Landes : Lali, emportée à 2 ans et en 4 jours par une bactérie

Publié le 30 Juillet 2012

06h00 | Mise à jour : 11h16
Auteur emma saint-genez , Pour Sudouest.fr
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Lali Jalet est décédée le 11 mai, douze jours avant ses 3 ans. Un cas isolé dont l'origine précise restera inconnue

Lætitia Jalet aurait aimé savoir comment la dernière de ses trois filles a été contaminée et emportée par la bactérie Escherichia Coli. Faute d'autres cas, elle n'aura pas de réponse.

Lætitia Jalet aurait aimé savoir comment la dernière de ses trois filles a été contaminée et emportée par la bactérie Escherichia Coli. Faute d'autres cas, elle n'aura pas de réponse. (photoisabelle louvier)

Les pages du carnet de santé de Lali Jalet resteront vierges au-delà du 11 mai dernier. C'est à cette date que la petite fille, âgée de 2 ans et demi et domiciliée à Boos, est décédée à l'hôpital des enfants à Bordeaux, emportée en quatre jours par la bactérie Escherichia Coli. « Les médecins nous ont expliqué que c'était la rencontre avec cette bactérie qui a tué notre enfant », témoignent Lætitia et Benoît Jalet, les parents de la fillette, qui tentent tant bien que mal, avec leurs deux aînées, de recoller les morceaux d'un quotidien auquel a été arraché « le bébé de la famille ».

Le drame démarre le lundi 7 mai en fin d'après-midi quand Lali rentre de l'école de Rion-des-Landes en se plaignant de maux de ventre. Elle ne touche pas à son assiette et passe sa nuit entre nausées, vomissements et diarrhées. Le lendemain, sa mère appelle le médecin de garde qui lui donne les conseils d'usage en pareil cas : donner à boire et des médicaments pour calmer les vomissements.

 

Quelques conseils de prévention

Le risque zéro n'existe pas, mais Patrick Rolland, responsable de la cellule régionale de l'Institut national de veille sanitaire, donne quelques conseils pour éviter la bactérie Escherichia Coli et ses possibles conséquences. « Bien cuire à cœur tout ce qui est viande hachée, éviter de donner du fromage à base de lait cru aux enfants de moins de 3 ans et privilégier ceux à pâte pressée ou au lait pasteurisé, séparer les aliments crus de ceux qui sont cuits et prêts à consommer, réchauffer suffisamment les plats cuisinés et les consommer rapidement, bien laver plan de travail et ustensiles de cuisine, se laver systématiquement les mains avant la préparation des repas, éviter d'avaler de l'eau quand on se baigne dans des lieux possiblement souillés par des déjections animales, éviter autant que possible le contact des enfants de moins de 5 ans avec les animaux. » Même si ce dernier point relève du challenge selon le professionnel…

Quand le praticien rappelle l'après-midi, cela ne va pas mieux. Il ausculte Lali, constate les diarrhées et les douleurs abdominales et l'envoie à l'hôpital de Dax. Le diagnostic établit alors une gastro-entérite. La petite fille, qui vomit tout ce qu'elle ingère, est placée sous perfusion. La nuit du mardi 8 au 9 mai est aussi mouvementée que la précédente. « Ce qui m'inquiétait beaucoup, c'est qu'elle ne dormait pas, se souvient sa maman. Elle ne tombait pas d'épuisement comme cela arrive quand on n'en peut plus de fatigue. » Le jeudi matin, l'état de Lali ne s'est pas amélioré. Le bilan sanguin finit par isoler la bactérie Escherichia Coli, de souche 026. L'équipe médicale s'est, par ailleurs, rendu compte que les reins de la fillette ne fonctionnent plus. « Elle avait pris du poids, 8 à 900 grammes, reprend la maman. Elle ne faisait plus pipi dans sa couche. »

