Minarets : la Suisse s'inquiète des appels au boycott

Publié le 27 Décembre 2009

Campagne de boycott contre les produits suisses sur le Net

En partenariat avec La Liberté, quotidien romand édité à Fribourg

« Les Suisses ne veulent pas de nos minarets, nous ne voulons pas de leurs produits. » Le slogan, en lettres blanches sur fond noir, prend en sandwich un drapeau suisse démantelé. Mis gratuitement à disposition sur les sites Internet arabes, il est sans équivoque et fait peser de lourdes menaces sur l'économie suisse : celles d'un boycott généralisé dans le monde musulman après l'interdiction de la construction de minarets par le peuple helvétique le 29 novembre dernier.

Qui se cache derrière cette campagne qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle qui a fait perdre près de 500 millions d'euros aux entreprises danoises après la crise des caricatures de Mahomet ? Impossible de le dire en l'état, mais ce qui est sûr, c'est que cette opération est très organisée. Elle prend sa source en Egypte, en Arabie saoudite, en Jordanie, aux Emirats et au Maghreb. Partout, des sites Internet appellent à bannir les produits suisses du chariot de la ménagère musulmane.

Jusque sur les mosquées

Des listes de plus en plus exhaustives, de l'agro-alimentaire en passant par la montre de luxe ou les banques, sont d'ailleurs mises en ligne et actualisées quotidiennement sur des sites tels we-success.com, mqataa.com, qassimy.com ou muslm.net. « No swiss product », tonnent plusieurs blogueurs qui compilent les logos des marques suisses, alors que d'autres signalent que les codes-barres du « swiss made » vont de 760 à 769.

Mais la résistance ne s'organise pas que sur internet. Les logos et les photos des produits suisses fleurissent aussi sur les murs des mosquées, notamment en Egypte et au Maghreb. Le message placardé est clair :

« Nos imams et nos oulémas nous ordonnent de ne plus consommer les produits suisses, un pays désormais en guerre contre l'islam », explique Khaleed, un étudiant de l'université d'al Azhar, au Caire.

Même constat à Alger où le sentiment antisuisse remplace petit à petit le sentiment antiaméricain. « Les Suisses doivent faire marche arrière », souligne Dahman, dentiste en Algérie.

Mauvais pour l'image

D'autres prédicateurs s'investissent également dans la campagne. Al-Qaradawi (haut membre du Conseil européen de la fatwa) a ordonné à tout bon musulman de retirer son argent des banques suisses. Le Saoudien Abdallah Bin Abd al Mohssin a appelé à éviter les produits helvétiques. Le docteur qatari Abdel Hakim al Saadi a aussi lancé sa fatwa pour interdire le « swiss made » et s'abstenir de visiter le pays de Heidi.

Face aux fatwas antisuisses, Berne et les associations économiques suisses sont en alerte. « Nous avions averti que si cette votation passait, des appels au boycott allaient être lancés », confirme Catherine Lance, responsable des relations économiques extérieures chez economiesuisse. « C'est mauvais pour l'image de notre pays. »

Même son de cloche au Secrétariat d'Etat à l'économie (seco), où une task-force observe l'évolution de la situation, souligne Rita Baldegger, chef de la communication au seco. Une task-force qui mobilise les services du Département fédéral des affaires extérieures (DFAE) ainsi que ceux de l'Economie et de l'Intérieur.

Entreprises inquiètes

Depuis l'interdiction des minarets, les services de la Confédération et les ambassades dans les pays musulmans tournent d'ailleurs à plein régime. L'enjeu est de taille. La Suisse a vendu pour près de 10 milliards d'euros de marchandises dans les principaux pays musulmans, soit un peu moins de 8% de ses exportations.

Mais surtout, les diplomates suisses se souviennent du sort réservé aux produits danois après l'affaire des caricatures de Mahomet, disparus désormais des supermarchés d'Arabie. Du côté des entreprises suisses, l'inquiétude grandit. Selon Mélanie Kohli, porte-parole de la multinationale Nestlé, basée à Vevey :

« On n'a pas reçu directement de messages de boycott ni de menaces. En revanche, nous avons vu circuler sur Internet des appels qui visent nos produits. Nous ne connaissons pas leur impact sur nos ventes. Par contre, nous suivons la situation de très près. »

Appel à la guerre sainte

Reste que chez Nestlé, on relativise le problème :

« On associe la marque Nestlé à la suissitude. Mais notre entreprise est plus qu'un label suisse, c'est une multinationale. Dans les pays musulmans, Nestlé emploie environ 31 000 personnes et exploite 50 usines pour servir des millions de consommateurs chaque jour. Nestlé est également le premier producteur mondial de produits alimentaires halal. »

Sur le front de la finance, les banquiers sont aussi très inquiets, eux qui gèrent près de 350 milliards de francs en provenance des pays musulmans. Soit un peu plus de 10% de la fortune placée en Suisse, évaluée à 3500 milliards d'euros.

Pire, certains sites ne se contentent pas de mener une guerre économique contre la Suisse. Ils sont prêts à faire la guerre tout court. Des appels au djihad - à la guerre sainte - ont été lancés notamment sur forsanelhaq.com (ndlr : les chevaliers de la vérité) où l'on appelle à venger l'islam.

Et des cyber-terroristes musulmans sont déjà passés aux actes. Des centaines de vidéos attaquant l'image de la Suisse et détournant les clichés helvétiques ont ainsi été postées sur le site youtube. Des politiciens helvétiques y sont pris à partie.

Pas moins de trois cents sites Internet helvétiques ont été en outre piratés, notamment celui de la société Kreativ Media à Zurich. Certaines de ces attaques auraient été orchestrées par un hacker marocain. Résultat : des pages d'accueil ont été remplacées par une image de la Mosquée Bleue d'Istanbul. Tout un symbole…

 

En partenariat avec La Liberté

La Liberté, quotidien romand édité à Fribourg

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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