Menottes au lit, sangles, battes de baseball... vive les prisons européennes

Publié le 8 Novembre 2009

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Etouffement avec un sac en plastique en Lettonie ou «placement en cagibi» en Suisse, le Comité pour la prévention de la torture (CPT) dresse un inventaire calamiteux des conditions de détention en Europe,pour ses 20 ans d’existence.


L’impunité, le surpeuplement et les mauvais traitements «continuent de miner un peu partout les systèmes pénitentiaires», a constaté le président du CPT, l’Italien Mauro Palma, en faisant le bilan des missions de ses experts dans les prisons, commissariats, centres de rétention et hôpitaux psychiatriques des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe.

Plus de 1,8 million de personnes étaient derrière les barreaux en 2007 en Europe, selon les dernières statistiques de l’organisation paneuropéenne.

Pour le président du CPT, «se contenter de construire de nouvelles prisons n’est pas la solution». «Elles seront rapidement remplies si on ne réfléchit à d’autres formes de peines», a-t-il mis en garde vendredi à Strasbourg. Si les conditions de détention restent «souvent misérables» dans les pays de l’ex-URSS, le comité souligne aussi de sérieux manquements en Europe de l’Ouest.

En République tchèque, la castration chirurgicale d’une cinquantaine de délinquants sexuels «sans choix réellement informé» est qualifiée de «traitement dégradant». En Hongrie, «le recours aux menottes et à des sangles» à la prison de Szeged est jugé «largement excessif». En Moldavie, le CPT a été informé de coups portés à un suspect suspendu à une barre.

En Lettonie, les cellules sont surpeuplées, mal aérées et privées de lumière naturelle, un «mauvais traitement» régulièrement constaté en Europe.

La Tchétchénie offre un concentré de mauvais traitements: chocs électriques, asphyxie, brûlures et disparitions forcées, pour lesquels Moscou a été maintes fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Battes de base-ball et barres métalliques font partie du décor dans les salles d’auditions en Bosnie. Si on a supprimé le recours aux chaînes en Macédoine, on menotte toujours des détenus à leur lit de façon prolongée.

En Suisse, le CPT a été informé de «techniques d’étranglement» pour faire régurgiter des stupéfiants. En Finlande, des détenus ne pouvaient utiliser les toilettes la nuit. En Grèce, les risques en garde à vue «restent considérables».

Il y a un an, le comité s’est inquiété d’un projet de loi britannique étendant à 42 jours la durée de la garde à vue de personnes suspectées de terrorisme: le texte a depuis été adopté.

Les médecins du comité ont aussi demandé en 2008 à Ankara «de faire cesser l’isolement de l’ex-chef du PKK, Abdullah Öcalan», l’unique détenu sur l’île-prison de Imrali en Turquie, une situation jugée «nuisible à son état mental».

Des Etats suivent les recommandations du CPT en rénovant des lieux de détention souvent «totalement inadaptés». C’est le cas de la France qui s’est aussi dotée, en juin 2008, d’un «Contrôleur des prisons» après avoir été éreintée dans un rapport du comité.

Les seules armes du Comité, qui a foi en la diplomatie et en la pédagogie, sont l’habilitation de ses experts à se faire ouvrir toutes les portes des lieux de privation de liberté en Europe et à donner toute la publicité qu’ils souhaitent à des conclusions parfois infamantes. Même si à ce jour, le CPT n’a pas reçu le feu vert de Moscou pour se rendre Ossétie du Sud et si ses efforts pour visiter la partie nord de Chypre sont restés vains.

 

Source AFP et Liberation.fr

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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