Le NY Times révèle la fortune de la famille du premier ministre chinois

Publié le 27 Octobre 2012

Orwell 26/10/2012 à 11h09

Le NY Times révèle la fortune de la famille du premier ministre chinois

Auteur Pierre Haski  , pour Rue89.com| Cofondateur Rue89

 

Le premier ministre Wen Jiabao à la fête nationale chinoise à Pékin en 2012 (ANDY WONG/AP/SIPA)


Capture d’écran de la une du site du New York Times

C’est une véritable bombe qu’a lâchée le New York Times, jeudi, en publiant une très longue enquête, implacable, sur la fortune amassée par la famille du premier ministre chinois Wen Jiabao au cours des dernières années.

L’enquête, signée David Barboza, estime à 2,7 milliards de dollars (2 milliards d’euros) la fortune de l’épouse et d’autres proches du Premier ministre.

Une révélation qui a valu au site du New York Times d’être immédiatement bloqué sur le Web chinois.

Ces révélations tombent au plus mal pour le pouvoir chinois, à une dizaine de jours seulement du 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), et surtout au moment où il essaye de solder, avant cette réunion, le scandale entourant la chute d’un « baron rouge » du régime, l’ancien haut dirigeant Bo Xilai.

Bo Xilai, dont la femme a déjà été condamnée pour le meurtre d’un Britannique, vient d’être privé de son immunité parlementaire, dernière étape avant son procès et sa disgrâce totale. Or, parmi les chefs d’accusation qui pèsent contre lui, figure le détournement de fonds massif.

« Grandpa Wen »

L’enquête du journal américain est d’autant plus accablante que Wen Jiabao s’est construit au fil des années l’image d’un « homme du peuple », passant un dîner de nouvel an chinois au fond d’une mine avec les « gueules noires » chinoises, en étant le premier dirigeant chinois à serrer la main d’un malade du sida, ou en allant au chevet des enfants victimes du séisme du Sichuan en 2008, lui attirant le sobriquet de « Grandpa Wen ».


Wen Jiabao lors du séisme du Sichan, en 2008 (LI XUEREN/AP/SIPA)

Wen Jiabao s’était aussi bâti une image de réformiste, en partie fondée sur son association passée avec Zhao Ziyang, le chef du parti limogé pour s’être opposé à la répression de Tiananmen en 1989.

L’enquête du New York Times passe en revue les différents membres de la famille de Wen Jiabao et leur enrichissement :

  • Yang Zhiyun, mère du Premier ministre, hier pauvre, aujourd’hui à la tête d’une fortune estimée à 120 millions de dollars sans avoir rien fait ;
  • Zhang Beili, épouse de Wen Jiabao, surnommée la « reine des diamants » par les experts de la De Beers, a dirigé des entreprises d’Etat de ce secteur qui ont été privatisées ;
  • Wen Yunsong, fils unique du couple, à la tête d’un des plus gros fonds de « private equity » de Chine ;
  • Yan Xiaomeng, épouse du fils de Wen Jiabao, dont la fortune, avec celle de ses parents, est estimée à 400 millions de dollars ;
  • Wen Jiahong, jeune frère du Premier ministre, contrôle environ 200 millions de dollars d’avoirs dans le recyclage des eaux usées.

Une infographie publiée par le New York Times montre l’ampleur des ramifications familiales de Wen Jiabao et leur enrichissement considérable.


Capture d’écran de l’infographie de la fortune de la famille Wen (New York Times)

Le New York Times n’affirme pas ouvertement que cette fortune a été acquise par des moyens illégaux, mais fait observer qu’elle a commencé à croître dès que Wen Jiabao est devenu vice-Premier ministre, puis Premier ministre il y a dix ans.

