« Malade, je me retrouve à vivre sans sexualité, à 25 ans »

Publié le 27 Novembre 2011

non connue
 

Riveraine de Rue89, Gwenaëlle nous a écrit un e-mail. « Ma démarche va peut-être vous sembler étrange, mais j'ai le sentiment que Rue69 est le seul lieu où raconter ce qui me tourmente depuis deux ans. J'ai beaucoup hésité avant de vous écrire. Et puis je me suis lancée. » Voici son témoignage.

A 25 ans, je suis privée de sexe depuis deux ans. Alors même que je ne suis qu'au début de ma vie sexuelle, que je venais à peine de découvrir l'orgasme, ce dernier m'apparaît désormais comme un étranger que j'ai aimé dans une autre vie, qui n'est plus la mienne.

Dans cette autre vie, je vivais en couple avec Monsieur depuis quatre ans. Une de ces relations dont on rêve, ado. De celles où l'on peut parler de tout, tout partager, et découvrir ensemble ce qu'est une vie sexuelle de couple, plutôt épanouie.

« Des tumeurs poussent dans mon vagin »

Et puis une maladie rare débarque, s'installe petit à petit. Des angiomyxomes, des tumeurs poussent dans mon vagin. Encore et encore.

Les médecins ne savent pas comment empêcher cela, ni si ça cessera un jour. Au départ, la maladie ne fait « que » troubler la vie sexuelle : la première opération empêche le sexe, pour quelques mois, nous dit-on.

Avoir cette perspective de retour à la normale, comme si la frustration allait arriver à échéance, mourir à petit feu, rassure et permet d'espérer. Les mois passent. Les opérations se multiplient, changent radicalement mes organes. La pénétration est douloureuse, parfois physiquement impossible.

La maladie ne recule pas, se fait plus présente. Monsieur reste compréhensif, présent et attentionné. Plusieurs opérations suivent, les traitements hormonaux arrivent. Avec eux : la libido qui se fait la malle, la sécheresse vicieuse qui campe au creux de moi, la peur de souffrir pendant les rapports.

Petit à petit, l'abstinence s'impose. « Votre santé est notre priorité, pas votre vie intime », disent les médecins, à qui j'ai envie de gueuler : « Ma santé mentale passe par ma vie au pieu. Sans cela, je pourrais tout perdre : la normalité, Monsieur – qui n'a rien demandé –, l'ancrage précieux dans la vie à deux. »

La gêne de ceux qui sont mis au courant

Je suis peut-être fleur bleue, idéaliste, naïve, mais j'ai aimé me persuader longtemps que le couple n'était pas qu'une histoire de sexe, que l'amour pouvait pallier le manque, que ce qui m'unissait à Monsieur nous permettrait de faire face.

Pendant plusieurs mois, j'ai gardé tout cela pour moi. J'avais honte. Aujourd'hui, je suis persuadée que les jeunes abstinents par obligation sont plus nombreux que l'on ne le croit, mais qu'ils n'osent peut-être pas faire leur coming out.

Parce qu'une fois que les autres sont au courant, leur attitude vis-à-vis de vous change. Certains sont gênés et le sujet devient tabou.

D'autres assurent qu'« il n'y a pas que la pénétration ». Effectivement. Mais les jeux, les caresses et autres fellations ne compensent jamais le sentiment d'inachevé et d'anormalité qui s'incruste petit à petit entre nous. Ce n'est pas suffisant, et on le sait bien. Mais on n'ose pas se l'avouer.

Alors par peur que toute vie sexuelle disparaisse pour de bon, Monsieur et moi nous sommes contentés de cela quelques mois. Jusqu'à ce qu'arrive le dégoût.

Couple abstinent, on devient colocataires

Dégoût de moi, de mon corps mutilé, transformé à jamais, mon ennemi qui m'empêche de vivre ma vie, d'assouvir mes désirs. Dégoût de mon esprit obsédé, paralysé par la peur de ne plus jamais pouvoir faire l'amour.

Puis la culpabilité : une petite voix sournoise me sussurre que j'ai peut-être mérité ce qui m'arrive, que je suis responsable.

Que par ma faute, notre relation est vouée à l'échec. Que je ne pourrai jamais rendre Monsieur heureux. Qu'un jour ou l'autre il finira par partir.

Alors j'ai pris les devants. Je lui ai dit que je ne pouvais plus vivre de cette manière. Lui non plus. On savait tous deux que ça finirait par arriver. On s'est séparés. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé personne, je nous pense faits l'un pour l'autre.

Et pourtant, sans sexe, notre couple ne peut pas fonctionner. Il manque l'intimité, le lien unique, secret entre nous deux. Celui qui permet de réparer les disputes les plus violentes, de se retrouver, de s'unir, vraiment. Sans cette connexion, on devient en quelque sorte des colocataires.

Oseront-elles parler de leurs coups d'un soir ?

Et paradoxalement, le sexe est absent physiquement, mais omniprésent dans nos conversations et dans nos têtes. Quand on s'endort, quand on s'engueule, quand on ne s'est pas vus depuis longtemps. On finissait par vivre dans la nostalgie du début, quand on pouvait encore faire l'amour par terre dans mon petit studio.

Cette abstinence est devenue mon fardeau. Je ne suis pas bonne sœur, pas grabataire, j'aime le sexe. Pourtant, il n'y a rien à faire : je ne suis pas comme les autres (mes copines, les filles qui témoignent dans les pages sexo des magazines…)

Désormais, j'ai peur que l'abstinence influe sur mes relations amicales. Est-ce que mes amies oseront encore me parler de leurs coups d'un soir ? Est-ce que je pourrai un jour rencontrer quelqu'un qui m'accepte malgré ce handicap ? Est-ce que je me marierai, est-ce que j'aurai des enfants ? Est-ce que je pourrai un jour, jouir sans me poser mille questions ?

Je n'ai pas de réponse à toutes ces questions, mais en vous écrivant, j'espère qu'elles feront écho dans la tête d'autres riveraines. Ne serait-ce que pour qu'elles sachent qu'elles ne sont pas seules.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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