Le suicide qui bouleverse la société marocaine

Publié le 24 Mars 2012

POUR LE MONDE.FR | 24.03.2012

AUTEUR  Isabelle Mandraud

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Manifestation le 17 mars à Rabat pour dénoncer la mort d'Amina.

C'est un fait divers qui a ouvert un vif débat de société sur la condition de la femme au Maroc. Le 10 mars, à Larache, près de Tanger, au nord du pays, Amina El-Filali, 16 ans, contrainte par sa famille d'épouser l'homme qui l'avait violée à deux reprises, s'est suicidée en ingurgitant de la mort-aux-rats. Aussitôt, les associations féministes ont réagi pour réclamer, comme elles le font depuis plusieurs années, la réforme du code pénal qui permet ce genre d'"arrangement". Mais la mobilisation la plus forte est venue des réseaux sociaux. A leur initiative, une nouvelle manifestation devait avoir lieu, dimanche 25mars, à Casablanca.

Plusieurs sit-in ont déjà réuni des militantes féministes et des jeunes brandissant des pancartes "Nous sommes tous des Amina", "La loi m'a tuer". Mais ces rassemblements de quelques centaines de personnes, somme toute modestes, sont sans commune mesure avec l'ébullition qui perdure sur les réseaux sociaux. Un compte Twitter #RIPAmina, pour "Repose en paix Amina", a ainsi drainé des réactions en chaîne, tandis que celui d'Abdellilah Benkirane, le premier ministre marocain, a été saturé de messages. Cinq mois après l'arrivée au pouvoir, pour la première fois au Maroc, d'un parti islamiste, le Parti de la justice et du développement (PJD), l'affaire Amina met en difficulté le gouvernement, qui semble tergiverser.

"IL DEVRAIT ÊTRE EN PRISON"

L'indignation pourrait croître. Car samedi soir, dans un grand hôtel de Casablanca, une table rondepublique organisée par le quotidien Al-Massae devait réunir la ministre (PJD) de la femme, de la famille et du développement social, Boussama Hakkaoui - seule femme du gouvernement -, la famille d'Amina et... son mari au sens de la loi. Invitée également, Khadija Ryadi, la présidente de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), dit avoir découvert sur le tard sa présence. "Je ne vais pas lui adresser la parole, pour moi, il devrait être en prison. J'y vais pour parler avec l'Etat, c'est tout", souligne-t-elle.

Jusqu'ici, l'homme, de dix ans l'aîné d'Amina, épousée contre son gré à l'âge de 15 ans, a simplement été entendu par la police. Il est protégé par l'article475 du code pénal marocain, qui stipule que "lorsqu'une mineure nubile enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte de personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée". Pour échapper à ce qu'elles considèrent être un "déshonneur", des familles y ont recours. "Je ne voulais pas aller avec eux chez le juge pour les marier, mais ma femme m'y a obligé. Elle m'a dit qu'il fallait le faire pour que les gens arrêtent de se moquer de nous et faire taire la honte", a affirmé le père d'Amina, cité par l'AFP.

Vendredi, une nouvelle rencontre s'est tenue en présence de la ministre de la femme, du ministre de la justice, Moustapha Ramid, du ministre chargé des relations avec le Parlement et la société civile, Lahbib Choubani, et des associations, révoltées par les déclarations du gouvernement sur l'ouverture d'un "débat". "L'article 475 ne risque pas d'être abrogé, du jour au lendemain, sous la pression de l'opinion publique internationale", a ainsi lancé MmeHakkaoui, ajoutant: "L'article incriminé nécessite un dialogue sérieux (...). Il se peut que l'article soit amendé entièrement ou partiellement."

CONFUSION

Pour Amina Lotfi, la présidente de l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), le débat n'a déjà que trop duré. "Depuis 2000, il y a déjà eu beaucoup de concertation, explique-t-elle au Monde. En 2008, un projet de loi avait été déposé dans lequel l'article 475 avait été supprimé, mais il ne nous convenait pas car nous voulons une réforme complète de ce code et la révision de sa philosophiepatriarcale." "Imaginez, ajoute-t-elle, si vous kidnappez une femme, la sanction est beaucoup plus importante que si elle ne l'est pas, ce qui veut dire que l'on punit en fonction du statut de la victime et non du crime!"

En juillet 2011, un collectif de 24 associations baptisé Printemps de la dignité avait de nouveau remis un mémorandum sur le sujet. Il met aujourd'hui en avant les contradictions de la législation marocaine avec la Constitution adoptée en juillet2011, qui prône la non-discrimination entre les hommes et les femmes.

Vendredi, l'affaire Amina tournait à la confusion après de nouvelles déclarations de ses parents sur la radio Med1 selon lesquelles leur fille ne se serait pas suicidée mais aurait été "empoisonnée" par sa belle-famille...

 

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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