Sur WikiLeaks

Le journal rappelle que cet enrichissement de l’entourage du Premier ministre, et en particulier celui de son épouse, était déjà mentionné dans les télégrammes diplomatiques américains rendus publics par WikiLeaks. Des rumeurs avaient même fait état, à l’époque, d’un possible divorce du Premier ministre pour ne pas être touché par l’affairisme de son épouse.

Il y a quelques mois, l’agence Bloomberg avait déjà publié une enquête sur le sujet, beaucoup moins précise et détaillée, qui lui avait valu d’être bloquée en Chine.

L’enquête du New York Times est assurément une première en s’attaquant à la fortune d’un dirigeant toujours en place, même si elle sort à quelques mois de son remplacement à son poste en février par Li Keqian.

La corruption des cadres est le sujet numéro un de plainte et de critique de la part de la population vis-à-vis du pouvoir. La circulation de l’information à l’heure du Web accentue la perception de la corruption : même si le site du New York Times est bloqué en Chine, y compris par des systèmes de contournement, il est probable que les informations sur Wen Jiabao vont amplement circuler.

Version PDF en chinois

Le New York Times met lui-même en téléchargement une version au format PDF de la traduction chinoise de l’article, qui va assurément circuler « sous le manteau » sur le Web chinois.

Les citoyens chinois auront alors confirmation que la prophétie de George Orwell dans « La Ferme des animaux » s’est réalisée en Chine communiste : tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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Bad Lieutenant
Bad Lieutenant
Ni dieu ni maitre ni larbin

« L’histoire de la démocratie repose-t-elle sur la séparation progressive du pouvoir politique et du pouvoir économique ? Longtemps, seuls les plus riches ont pu voter et être élus. Les luttes pour l’instauration du suffrage universel, puis d’une indemnité parlementaire (“ Le salaire de la politique ”) démontrent qu’il fallut des décennies pour desserrer ce monopole.

Bien sûr, les relations incestueuses entre argent et politique n’ont jamais totalement disparu, comme l’atteste la récurrence de la corruption (“ Aux Baléares, la fabrique de la corruption ”) et du clientélisme (“ La mécanique clientéliste ”). Mais elles ont été combattues par la justice (“ La grande désillusion des juges italiens ”), à la faveur d’un renouvellement des élites (“ Dans l’Egypte de Nasser surgit une ‘nouvelle classe’... ”), voire par des gouvernements soucieux d’imposer une “ transparence ” en la matière (“ En Norvège, proximité, transparence et... naïveté ”).

A l’heure où des milliardaires triomphent aux élections, comme en Italie, au Chili ou à New York (“ Une élection selon Michael Bloomberg ”) ; où des groupes de pression font prévaloir, à Bruxelles et ailleurs, les intérêts de leurs clients sur ceux de la collectivité (“ A Bruxelles, les lobbyistes sont ‘les garants de la démocratie’ ”) ; où des chefs d’Etat et des ministres rivalisent pour imposer des mesures d’austérité avant de monnayer leur carnet d’adresses à des banques, est-il encore possible de gouverner sans servir les possédants ?

Triomphe de l’oligarchie

mrdodu
mrdodu répond à Bad Lieutenant
En vente.

« est-il encore possible de gouverner sans servir les possédants ? “
Cette question est vraiment pertinente. Il y a en effet un sentiment que notre ‘société’ a le constat des erreurs commises, des idées concrètes pour s’en sortir mais aussi un immobilisme curieux face à toutes cette ‘popotte’.
Au moment ou nous constatons un cyclisme économique toujours en faveur de certains pour finalement faire payer les autres, nous sommes en droit de nous demander si la faveur des uns entretiennent les difficultées des autres ?
Pour vouloir être un possédant ne faut il pas accepter de prendre aux autres ?
Ou est Robin des bois ?

plusalouest
plusalouest répond à mrdodu
France

Mélanchon a été le seul à faire campagne sur « l’humain d’abord » seul 10% en ont voulu. Que ça continue comme ça, 90% s’en foutent de l’humain !

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Publié dans #citoyens du monde

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