Les archives dressent un portrait peu flatteur de Thatcher

Publié le 1 Janvier 2010

Photo : Margaret Thatcher à une cérémonie londonienne, en septembre 2007 (Toby Melville/Reuters)

La « Dame de fer » méritait bien son surnom. Pingre, acariâtre, un peu raciste… La description faite de Margaret Thatcher, ancien Premier ministre britannique, à travers l'ouverture des archives officielles de ses six premiers mois de « règne », n'est guère reluisante. Après trente ans de secrets bien gardés, ces archives révèlent les débuts d'un personnage remuant.

« Maggie » Thatcher vouait une passion aux annotations qu'elle griffonnait un peu partout et qui lui faisaient figure de remontrances à l'égard de ses ministres. Si un d'entre eux cherchait à lui barrer la route, il était expédié sans ménagement et avait le droit à des petits mots dans les marges des documents.

Déterminée, elle soulignait des « non », « cela ne doit pas être fait » ou encore des « trop bas » à chaque fois que des coupes dans les dépenses publiques étaient en débat. Sur un des documents de son ministre des Finances, on peut lire « ce document est trop mauvais ».

La diplomatie à la « Thatcher »

Question diplomatie, elle n'hésitait pas non plus à s'exprimer avec assurance. Maggie n'avait pas la langue dans sa poche. D'après le quotidien conservateur Daily Telegraph, elle aurait « agressé » Valéry Giscard d'Estaing lors de leur première entrevue.

Elle lui fait remarquer qu'elle a « un très sérieux problème » concernant le budget européen. Après qu'il lui a suggéré « d'établir les faits » d'ici le prochain sommet, elle lui objecte avec insistance que « les faits ont déjà été établis » et qu'elle attend une réponse rapide. Des années après, on se souvient qu'elle poursuivra François Mitterrand avec son célèbre « I want my money back » (« je veux qu'on me rembourse »)…

En juin 1979, lors de son premier sommet au Japon, elle utilise encore une fois un style très direct. Les autorités japonaises lui proposent de mettre à sa disposition vingt « filles karatékas » pour sa protection. Elle refuse alors cette escorte particulière due à sa condition de femme. Un message interne du bureau des Affaires étrangères explique :

« Si d'autres chefs de délégation se voyaient par exemple assigner vingt karatékas messieurs, le Premier ministre n'y verrait aucune objection. Mais elle ne souhaite pas de traitement particulier. »

« Un degré de racisme personnel choquant »

Les échanges qu'elle a eus avec son chef de la diplomatie, le secrétaire au Foreign office Lord Carrington, laissent deviner selon le Guardian, « un degré de racisme personnel choquant ». Il semblerait en effet qu'elle n'ait pas été très émue du sort des « boat people » vietnamiens. Pour expliquer son refus d'en accueillir 10 000, elle évoque le risque d'émeutes en Grande-Bretagne. Selon elle, il serait d'autant plus négatif de leur donner des logements sociaux alors que « les Blancs » n'en ont pas. Elle poursuit :

« Tous les citoyens qui ont envoyé un courrier disant soutenir les boat-people devraient en héberger un chez eux. »

Elle propose alors au Premier ministre australien une idée quelque peu saugrenue : acheter une île indonésienne pour y installer les « boat people ».

Mais lorsqu'elle compare ces événements avec la situation en Rhodésie (ancien nom du Zimbabwe, ex-colonie britannique) où la majorité noire est en guerre contre le régime ségrégationniste de Ian Smith, elle confie avoir :

« Moins d'objections à accueillir des réfugiés comme des Rhodésiens (blancs), des Polonais ou des Hongrois, car ils pourraient s'assimiler plus facilement dans la société britannique. »

Un goût pour le whisky

Mais on découvre aussi une femme qui oublie de payer un de ses remontants favoris : le whisky. Lors d'un voyage en France à bord d'un ferry, les membres de l'ambassade de France ont dû lui avancer ses dépenses en duty-free pour une bouteille de whisky Teacher's dont elle était fan, une bouteille de gin pour son mari, et 200 cigarettes Benson & Hedges. Ils ont dû ensuite s'y reprendre à plusieurs reprises pour pouvoir se faire rembourser…

Ces révélations et surprises à propos de la Dame de fer, qui est restée au pouvoir jusqu'en 1990, ne sont peut-être que les premières d'une longue série. Chaque année, de nouveaux documents devraient être déclassifiés.

 

Photo : Margaret Thatcher à une cérémonie londonienne, en septembre 2007 (Toby Melville/Reuters)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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