Héliportée

En fin de matinée, le 10 mai, la décision est prise d'héliporter la petite fille vers l'hôpital des enfants à Bordeaux « parce que la bactérie empoisonnait son sang et qu'il fallait la placer sous dialyse ». Lali s'envole avec un urgentiste bordelais tandis que ses parents prennent la route. « Nous avons été très bien reçus. On nous a expliqué ce qu'était cette bactérie dite du hamburger, mais qu'elle pouvait tout aussi bien se trouver dans du fromage au lait cru, des légumes souillés. »

Les questions commencent à tourner dans la tête des parents. Est-ce le sandwich américain acheté sur une fête foraine dont Lali a mangé un bout ? Un repas à la maison ? À la cantine ? Cette virée au fast-food ? Le fromage acheté le samedi précédent sur un marché ? Benoît et Lætitia Jalet retrouvent leur petite dernière le jeudi soir, enfin endormie, mais perfusée « et branchée de partout ». « C'était impressionnant. La première fois que ça nous arrivait. Nos enfants ont toujours été en parfaite santé », poursuit Lætitia Jalet.

La jeune femme part se reposer vers 23 heures. Son mari a repris la route de Boos et du travail sur les marchés le lendemain. Mais vers 1 h 30, elle est réveillée en sursaut. Lali a fait un arrêt cardiaque. « Il y avait six ou sept personnes autour d'elle en train de la réanimer. Je me suis placée derrière sa tête en lui disant "Bats toi ma chérie ». Mais au bout de deux heures, « intenses pour tout le monde », c'est fini. Il est 3 h 14. Lali en a fini de sa courte vie. Une semaine après ses premiers maux de ventre, elle est enterrée à Boos.

Vient alors le temps du deuil, puis celui des questions. Surtout quand les médias se font l'écho fin juin d'une nouvelle épidémie en Aquitaine due à la bactérie Escherichia Coli (lire par ailleurs). « Cela m'a mise en colère, explique la maman de Lali. Je n'ai rien à dire sur la prise en charge médicale. Mais ma fille est décédée et on n'en parle pas. Il faut au contraire faire en sorte que cette bactérie soit connue. » Pour continuer à vivre aussi, sans Lali.

70 à 100 enfants touchés par an

En juin, une nouvelle épidémie due à la bactérie E-Coli et présente dans des steaks hachés a frappé en Aquitaine. Au total, l'Institut de veille sanitaire (INVS) a recensé 15 cas, dont neuf avec syndrome hémolytique et urémique, et six restés à l'état de diarrhées. Mais aucune issue mortelle. Il y a eu investigations. Ce qui n'a pas été le cas pour la fillette landaise.

Car Lali est un cas isolé. L'hôpital de Dax a bien fait le signalement à l'Institut de veille sanitaire comme la procédure l'exige, mais l'enquête en est restée là, faute d'autres patients recensés dans son entourage. « Lorsqu'il y a un cas unique, c'est très difficile d'identifier la source contaminante, explique Patrick Rolland, responsable de la cellule régionale de l'Institut de veille sanitaire (Cire). La bactérie Escherichia Coli se trouve dans le tube digestif de l'animal et dans tout être vivant à sang chaud. Ce n'est pas la bactérie elle-même qui va rendre malade mais les shiga toxines qu'elle produit. Il y a entre un et dix jours d'incubation. Les symptômes sont les diarrhées, les maux de ventre, l'insuffisance rénale. En l'occurrence, on ne pouvait pas aller plus vite. Et on ne pourra jamais dire quel est l'aliment en cause dans la pathologie de cette petite fille, vu que nous n'avons aucun autre élément de comparaison ».

L'Agence régionale de santé lance des investigations à partir de deux cas. Chaque année, au niveau national, entre 70 et 100 enfants développent un syndrome hémolytique et urémique. 1 % décède. Lali en a, hélas, fait partie.

Auteur E. St.-G. lire l'article sur sudouest.fr

Boos · Dax · Faits divers · santé

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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