Le racisme, toujours aussi présent aux Etats-Unis

Publié le 5 Novembre 2009

Un an après l'élection du premier président noir des Etats-Unis, certains observateurs s'inquiètent d'un retour au racisme dans le pays.

(Reuters)

(Reuters)

Le 4 novembre 2008, un Noir était élu à la Maison Blanche, signant pour certains l'avènement d'une société post-raciale aux Etats-Unis. Mais un an plus tard, l'euphorie de l'élection passée, les réformes du 44e président des Etats-Unis Barack Obama ont suscité une vague de vindicte dans les profondeurs de l'Amérique blanche que les observateurs considèrent déjà comme une résurgence du racisme dans le pays.
Dans l'Arizona, un pasteur dit prier pour la mort d'Obama ; des membres du Congrès lisent leurs journaux ostensiblement quand le président prend la parole ; au Capitole, un républicain lance "vous mentez !" en plein discours présidentiel.
Peut-on voir dans ces incidents rarissimes un phénomène raciste ? L'ancien directeur de campagne du révérend Jesse Jackson, Kevin Alexander Gray, en est persuadé. Selon lui, l'invective "tu mens !" ne reflète que l'héritage des rapports de domination Blancs/Noirs aux Etats-Unis. "Comme on disait à un Noir : 'déguerpis ou on viendra chez toi !'"
Le raccourci peut sembler rapide. Pourquoi ne pas considérer qu'il s'agit plutôt de provocations ou de tentatives d'intimidation alors que le président, moins d'un an après son élection, tente d'imposer une réforme du système de santé vivement critiquée par ses adversaires politiques?

"Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs"


C'est ce qu'affirme l'intéressé. Il veut croire que ces attaques ne sont pas motivées par le racisme mais par la politique qu'il mène. "Y a-t-il des gens qui ne m'aiment pas à cause de la race ? Je suis sûr qu'il y en a. Ce n'est pas l'élément majeur" de la contestation, a affirmé Barack Obama sur CNN. Il répondait à l'ancien président démocrate Jimmy Carter
"Je pense qu'une part écrasante de l'intense animosité qui s'est exprimée envers le président Barack Obama tient au fait qu'il est noir, qu'il est afro-américain", avait déclaré Jimmy Carter dans une interview à NBC.
"Les Etats-Unis ne sont pas un pays raciste", assure de son coté le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) Patrick Lozès. Selon lui, "il ne faut pas coloriser tout opposition à la politique du président américain".
Patrick Lozès veut croire que l'entrée de Barack Obama à la Maison Blanche n'est que le couronnement d'une évolution foudroyante, qui a vu les Noirs rejoindre progressivement les rangs des élites du pays.
"Il y a énormément d'élus noirs aux Etats-Unis, qu'il s'agisse de chefs d'entreprise, qu’il s’agisse de personnes à la tête de conseils d'administration, qu’il s’agisse de juges, de dirigeants politiques. Le programme gouvernemental pour la promotion des minorités - Minority Business Development Agency (MBDA), ndlr - mis en place en 1969 par un républicain, Nixon, et qui aide les entreprises dirigées par des personnes issues des minorités, est très important et tout aussi efficace. Avant la création du MBDA, il n’existait aux Etats-Unis que quelques milliers d’entreprises dans ce genre à peine. Depuis, il y en a plus de 4 millions", explique-t-il.
Un avis que ne partage pas Robert Rooks du NAACP, l'association de Martin Luther King. "Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs, souligne-t-il, certains s'en sortent incroyablement bien, mais la majorité de la communauté se sent totalement marginalisée".
La population américaine compte 12,8% de Noirs, contre 79,8% de Blancs. Parmi les familles Noires, 22,1% vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,1% chez les Blancs. En septembre, le taux de chômage chez les Noirs était encore presque deux fois plus élevé que chez les Blancs.

qui avait estimé en septembre dernier que le ressentiment exprimé par de nombreux Américains contre le locataire de la Maison Blanche et les critiques virulentes dont il faisait l'objet étaient liés au racisme.

"Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist"


Les disparités raciales n'ont donc pas disparu après l'élection du premier président Noir des Etats-Unis. Le racisme non plus.
Dès le soir de son élection, trois Blancs mettaient le feu à une église noire en construction dans le Massachusetts et "les crimes racistes n'ont fait qu'augmenter depuis", observe Mark Potok, de l'organisation de défense des droits civiques Southern Poverty Law Center.
"Tout cela est assez effrayant", estime ce spécialiste des mouvements extrémistes. "La colère monte, il y a beaucoup d'armes en circulation et une idéologie haineuse", s'inquiète-t-il.
La faute aux opposants politiques du président ? Certains observateurs affirment que les discours anti-Obama, souvent très populistes, sont dirigés vers les groupes radicaux.
"Les Républicains ont [défini] le personnage politique d’Obama en utilisant certains clichés ethniques, faisant passer Obama comme l’élu noir revendicateur qui remet en cause les idéaux de la Nation : c’est la logique contestatrice du "Angry Black" (noir en colère) que l’on retrouve dans la culture populaire", explique le chercheur François Vergniolle de Chantal, avant d'ajouter : "Certes c'est dangereux, mais il n’y a pas pour autant de mouvement crédible contre un métisse à la Maison Blanche. Les groupes sont archi-minoritaires".
En somme, "au niveau local, il y a toujours quelques agités, comme par exemple le juge de paix Keith Bardwell qui a refusé un mariage interracial en Louisiane 'pour le bien de leurs futurs enfants', mais rien au niveau national", ajoute-t-il.
Un point de vue que partage Patrick Lozès. "Une minorité d'ultraconservateurs très violents trouvent écho dans la population. Une partie de ces personnes est raciste. Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist", déclare-t-il avant de tempérer, lui aussi. "il ne faut pas exagérer tout ça. Il s’agit d’une minorité de personnes, sans doute plus violente qu'avant, mais pas plus importante, et cette minorité a toujours existé".
Selon Marc Morial, président de la National Urban League, une organisation pour les droits civiques, Barack Obama insuffle bien plus "un sentiment d'espoir, d'intégration et dans certains cas, de réconciliation".
Selon un sondage CBS, 59% des Noirs jugent désormais positives les relations interraciales, contre 29% l'an dernier.


Auteur Tristan Berteloot,  Source  Nouvelobs.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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