Le point P, secret le mieux gardé du plaisir masculin

Publié le 6 Avril 2010

Par Camille | Mauvais genre 

Perçue comme une pratique homo, la stimulation de la prostate ouvre pourtant aux hétéros de nouveaux horizons. Témoignages.

Le magasin Point P à Toulon-sur-Allier (Jean-Louis Zimmermann/Flickr)

Il y a quelques temps, plusieurs articles sur Rue89 avaient pris et retourné (oh oui ! ) la question de l'existence du point G féminin. Un riverain m'avait alors suggéré alors qu'on pourrait aussi s'intéresser à ce grand inconnu qu'est le plaisir prostatique masculin (appelons-le « Point P »).

J'ai donc enquêté auprès de ces hétéros qui ont découvert cette stimulation, et ouvert leur champ des possibles.

Tout d'abord, de quoi s'agit-il ? En résumé, un massage de la prostate, à l'aide d'un objet, d'un doigt ou d'un pénis inséré dans l'anus. Une stimulation qui procure beaucoup de plaisir et déclenche des orgasmes surprenants et très différents. On peut trouver sur le Net quelques explications, voire un manuel très complet (attention, images explicites).

Préférer le cancer à un plaisir considéré comme « homosexuel »

Le tabou du plaisir anal « passif » chez l'homme est l'un des plus tenaces. D'ailleurs le fait que le mot « enculé » soit une grave insulte est là pour le prouver… Et nombre d'hétéros s'y refusent car l'assimilent à une homosexualité qu'ils rejettent avec force.

J'ai même entendu quelqu'un me dire, sous forme de plaisanterie : « A 50 ans, lors des premiers examens de la prostate, plein d'hommes trouvent ça génial et changent de bord… alors moi j'irai pas ! ».

Préférer le cancer au plaisir parce que ce serait un plaisir « homosexuel », c'est quand même un peu fort !

Pourtant, les sensations que procure l'excitation de la prostate sont semble-t-il incomparables. C'est ce que raconte Frédéric, dans un extrait de son témoignage édifiant à retrouver en intégralité sur Rue69 :

« Les orgasmes sont différents, il m'est possible de quasi me sentir décoller pendant cinq minutes, de hurler et de pouvoir les répéter jusqu'à épuisement. Les sensations du pénis ont évolué et se sont intensifiées, sans pour autant raccourcir la durée des rapports traditionnels. »

« Je n'éjacule pas, ce qui est très déroutant pour un homme »

Ça doit en faire rêver plus d'un… Arnaud, lui aussi, m'a décrit des orgasmes très différents :

« Les sensations physiques sont assez étranges, le plaisir que l'on ressent contrairement à un orgasme masculin “basique” n'est pas concentré que sur le sexe mais dans tout le bassin/ventre et surtout, dure plus longtemps, deux à trois fois je dirais, même si le plaisir n'étant pas le même, c'est relativement difficile à comparer. »

Y a-t-il aussi, dans ce cas, érection et/ou éjaculation ? Ca n'est pas systématique, chez certaines personnes cet orgasme peut se déclencher sans. Ce qui peut être déroutant, comme le dit Arnaud :

« Contrairement à un orgasme par stimulation du sexe, je n'éjacule pas, ce qui, je peux vous le dire, est très déroutant pour un homme. La première fois j'ai eu peur d'avoir “cassé” quelque chose et de ne plus pouvoir jouir comme avant, mais en fait tout va bien de ce côté-là. »

« Je me suis renseigné, et là, Internet a facilité les choses »

On peut se demander comment ces hétéros ont découvert la chose. Car ça n'est pas un sujet qu'on aborde autour de la machine à café… Pour Xavier, la découverte a été personnelle :

« J'ai assez précocement et seul découvert le côté pas désagréable de la sollicitation de la zone anale. Etant plutôt curieux, je me suis renseigné petit à petit, et là, Internet a beaucoup facilité les choses. Le tout a été très progressif et avec le recul c'est très bien ainsi. »

D'autres en ont entendu parler, par l'intermédiaire de leurs amis, mais la communication sur ce sujet reste difficile… Mieux qu'une longue prose, cette vidéo (prenez le temps, elle est fantastique) vous en apprendra beaucoup (pour les plus sensibles : aucun problème, rien d'explicite, c'est un talk-show quand même). (Voir la vidéo)


Je trouve qu'on devrait en parler plus souvent aux heures de grande écoute… Même dans l'intimité du couple, il n'est pas aisé d'aborder le sujet. Xavier, par exemple, ne pratique l'excitation prostatique que seul, sans sa partenaire.

« En même temps je trouve pas ça top glamour, je dois être un peu vieux jeu. Ca doit être un résidu d'éducation macho-christiano-psycho-rigide qui fait que dans l'absolu j'assume pas spécialement. Pas du tout en fait, mais ça viendra en temps voulu. »

« J'envie les homos qui devraient nous donner des leçons »

Frédéric, lui, pratique avec sa femme et y trouve beaucoup de satisfactions :

« Dans le couple la capacité qu'à mon épouse à me fournir un plaisir nouveau, différent et finalement des possibilités nouvelles de me satisfaire ont permis de changer au besoin cette relation naturelle d'homme dominant.

On associe toujours la relation anale pour un homme à une relation homosexuelle. Quelque part, j'envie les homos qui devraient nous donner des leçons. Les hétéros étant toujours certains d'avoir la vérité sur le plaisir et sa normailité, nous avons renié un aspect complet de notre sexualité. »

Bref, le plaisir prostatique est un trésor fabuleux qui s'offre aux curieux… Que ceux-là se régalent !

Photo : le magasin Point P à Toulon-sur-Allier (Jean-Louis Zimmermann/Flickr)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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