Les gendarmes, le syndicaliste et Sarkozy : d'où venait l'ordre ?

Publié le 17 Décembre 2011

Auteur   Augustin Scalbert
Journaliste Rue89

 

Sept gendarmes ont été mis en examen pour « atteinte à la liberté individuelle » dans le cadre de l'enquête lancée après l'arrestation d'un syndicaliste juste avant une visite de Nicolas Sarkozy dans l'Allier, fin 2010.

Les sept militaires, dont l'ex-patron départemental, sont soupçonnés d'avoir été impliqués dans la chaîne de commandement qui a conduit à l'interpellation, le 25 novembre 2010, de Frédéric Le Marrec, un éducateur adhérent du syndicat Sud-Santé-Sociaux.

Toute la matinée, pendant que le président de la République visitait la commune de Mayet-en-Montagne, il avait été retenu à la gendarmerie. Arrêté à la sortie de son travail, selon ses déclarations, il a été empêché de manifester contre la réforme des retraites comme il le souhaitait.

A la suite d'une plainte de sa part, une instruction pour « arrestation arbitraire » avait été ouverte. Citée par l'AFP, Claudine Chavanaz, une responsable de Sud dans l'Allier, réagit ainsi à la mise en examen des sept gendarmes :

« On se doute bien que les gendarmes ont agi après un ordre venu de plus haut. On ne veut pas que ce soient des fonctionnaires de base qui payent pour ceux qui ont donné les consignes. »

Le préfet : « Délire paranoïaque de valorisation d'une action gauchiste »

Pierre Monzani, préfet de l'Allier à l'époque, niait toute procédure préventive. Voici ce qu'il expliquait fin 2010 à Centre-France :

« Il n'y a pas eu d'arrestation, il n'y a pas eu de garde à vue. C'est un non-événement. [...]

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est l'exploitation qu'on essaie d'en faire : on présente une mesure d'ordre public, par rapport à des affichages illégaux etc., comme une mesure qui serait attentatoire aux libertés. [...]

Nous sommes en plein délire paranoïaque de valorisation d'une action gauchiste. »

Le préfet expliquait ensuite que son épouse et lui, quand ils étaient jeunes, ont parfois été arrêtés pour avoir collé des affiches illégalement :

« La différence entre les gaullistes que nous étions et les gauchistes, c'est que nous on est sport : quand on passe du temps dans un commissariat ou une gendarmerie parce qu'on a collé des affiches, on ne dépose pas plainte. »

Le syndicaliste « est resté de son plein gré, il a bu le café avec les gendarmes », selon le préfet. Claudine Chavanaz, elle, considère que cette arrestation s'était déroulée « dans un climat très anti-syndical où on criminalisait les syndicalistes. On les criminalise encore ».

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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