Le voile se lève sur les vrais coûts du nucléaire

Publié le 15 Janvier 2012

Auteur Jean-Denis Renard  7 commentaire(s)

La Cour des comptes remettra son rapport sur les coûts complets de la filière le 31 janvier. Ses premières évaluations commencent à « fuiter ».  Le programme nucléaire français aurait coûté près de 230 milliards d’euros 

Sur le site du Blayais, en avril, un enfant joue au ballon lors du rassemblement contre le nucléaire

Sur le site du Blayais, en avril, un enfant joue au ballon lors du rassemblement contre le nucléaire (Tucat Nicolas)

Il se passe toujours quelque chose sur le front du nucléaire. Présenté le 3 janvier, dix mois après la catastrophe japonaise de Fukushima, le rapport de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) a détaillé les évolutions nécessaires pour garantir l’intégrité des 79 principales installations nucléaires françaises – dont les 58 réacteurs d’EDF en fonctionnement et l’EPR de Flamanville (Manche) en construction. Dans deux semaines, ce sera au tour de la Cour des comptes de présenter une analyse fouillée de la filière. Non sur le plan de la sécurité, du seul ressort de l’ASN, mais sur celui des finances.

Mandatée par François Fillon en mai dernier, la Cour des comptes est chargée de faire jaillir la lumière sur les coûts réels du nucléaire civil dans l’Hexagone, un exercice particulièrement délicat : le programme a maintenant un demi-siècle d’existence, la recherche et le développement ont été financés par l’impôt avant de l’être par le prix du kilowattheure, et le démantèlement des centrales et la gestion (pour… l’éternité) de certains déchets sont entourés du plus grand flou.

 

Dans son édition papier de jeudi et sur son site internet, notre confrère « La Tribune » présente les conclusions provisoires de ce rapport très attendu (lui aussi !). Les opposants au nucléaire seront confortés dans une idée qu’ils avancent depuis toujours, à savoir que les pouvoirs publics comme les exploitants (EDF et Areva) sous-estiment le coût du démantèlement des centrales, prudemment évalué à 22,2 milliards d’euros par la Cour. Selon « La Tribune », la Cour estime aussi que le stockage en souterrain des déchets à vie longue (éternelle, à l’échelle humaine) est entouré d’un flou financier préoccupant. Géré par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), l’investissement a été estimé à 15 milliards d’euros en 2003 pour être aujourd’hui fixé à 35 milliards. Et demain ?

Le travail effectué par les conseillers de la Cour aboutirait à une facture tout compris de 227,8 milliards d’euros pour le programme nucléaire français depuis son origine. Et à 96 milliards d’euros pour la seule construction du parc hexagonal, soit 1,535 milliard par mégawatt installé. Par comparaison, l’EPR (European pressurized reactor) dont le chantier se hâte lentement en Normandie coûtera 6 milliards d’euros, soit 3,68 milliards le mégawatt. Cette dernière précision fait résonance avec le rapport de l’ASN du début de ce mois, qui pose sans ambiguïté que la sûreté nucléaire a un coût loin d’être modique. Si l’EPR est beaucoup plus cher, c’est aussi parce qu’il est présenté par son concepteur (Areva) comme beaucoup plus sûr que les réacteurs actuels.

Le rapport de la Cour des comptes serait intéressant jusque dans ses silences. Le seul fait qu’il soit apparemment impuissant à établir précisément le montant de « l’après », le démantèlement et le stockage des déchets, ne manque pas d’interroger. Au-delà du débat quasi-religieux sur le nucléaire, comment juger de la rationalité économique d’une technologie incapable de renseigner les décideurs comme le grand public sur ses coûts ? La Cour réclamerait d’ailleurs le développement d’une expertise indépendante qui fait cruellement défaut en la matière.

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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