Ménage, cantine : agents de lycée, ils travaillent plus pour gagner autant

Publié le 13 Décembre 2011

En Ile-de-France, depuis octobre, un décret fait travailler le personnel chargé de l'entretien des lycées 20 heures de plus par mois pour le même salaire, soit 1 200 €.


Une cour d'école vide (Stefan Powell/Flickr/CC)

Une poignée d'agents chargés de l'accueil, du ménage et de la cantine dans les lycées publics se sont rassemblés ce jeudi 8 décembre à 10 heures devant le conseil régional dans le VIIe arrondissement parisien pour exprimer leur opposition au nouvel aménagement de leurs horaires.

Le 25 août 2000, un décret annualisant le temps de travail des agents des lycées d'Ile-de-France était voté. Appliqué seulement en octobre 2011, il leur impose cinq heures de travail hebdomadaires supplémentaires sans compensation de salaire, celui-ci s'élevant à 1 200 euros en moyenne.

Des nouveaux horaires qui rendent la « vie invivable »

Les agents commencent leur journée à 6h30 avec le ménage des salles (nettoyer les tableaux, effacer les tags, décoller les chewing-gums, passer le balai) avant l'entrée en classe des élèves à 8h15. Ensuite, c'est au tour des couloirs, des toilettes, des halls pendant qu'un autre groupe s'active en cuisine pour préparer les repas.

A 11h15, le service de cantine commence : un groupe prépare et sert les repas, les autres sont à la plonge. Le service se termine avec le nettoyage du réfectoire à 14 heures.

Depuis le passage de la réforme, les agents travaillent jusqu'à 15 heures au lieu de 14h15. Beaucoup expriment leur désarroi.

« Travailler 20 heures de plus par mois pour le même salaire, j'en ai des sueurs froides ! », dit Rose, agente dans un lycée du Ve arrondissement de Paris. Sa collègue Angèle, 48 ans et quinze ans d'éducation nationale derrière elle, ajoute :

« On est là pour subir. On râle mais finalement on s'exécute ! Avant, en rentrant, un café, une cigarette, on pouvait se détendre, puis reprendre le travail à la maison. Maintenant je rentre, je dors, je m'en fous du ménage chez moi, je suis trop fatiguée pour le faire. »

La plupart des agents, quadragénaires et quinquagénaires, regrettent que la pénibilité de leur travail, répétitif et au rythme soutenu, ne soit pas reconnue. Debout toute la journée, ils sont nombreux à souffrir de maux de dos chroniques.

« On tue le temps, on regarde les murs »

Au sentiment de désarroi s'ajoute un sentiment d'incompréhension et de frustration, car le même travail était effectué sans cette heure supplémentaire. Angèle nous confie :

« On fait exactement le même travail. Avant, on avait le sourire en plus. Après le service de plonge, on est crevé, on doit se changer en dix minutes – parce que la tenue est différente pour travailler dans la cuisine et dans les étages – puis on monte refaire le ménage. C'est juste pour nous tenir occupés. »

Dans un lycée du 91, pas de tâches supplémentaires pour combler les heures, « on discute dans la cour jusqu'à 15 heures ».

Ce constat est partagé par Josiane qui, à 39 ans et après dix ans d'accueil dans les établissements, affirme :

« On tue le temps, même quand il n'y rien à faire il faut être là pour regarder les murs. »

Elle assure qu'elle accepte de travailler plus d'heures mais à condition d'être utile. Or, son chef de service la fait venir pendant les vacances scolaires lorsque l'établissement est fermé et qu'il n'y a strictement rien à faire.

Un jour de congé maladie, une heure à rattraper

La réglementation des congés maladie choque particulièrement les agents : chaque jour de congé maladie pris les oblige à rattraper une heure de travail.

David, 52 ans et père de deux enfants, remarque :

« Arrêté pendant deux semaines pour un accident du travail, tu vas devoir rattraper dix heures sur tes vacances. Mais qui va te surveiller quand tu viens pendant les vacances ? »

Dans une brochure distribuée aux agents en début d'année, la présidence de la région assure que ces dispositions « reflètent son souci de leur assurer équité et transparence […] puisque dans tous les lycées les mêmes règles seront appliquées ».

Dans la réalité, on constate de nombreuses divergences : l'application de la décision relevant du chef d'établissement et de l'intendant, elle n'est pas systématiquement mise en place. « Je sais qu'il y a des établissements qui ont conservé leurs anciens horaires et qui ne changent pas parce que ça tourne bien », dit David. « Et c'est une région de gauche qui nous a fait ça ! »

La trahison des syndicats

Pour imposer ce nouveau rythme de travail, le conseil régional est passé en force cet été (22 et 23 juin) alors qu'aucune organisation syndicale n'avait donné son assentiment. Le vote abstentionniste de FO et de la CFDT a d'ailleurs une nouvelle fois déçu leurs adhérents : « Ils ne nous ont pas défendus ! », se révolte un agent. Nombre d'entre eux ne croient pas aux promesses de renégociations.

Sans recours, ils ressentent également plus fortement le poids de la hiérarchie car les chefs d'établissement et les intendants disposent désormais de plus d'autonomie dans la gestion de leur travail. Josiane nous confie :

« Depuis la réforme, on dirait qu'ils ont pris du galon. On ne se sent plus en sécurité, les agents sont beaucoup plus stressés qu'avant. »

Dans un lycée, l'intendant a par exemple décidé d'enlever aux agents la table et les chaises dont ils disposaient, les obligeant à déjeuner dans le réfectoire où ils peuvent être contrôlés par leur direction.

Oubliés de tous

Leurs revendications n'ayant trouvé aucun écho dans les médias ou auprès des élus politiques, les agents se sentent isolés : « Les professeurs et les autres membres de l'administration s'en foutent », nous dit l'un d'entre eux.

Contrairement aux grèves des professeurs, qui ont beaucoup d'impact, Josiane constate :

« Quand ça concerne les agents, la seule chose qui les dérange c'est que la cantine soit fermée pendant une journée, mais ça ne les intéresse pas plus que ça. »

Elle ne croit pas que les choses changeront à un niveau général. Elle espère seulement que son chef de service prendra la mesure du mécontentement de son personnel afin de réorganiser au mieux l'aménagement de leurs horaires.

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Publié dans #citoyens d'europe

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