Mariage homosexuel : Jeanne et Sandrine élèvent Léa depuis sept ans

Publié le 29 Janvier 2013

Publié le 28/01/2013 à 06h00 | Mise à jour : 28/01/2013 à 12h55
Auteur Hélène Rouquette-Valeins

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[TEMOIGNAGE] Elles vivent ensemble depuis dix-huit ans. Sont pacsées depuis treize ans. Et se marieront quand la loi aura été votée

Léa, entre Jeanne et Sandrine, ses deux mamans, qui veulent disposer des mêmes droits que ceux reconnus aux couples hétérosexuels.

Léa, entre Jeanne et Sandrine, ses deux mamans, qui veulent disposer des mêmes droits que ceux reconnus aux couples hétérosexuels. (Photo Thierry David)

Elles vivent ensemble depuis dix-huit ans. Sont pacsées depuis treize ans. Et se marieront quand la loi aura été votée. Pourtant, Sandrine et Jeanne ne sont pas des militantes. Simplement deux Bordelaises quadragénaires qui ont en commun une fille, Léa, 7 ans, pour laquelle, comme n'importe quels parents, elles veulent le meilleur. Et pas, explique Sandrine, « cette inégalité », « cette haine rancie à peine assumée », ajoute Jeanne.

Léa est née d'une insémination, d'une union avec un donneur connu et reconnu, père lui-même, qui n'a pas souhaité jusque-là participer à son éducation. Elle le sait depuis qu'elle est en âge de comprendre qu'il est son géniteur. Et, assure Jeanne, « elle pourra le voir quand elle en exprimera le besoin ».

 

C'est Jeanne qui a porté Léa, en 2005. Très vite, ses deux mères ont signé une tutelle testamentaire devant notaire qui permettrait à Sandrine de continuer à s'occuper de l'enfant si Jeanne disparaissait. « À condition qu'il n'y ait pas de remise en cause en raison d'une opposition de la famille », nuance Sandrine. Et que le juge des tutelles soit également d'accord.

Citoyenneté à deux vitesses

La jeune femme raconte aussi comment Jeanne a dû demander pour Sandrine au tribunal de grande instance de Bordeaux une délégation de l'autorité parentale (DAP), fort utile dans les rapports fréquents avec l'école, qui lui permet de disposer des mêmes droits pour les affaires quotidiennes en tant que représentant légal de Léa. « Nous avons fait valoir que Jeanne étant plus souvent absente en raison de sa profession - cadre dans la communication -, c'était moi qui m'occupais de l'enfant au quotidien et que j'avais donc besoin de pouvoir signer un document pour les parents d'élèves, le médecin ou une sortie scolaire. »

Mais cette DAP n'est pas définitive et peut être remise en cause à tout moment par la mère biologique ou en cas de décès de celle-ci. Et la DAP - ni le pacs, d'ailleurs - ne concerne pas les questions de succession vis-à-vis des enfants. Cette loi à deux vitesses, subordonnée au bon vouloir d'un juge, a poussé les deux jeunes femmes - qui vivent, disent-elles, « dans un milieu très hétéro normé » - à tenir Léa très au courant de la situation, sans pour autant « l'impliquer dans un combat qui est celui des adultes et pas le sien ».

Pour autant, Léa a été très blessée parce qu'elle a entendu des querelles et des insultes essuyées par les couples homosexuels, confirment Sandrine et Jeanne. La petite fille comprend mal une hostilité qu'elle sent dirigée contre les enfants de ces couples. « Comme si nous n'étions pas républicains », suggère Sandrine, sensible à une citoyenneté à deux vitesses.

Auxiliaire de vie scolaire et éducatrice sportive, élevée dans la religion catholique, elle ne comprend pas « le grand écart entre les valeurs de tolérance, d'acceptation de l'autre et d'amour de son prochain défendues par la société française et le travail de sape qui consiste à montrer ces couples comme voulant détruire les valeurs morales de cette même société ». Jeanne plaide pour « reconnaître dans les familles homoparentales des familles comme les autres. Ce n'est pas la fin de l'humanité : elles sont une minorité et le resteront. Mais elles peuvent être accueillies au même titre que les familles divorcées - un couple sur trois - ou monoparentales (30 % des structures familiales françaises) ou les adoptions de célibataires hétéros, qui posent aussi des problèmes et soulèvent des questions mais restent politiquement correctes, donc beaucoup moins étalées sur la place publique. »

Aussi Sandrine et Jeanne ont-elles décidé de mieux faire connaître la vie de femmes qui partagent la même situation mais n'ont pas accès aux personnes qui pourraient la faire avancer. Elles ont pris contact avec les députés de la Gironde pour témoigner de leur vie quotidienne, des obstacles et des difficultés, pour leur dire que « le mariage homosexuel, loin d'être une caricature du modèle petit bourgeois, une simple posture pour singer le modèle hétérosexuel, est d'abord la reconnaissance du principe d'égalité des droits pour tous, une reconnaissance sociale et morale, et un acte de réelle acceptation de l'homosexualité en France. Ce serait une belle avancée dans ce pays qui se dit celui des droits de l'homme mais reste pourtant si contestable dans ce domaine, comme dans d'autres. »

« Si j'étais parent hétérosexuel, je dirais à mes enfants que la demande de ces familles est aussi un bel hommage à l'institution qu'est le mariage, et ses représentations, et non son délitement », conclut Jeanne.

