Le procureur et le mystère des 5000 comptes suisses disparus

Publié le 10 Février 2012

 

gros chiffres 10/02/2012 

Le procureur et le mystère des 5000 comptes suisses disparus

Auteur Augustin Scalbert | Journaliste Rue89
 

 


Eric de Montgolfier à Lyon, en décembre 2008 (Robert Pratta/Reuters)

Dans un entretien à Mediapart, le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier, se livre très franchement sur ses relations avec les élites locales, notamment Christian Estrosi, et donne son sentiment sur l'état de notre démocratie (« tiède, affadie »).

Mais le plus frappant est qu'il ramène à la surface une affaire presque oubliée : celle des évadés fiscaux en Suisse.

En 2009, l'alors ministre du Budget Eric Woerth avait annoncé posséder une liste de 3 000 contribuables français détenteurs de comptes hélvétiques :

« Que les 3 000 évadés fiscaux se dénoncent ! »

C'est le parquet de Nice qui était à l'origine de cette affaire, rappelle Montgolfier à Mediapart. Indirectement : à la demande de la justice suisse, il avait perquisitionné l'appartement d'un informaticien, où se trouvait un listing de comptes de la banque HSBC.

Les 3 000 évadés fiscaux étaient en fait 8 000

Mais il y avait beaucoup plus de noms que les 3 000 annoncés par Woerth, apprend-on dans cet entretien. Montgolfier raconte ce qu'il a pensé quand le ministre a fait son annonce tonitruante :

« Je me suis dis : “Tiens, est-ce que, par hasard, ce serait le fichier HSBC ? ” Je n'ai pas compris. De notre côté, nous avions plus de 8 000 noms, pour ce qui concerne les ressortissants français, et au moins dix fois plus d'étrangers. Pourquoi sortir cela ? Pourquoi 3 000 ? »

Eric de Montgolfier confirme ensuite un scoop du Point en 2010 : Patrice de Maistre, empêtré depuis dans l'affaire Bettencourt avec Eric Woerth, possédait un de ces comptes :

« On a regardé et effectivement on a trouvé un compte au nom du fameux de Maistre. Il était parfaitement immobile et ne fonctionnait plus. Ce compte intéressait un certain nombre de personnes dans les cercles de pouvoir... »

Woerth a choisi de maintenir le compte de Maistre parmi les 5 000 restés ignorés. Sans doute parce qu'il était « parfaitement immobile », comme le dit Montgolfier, et même « vide et inactif depuis 1997 », comme l'affirmait Le Point.

Mais était-ce le cas de l'ensemble des 5 000 comptes que le fisc français a choisi de ne pas explorer ?

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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