La guerre des valeurs, botte secrète de Nicolas Sarkozy

Publié le 10 Février 2012

 

Jeu dangereux 09/02/2012

La guerre des valeurs, botte secrète de Nicolas Sarkozy

Auteur  Eric Dupin | Journaliste
 

Et si Nicolas Sarkozy s'apprêtait à sortir la botte secrète qui le sauvera de la défaite annoncée ? A en croire certains observateurs, l'Elysée se préparerait à une implacable guerre éclair contre le trop placide François Hollande. Impuissant à convaincre les Français du bien-fondé de sa politique économique et sociale, le candidat de l'UMP serait sur le point de lancer une véritable bataille culturelle contre la gauche.

C'est Frédéric Martel, expert en « sarkozysme culturel », qui développe le mieux cette thèse. Dans une récente chronique de L'Express, il détaille ce qu'il pense être les plans de Sarkozy :

« Secrètement, il a mis en place un dispositif de communication très élaboré (que j'ai décrit récemment dans mon livre “J'aime pas le sarkozysme culturel”), lequel sera complété par un dispositif guerrier construit en triangulation en direction de trois candidats : François Hollande, d'abord, contre lequel il va déclencher la guerre éclair, une véritable Blitzkrieg ; Marine Le Pen en ricochet ; François Bayrou, enfin, en victime collatérale. »

En guerre contre la France halal

Le journaliste-écrivain explique que Sarkozy va « entrer en guerre contre la France halal ». Le récent discours de Claude Guéant sur l'inégalité des « civilisations » prend ici un relief particulier. On sait que le ministre de l'Intérieur a cru bon tenter de les clarifier en ciblant « la religion musulmane ». On sait aussi que le président de la République a couvert Guéant en estimant que ses propos relevaient d'un simple « bon sens ». Le dirigeant du Front national Bruno Gollnish parle, pour sa part, d'« évidence ».


Une du Figaro magazine du 11 février 2012

Le candidat Sarkozy serait-il prêt à se lancer, à son tour, dans une sorte de croisade de civilisation ? A tout le moins, Martel pense qu'il exploitera à fond le thème du vote des immigrés aux élections locales préconisé par la gauche. D'autres échos en provenance des allées du pouvoir suggèrent que le Président sortant entend se battre sur le terrain des « valeurs ». Le Monde rapporte que Sarkozy aurait confié à l'un de ses ministres avoir « constaté que les débats économiques tournaient à la querelle technicienne et que nul n'en sortait vainqueur ». D'où ses charges brutales sur les questions de société comme la politique familiale.

L'offensive de Sarkozy sur les « valeurs » dans son interview au Figaro magazine, allant jusqu'à envisager des référendums accusatoires contre les chômeurs et les immigrés, relève de la même logique.

Les spéculations sur cette stratégie à la fois culturelle et droitière, dont on attribue parfois la paternité au conseiller Patrick Buisson, interviennent au moment même où chacun s'interroge sur la possible absence, faute de parrainages, de Marine Le Pen de la compétition présidentielle. Jean-Luc Mélenchon n'a pas hésité à accuser Sarkozy et ses proches d'avoir « comploté depuis de longs mois pour que Marine Le Pen n'ait pas ses signatures ». Pour le candidat du Front de Gauche, l'affaire est claire. Le président sortant s'apprête à être le « candidat de substitution » du FN.

Une stratégie pleine de défauts

Il est difficile de savoir à quel point ces savants calculs reflètent une réalité. Mais il apparaît bien vite qu'une telle stratégie se heurterait à toute une série d'obstacles.

1

La difficulté à faire diversion

 

Chacun garde en mémoire l'échec du « débat sur l'identité nationale ». Alors que la crise économique et sociale est plus vive que jamais, toute stratégie de diversion vers des enjeux prétendument culturels ou identitaires serait facilement décryptée par les Français.

Réactiver le débat sur l'immigration – par le biais de l'islam ou du droit de vote des étrangers – entrerait en contradiction avec les préoccupations d'une large majorité d'électeurs. La question de « l'immigration » (11%) n'arrive qu'en huitième position des « priorités dont devrait s'occuper le prochain président de la République », loin derrière l'emploi (71%), le pouvoir d'achat (42%) ou encore la santé (28%). La même enquête Viavoice précise que l'immigration n'est pas plus « prioritaire » dans les « couches populaires ». Il sera encore difficile de faire croire que la question de l'emploi peut être ramenée à la mauvaise volonté des chômeurs.

2

Le discrédit sur ces questions

 

Nous ne sommes plus en 2007. Sarkozy ne peut échapper à son bilan, y compris sur ces questions. Un sondage BVA indique que c'est Le Pen qui est considérée comme la « plus crédible » sur le sujet de l'immigration (37%), suivie de Hollande (32%) alors que Sarkozy n'est cité que par 13% des personnes interrogées.

Le droit de vote des immigrés non communautaires aux élections locales n'apparaît pas comme la redoutable machine de guerre espérée par certains. L'opinion est aujourd'hui très partagée sur le sujet. Les enquêtes les plus récentes montrent même, au prix certes d'une formulation bienveillante, qu'une majorité de Français peut consentir à cette réforme : 61% contre 38% d'après un sondage BVA.

3

Un dangereux décentrage

 

Une stratégie de guerre culturelle néo-conservatrice permettrait sans doute d'élargir l'assise électorale de Sarkozy sur sa droite et de faciliter les reports du FN au second tour. Mais elle engendrerait simultanément, et par là-même, une déperdition de voix vers le centre. Si François Bayrou peine actuellement à poursuivre la dynamique qui le portait à la fin de l'année, il demeure en embuscade.

Par ailleurs, une telle stratégie compliquerait encore les reports de voix du candidat centriste sur le Président sortant qui ne sont déjà pas fameux. D'après la dernière enquête d'intention de vote Ipsos, seulement 24% des électeurs de Bayrou prévoient aujourd'hui de voter Sarkozy au second tour. Et rien n'assure que les électeurs lepénistes, très remontés contre le chef de l'Etat, se rangent massivement à ses côtés au tour décisif. Pour l'heure, ils ne sont que 41% à y songer.

4

La vengeance du Front national

 

Pour l'UMP, spéculer sur l'élimination du FN de l'élection présidentielle serait un jeu à haut risque. L'absence de Marine Le Pen doperait certes le score de Sarkozy du premier tour. L'enquête Ipsos indique toutefois que celui-ci garderait sa seconde place, seulement 23% des électeurs du FN envisageant de le soutenir au premier tour en pareille hypothèse.

Mais les reports des électeurs de sensibilité lepéniste au second tour risqueraient alors d'être pire qu'aujourd'hui. Le FN ne manquerait pas de mener une violente campagne contre le Président sortant. Et ses électeurs, frustrés par une présidentielle tronquée, se vengeraient très probablement lors des législatives de juin. La réélection de Sarkozy n'en serait finalement guère facilitée tandis que sa capacité à retrouver une majorité parlementaire deviendrait encore plus problématique.

Mis à jour à 15h35.

MERCI RIVERAINS ! aartaud
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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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