Les dessous financiers de la guerre Fillon-Copé à l’UMP

Publié le 22 Novembre 2012

Créé le 22-11-2012 à 17h51 - Mis à jour à 19h52

EXCLUSIF Soutien de Fillon, Baroin oeuvre à la constitution d'un nouveau groupe parlementaire. Ce qui priverait l'UMP, très endettée, de précieux financements publics. Etranglé financièrement, Copé n'aurait alors d'autre choix que de plier.

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Dans la guerre fratricide que se livrent actuellement Jean-François Copé et François Fillon, ce dernier possède un moyen de pression inespéré: l'état catastrophique des finances de l'UMP. Le parti d'opposition accuse une dette gigantesque - de 50 à 70 millions d'euros, selon plusieurs sources parlementaires. A l'approche imminente de traites à payer, il est mis sous pression par ses banques créancières. On évoque également une trésorerie dans le rouge, autour de 15 millions d'euros. L'argentier du parti, Dominique Dord, s'en émouvait d'ailleurs publiquement cet été

La situation est d'autant plus inquiétante que l'UMP ne pourra plus compter en 2013 sur les 30 millions d'euros de financement public qu'elle a touchés au titre de l'année 2012 (voir ici). La Commission nationale des comptes de campagne et des financements publics (CNCCFP) n'a pas encore arrêté les chiffres, mais le parti officiellement dirigé par Jean-François Copé ne devrait plus recevoir que 20 millions d'euros. Si tout se passe bien...

L'échéance fatidique du 30 novembre

Car les partisans de François Fillon menacent le député-maire de Meaux d'un uppercut dont il ne pourrait se relever. Selon des informations recueillies par Challenges, l'ancien ministre de l'Economie François Baroin, soutien de Fillon, cherche à fédérer un groupe de parlementaires en marge du groupe UMP, présidé par le copéiste Christian Jacob. Si cette idée devenait réalité, le parti devrait faire avec quelques millions d'euros de moins. 

Depuis la loi de 1988, le financement public des partis politiques repose sur deux "fractions". D'une part, le nombre de voix obtenues au premier tour des élections législatives: chacune d'entre elles garantit 1,68 euro par an aux partis qui ont fait 1% des suffrages dans au moins 50 circonscriptions. A ce titre, l'UMP, qui a obtenu plus un peu plus de 7 millions de voix le 10 juin dernier, peut espérer près de 12 millions d'euros, auxquels il faut retrancher 5 millions d'euros environ pour non-respect de la parité. Soit 7 millions d'euros. 

D'autre part, chaque parlementaire qui se revendique d'un parti lui apporte une dot de 42.000 euros par an. Avec 196 députés et 131 sénateurs, l'UMP peut attendre 13 millions d'euros. Sauf si des élus refusent finalement d'endosser ses couleurs... La date fatidique est toute proche: c'est le 30 novembre que les députés et sénateurs doivent déclarer à qui ils veulent verser un peu plus de 42.000 euros. Vu le contexte actuel, les parlementaires soutenant François Fillon (151, selon le Monde) pourraient donc décider de "tuer" Jean-François Copé en l'étranglant financièrement. 151 députés à 42.000 euros, ça fait plus de 6 millions d'euros... Un manque à gagner impossible à assumer, vu la situation financière de l'UMP.

Les aides publiques versées au mois de juin seulement

François Fillon n'a rien à y perdre, au contraire. Les parlementaires qui le suivraient dans cette voie sécessionniste pourraient affecter ces aides publiques à un "parti ami", issu par exemple des outre-mers et agréé par la CNCCFP. "L'argent est versé aux partis politiques au mois de juin, explique un député chevronné. D'ici là, les amis de Fillon ont tout le temps de faire agréer leur groupe parlementaire. Et le 'parti ami' pourra alors leur reverser les aides qu'il avait reçues, comme ça se fait couramment." Si elle paraît audacieuse politiquement, la manoeuvre n'en est pas moins tout à fait possible.

Et la menace semble prise au sérieux par Jean-François Copé. Il suffit de réécouter les propos, au premier abord sibyllins, qu'il a tenus ce jeudi sur Europe 1: "L'entourage de François Fillon, qui est aux abois, est en train d'instrumentaliser un certain nombre d'amis élus parlementaires qui l'ont soutenu et qui, en toute bonne foi, sont tentés d'aller vers l'implosion de l'UMP. Tout cela est fait dans une seule idée, une idée suicidaire, qui est de mettre en cause l'UMP. Derrière ça, c'est un coup politique, pour ne pas dire un putsch." On comprend mieux ce qu'il voulait dire. 

Jérôme Lefilliâtre (avec Ghislaine Ottenheimer)

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Vos réactions (3)

Kangoo Durant

Kangoo Durant a posté le 22-11-2012 à 20:11

Ce qui priverait l'UMP, très endettée, de précieux financements publics. Et en PLUS endetté!

Et nous devons subir, leur invention de taxe etc........trop de partis en France, trop de politiques inutile, qui nous coutent trop cher, et en plus pour voir un tel spectacle lamentable et ignoble!

On parle de crise, de faire des économies, on nous mène de plus en plus vers l'austérité, mais tout va bien ,nous CONtemplons...........juste dans la critique..


Mr Hollande, aa quand un réel changement?

bernard laucou

bernard laucou a posté le 22-11-2012 à 19:31

70 millions de dette et ils donnent des leçons de gestion ?
Facile 70 000 000 divisé par 300 000 ça fait une cotisation de 233,333 euros par membres,pour éponger les dettes.

Léon Botia

Léon Botia a posté le 22-11-2012 à 19:28

J'avoue que l'idée me fait saliver

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Publié dans #citoyens d'europe

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