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Vos commentaires 128
 
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Robin Pb
28/01/2013, à 21h42 Alertez
Encore une fois en Europe, la France est bien en retard...
 
 
tranxen
28/01/2013, à 21h15 Alertez
On préférera toujours l'original à la copie.
 
 
kiko75
28/01/2013, à 20h08 Alertez
Marier des lesbiennes et des homosexuels est l'un des points culminants de la décadence du bon sens.
Ces militants de la société libertaire post soixante huitarde proches de l'extreme gauche oeuvrent avec acharnement depuis des années à ce que la société perde tous ses repères. Ils le font en influençant la société, par le biais du monde des médias, de la culture, de la chanson, du cinéma, de la littérature, du journalisme, de l'éducation nationale, des universités, dans lesquels ils dominent, et qui leur permettent de façonner les moeurs et d'avoir une grande emprise sur la jeunesse malléable.

Au nom du progressisme économique et social et du mode de vie afférent que ces illuminés (lobby féministe, lobby homosexuel, lobby des psychologues libertaires, sociologues libertaires, bref tout le petit monde de la gauche qui ne doute jamais de ses grandes idées)pronent depuis 40 ans environ, on a les conséquences du progrès : syndrome de l'enfant roi égoïste, effondrement du niveau scolaire de base, élèves violents, tout cela du à l'effondrement de l'autorité tant parentale qu'étatique, relativisme culturel qui crée de gros problèmes avec une partie de l'immigration qui ne s'est jamais assimilée, rejet de toute forme de norme sociale contraignante, liberté sexuelle et individualisme promus comme l'étalon maitre de l'émancipation sociale, qui donne les familles éclatées par le divorce e, les familles monoparentales pauvres, les enfants avec moins de repères...
 
 
Cypcinq
28/01/2013, à 20h01 Alertez
Relisez mon commentaire Millenium !
Je n’ai pas écrit qu’il fallait autoriser le pacs et pas le mariage, J’écris qu’il serait plus judicieux d’améliorer la loi existante sur le pacs, tout aussi républicaine, récente, et plus moderne.
Il y aura de fait, qu’une seule loi à modifier, car si on tient compte de tous les commentaires sur le sujet, je pense qu’on se retrouvera sur le forum pendant quelques années.
Je préfère garder la loi sur le mariage comme source.
 
 
Millenium
28/01/2013, à 19h34 Alertez
Cypcinq : le mariage et le pacs sont deux choses bien différentes avec des droits et des devoirs différents concernant les protagonistes. Le mariage, à mes yeux, n'est pas une étape supérieure au pacs, elle est DIFFÉRENTE. Donc, il est ridicule d'autoriser le pacs et pas le mariage pour les homosexuels.
 
 
Tagada tsoin tsoin
28/01/2013, à 19h31 Alertez
Il est certain que si la loi sur la PMA et la GMA était votée, je ne donnerai plus mon sperme pour satisfaire la volonté de procréation de couples homosexuels.

Je demanderai au législateur, si cette loi était adoptée, à ce que les donneurs de sperme, d'ovules ou d'embryons puissent être informés sur les projets de procréation auxquels ils vont contribuer. Tant pour les futurs dons que sur les stoks existant.

C'est pour moi une question d'éthique.
 
 
eon2
28/01/2013, à 19h23 Alertez
si effectivement c'est un problème de mot, alors revenons au source:

-Le "mariage" est avant un engagement religieux qui doit être "légalisé" par l'état. Celui ci n'étant plus sous la dominance de l'église, supprimons le pour le remplacer par un autre!!!
 
 
tranxen
28/01/2013, à 19h19 Alertez
Tout ceci participe d'une réflexion éthique que nous devrions avoir. Concernant le mariage homosexuel, ce débat éthique est confisqué au profit d'un déballage médiatique qui cristallise les tensions. C'est la preuve qu'il existe une crise de civilisation importante. Les "modernes" veulent l'emporter sur les "anciens" en imposant un diktat intellectuel. Comme si proclamer Eros ici ou là confirmait une réflexion transcendante.
 
 
maxsab
28/01/2013, à 19h13 Alertez
une enfant comme les autres !!!! : "Léa est née d'une insémination, d'une union avec un donneur connu et reconnu, père lui-même, qui n'a pas souhaité jusque-là participer à son éducation"
 
 
de CHRISOLAS
28/01/2013, à 19h03 Alertez
Un bel article.
Une belle petite famille équilibrée... Qui mérite d'être reconnue!
On ne peut que leur souhaiter l'égalité des droits;
un couple comme les autres; une enfant comme les autres!
Bravo pour votre témoignage; je vous souhaite tout le meilleur!
 
 
guiliguili2
28/01/2013, à 17h59 Alertez
Cypcinq
28/01/2013, à 17h11

idem
 
 
guiliguili2
28/01/2013, à 17h59 Alertez
axelle.titou
28/01/2013, à 16h44

;o)
 
 
tomba
28/01/2013, à 17h56 Alertez
Quand il y aura 10 milliards d'habitants sur la planête on sera morts mais ça va être un drole de bordel .
 
 
cratso
28/01/2013, à 17h44 Alertez

Bof que de salive pour rien. De toute manière cela se fera, comme la contraception, comme l avortement, comme l abolition de la peine de mort. Il ne restera que les frileux et les peureux qui continuent à penser que la terre à moins de 6000 ans et que le soleil lui tourne autour desesperement.

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Publié dans #citoyens du monde

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