Le hollandisme, une gauche tradi bien de chez nous

Publié le 30 Janvier 2012

Eric Dupin | Journaliste

François Hollande lors de la présentation de son projet présidentiel, le 26 janvier à Paris (Audrey Cerdan/Rue89)

Le hollandisme n'est pas un exotisme. En dépit de son patronyme, le candidat Hollande incarne une figure finalement assez traditionnelle de la gauche française. Avec ses qualités et ses défauts.

La gauche française a toujours aimé les grands et beaux discours. De Jean Jaurès à François Mitterrand en passant par quelques autres, l'art oratoire fait partie des attributs indispensables au chef de la gauche.

François Hollande ne se cache pas de l'avoir étudié de près. Son discours du Bourget de dimanche dernier a été réussi en ce sens qu'il a passé avec succès ce grand oral.

Pour enflammer une salle, rien ne vaut la désignation d'un ennemi symbolique. La déclaration de guerre à la finance de Hollande remplit ici parfaitement cet office.

Du « mur de l'argent » des radicaux du début du XXe siècle à « l'argent qui corrompt » dénoncé plus tard par François Mitterrand, la gauche a l'habitude de stigmatiser la plutocratie.

« Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l'économie, de la société et même de nos vies », n'a pas hésité à proclamer le candidat.

Agiter les symboles, un jeu dangereux

Le problème réside sans doute dans l'écart entre la force de la condamnation et la relative modestie des mesures proposées pour y répondre. Hollande s'attaque aux banques sans être très précis. Son projet n'est pas de nature à remettre réellement en cause la financiarisation de l'économie.

Le goût pour les symboles s'est également manifesté par la proposition un peu étrange d'inclure la loi de 1901 sur la laïcité dans la constitution.

L'attachement des Mosellans et des Alsaciens au régime du Concordat à contraint le candidat socialiste à vouloir citer ce régime particulier dans le texte de la loi fondamentale. Cela reviendrait à le constitutionnaliser, ce qui a provoqué en retour les protestations du camp laïc. Un bon exemple de la dangerosité du maniement des symboles en politique.

La passion égalitaire toujours présente

« L'âme de la France c'est l'égalité », proclame le projet de François Hollande. Ce concept est assurément au cœur de l'identité de la gauche. Le discours du Bourget l'a décliné de multiples manières. Et les engagements du candidat représentent une belle série de mesures à connotation égalitaire.

Les réformes fiscales avancées par Hollande, qui est un spécialiste de longue date de ces questions, vont toutes dans ce sens. Tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, plafonnement des niches fiscales ou du quotient familial participeront d'une redistribution fiscale.

La défense des petits contre les gros se traduit également au sein même du monde des entreprises. C'est la proposition d'un taux d'imposition différent selon leur taille sans que les seuils en soient précisés.

L'attention portée aux PME n'est pas si nouvelle que cela, pour une gauche naguère d'abord hostile aux « grands monopoles ».

On remarquera tout de même que ce souci de réduction des inégalités n'a pas d'incidence sur les salaires. Il n'est pas envisagé, contrairement à une tradition bien ancrée à gauche, de réévaluer le niveau du Smic.

Le levier étatique et l'omniprésence du « je »

La gauche française a toujours vu dans l'Etat l'acteur principal du changement de la société. Hollande s'inscrit à l'évidence, lui aussi est à sa manière, dans cette tradition.

Ce n'est pas un hasard si sa toute première proposition est de créer une banque publique d'investissement. Son projet insiste encore fortement sur la préservation des services publics. Quant aux priorités de son action, elles se traduisent par un surcroît d'emplois publics dans les secteurs de l'éducation, de la justice et de la police.

Ce volontarisme politique ou étatique prend aussi par une dimension plus personnelle. Hollande use et abuse du « je » pour décliner ses propositions. Exemple : « Je mettrai en place pour les jeunes un dispositif de caution solidaire » (pour les locations de logement).

On comprend le procédé stylistique destiné à rasseoir son autorité personnelle. Mais cette forme d'expression est révélatrice d'une tradition nationale qui attend trop des initiatives du sommet de l'État.

Bien sûr, le candidat socialiste prend soin de prôner dans le même temps, une « démocratie sociale » rénovée dans laquelle les partenaires sociaux se verraient reconnus par la constitution un rôle plus important. Ils devraient être obligatoirement consultés avant chaque réforme.

Il reste que la conception du changement social qui émane du projet de Hollande ne laisse guère de place à l'implication de la société elle-même. Significative est, à cet égard, la faible attention accordée à l'économie sociale et solidaire.

La croissance salvatrice

Pour réduire considérablement les déficits sans trop augmenter les dépenses, le candidat socialiste n'a d'autres choix que de miser sur un certain taux de croissance.

On est toutefois frappé, à la lecture de son projet, par le manque de remise en cause de notre modèle de développement. Les contestations du productivisme ou les impasses du consumérisme n'y trouvent pratiquement pas d'écho. Hollande se situe ici dans la tradition du développement des forces productives héritée du marxisme.

D'où un questionnement minimal sur l'écologie. Hollande parle d'énergies renouvelables ou encore d'agriculture biologique mais les problèmes environnementaux ne semblent pas l'obséder.

On note également la faiblesse de ses propositions concernant l'aménagement et la segmentation des territoires. Il est fait mystérieusement allusion à une « nouvelle génération d'opérations de renouvellement urbain ». La question de la relocalisation de l'économie n'est également effleurée.

Flous et accommodements

Dans bien des cas, les propositions du candidat socialiste demeurent assez floues. La campagne présidentielle ne fait certes que commencer. Mais il est clair que Hollande le conciliant n'a pas envie d'arbitrer trop tôt des questions délicates.

Mitterrand savait, lui aussi en son temps, botter en touche et voir venir. Hollande n'aime pas les conflits, à en croire sa propre cousine. Nul doute qu'il sera prêt, le jour venu, aux accommodements rendus nécessaires par les contraintes et les pressions de tous ordres.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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