuple de l'Union européenne, la zone théoriquement la plus riche au monde !

S'il passe le témoin à son ministre des finances, c'est pour mettre en oeuvre le plan de Bruxelles, qui sauve la Grèce mais impose aux Grecs un traitement social brutal. Pour celà, même s'il n'est que l'héritier d'un système auquel les deux grandes forces politiques du pays ont collaboré, l'histoire sera sévère avec lui.

En 1981, quelques mois après la victoire de François Mitterrand en France, le Pasok de papandréou père avait gagné les élections législatives en Grèce pour la première fois depuis le retour à la démocratie. Libération avait titré : « le socialisme a un nouveau pays : la Grèce ». Trente ans plus tard, le même Libération a titré cette semaine sur Papandréou fils, en pleine page, avec un mot grec signifiant « Chaos ». Un beau résumé d'une page d'histoire. Adieu Papandréou.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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