Lettre ouverte : Identité nationale : monsieur le Président, laissez-nous respirer !

Publié le 28 Janvier 2010

Depuis plusieurs semaines, votre gouvernement a souhaité lancer et organiser un débat sur l'identité nationale française.


Chapeauté par le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson, le débat n'est pas le fait d'une initiative populaire.


Aussi j'écris et diffuse cette lettre ouverte pour exprimer un point de vue personnel de citoyen. J'ai l'espoir que nombre de mes concitoyens se joindront à mon initiative et feront de ce texte une expression du peuple français de sorte à en faire une réponse populaire à un débat unilatéral.

La France ce n'est pas que la métropole

Les discussions ont jusqu'à présent porté sur un concept jamais défini. Penchons-nous sur les mots. Nationale se comprend aisément, c'est ce qui se rapporte à la nation. Mais pour beaucoup la nation c'est la métropole, la France européenne. Or, des Caraïbes, à la Polynésie, en Amérique du Sud, à l'Afrique orientale, les modes de vie varient beaucoup. On est pourtant encore en France.

Il est bon de le rappeler car on entend dire dans les débats locaux que la France c'est le vin et le fromage. La question qui surgit alors rejoint le problème de définition du second terme : Y a-t-il un dénominateur commun à tous les Français et quel est-il ?

Dans le dictionnaire, voici la définition de l'identité : « caractère de ce qui est identique ». Il y aurait donc une personnalité française… La France est un pays des Lumières : Rousseau, Voltaire… Je suis français, du type que certains appelleraient « de souche », étudiant en histoire du christianisme antique et titulaire d'une carte d'identité française, d'un passeport français et d'un certificat d'Appel à la Défense.

Ma culture est faite de Metal Hardcore. Suis-je moins français ?

Et pourtant… Je n'aime pas Rousseau, je ne crois pas en sa vision de l'homme, je trouve que Voltaire n'est en rien un philosophe, tout au plus un intellectuel. Suis-je moins français ? De la même façon, un français peut ne pas aimer la culture française, préférer les Beatles à Couperin, Carver à René Char.

La culture n'est donc pas facteur d'identité. La mienne est faite de Metal Hardcore, de musique contemporaine expérimentale, de littérature italienne, de films en version originale, d'Internet.

Je massacre quotidiennement ma langue en la ponctuant de verlan, d'arabe, d'anglais, d'italien. Si aucun français n'est rebuté par un seul de ces éléments alors il pourra y avoir une identité culturelle… L'identité culturelle, c'est la suppression des particularismes, c'est un des visages du totalitarisme, ce n'est pas la France.

Et si on est anarchiste on est pas français ?

L'amour pour la République ou la démocratie alors ? Non, cent fois non. Niera-t-on sa nationalité à un anarchiste (Léo Ferré), un monarchiste ? La liberté d'expression et de pensée interdit-elle en France de penser qu'une dictature éclairée est meilleure que la démocratie ?

Ces questions sont ouvertes, libre à vous d'y répondre. Pour moi la réponse est non à toute. Les Français ne sont donc pas mêmes unis par les idéaux qui animent la République. Moi je les aime.Mais si mon voisin les hait, il n'en est pas moins français. Car il n'y a pas de raison absolue, il n'y a pas d'obligation de croire en des idées.

Alors qu'est-ce qui est identique et qui définit le Français ?

Le respect des lois de la République ? Non. Les crimes et délits ne sont pas punis par le bannissement de la communauté des français. La religion ? Non, la République Française est laïque et le fait religieux ne concerne pas la chose publique.

C'est l'impôt qui fait de nous des Français

Mais quoi alors ? Je vais vous le dire, ce qui fait que l'on est français et pas italien, allemand ou ougandais, c'est quelque chose de peu éclatant, sans lustre et qui n'offre pas de motif de gloire.

L'appartenance à la nation, depuis toujours est déterminée, j'en suis désolé tant c'est formel, par l'impôt. C'est l'impôt le premier des devoirs envers un Etat particulier et c'est lui qui ouvre l'accès aux droits. On pourra me répondre que non, c'est le respect des lois mais celui-ci n'attache pas à un pays mais est un devoir dans tous, même ceux dans lesquels nous sommes des étrangers.

L'identité nationale n'est rien d'autre que la possession d'une carte et le paiement de l'impôt (sous condition de revenu, évidemment ; qui me contredirait en citant ceux qui ne peuvent payer l'impôt ne mériterait pas même un soupir exaspéré) et vous le savez.

Je vous demande donc, en mon nom et au nom de tous ceux qui se rallieront à cette lettre, de mettre fin à un débat absurde qui n'a d'autre objet que de parler de façon détournée de l'immigration, qui n'a rien apporté de bon et ne fait qu'augmenter le mal-être des populations françaises d'origine étrangère.

Ce débat salit la France

Les réunions-débats sont le lieu de l'expression du populisme, qui se fait déjà trop entendre. Les dérapages sont quotidiens. Insidieusement, ils excluent de la communauté de fictifs « vrais français », non seulement ceux qui sont issus de l'immigration mais aussi des gens comme moi, qui ne se reconnaissent pas dans ce genre de démarche. Nous trouvons que votre débat, qui n'est que le vôtre -et qui n'est pas même un débat mais un exutoire-, salit la France.

L'apport de tout ceci n'en vaut le coût. L'un est inexistant, l'autre est la détérioration de l'unité française. Vous le savez. Si vous aimez la France, dont l'essence est indicible et insaisissable, belle ou ennuyeuse comme une Joconde, ou même si vous avez quelque respect pour l'intelligence, faites cesser cette mascarade, laissez-nous respirer.

 

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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