Non, un jogging ne fait pas passer la gueule de bois

Publié le 1 Janvier 2010

Dans un bar des îles Féroé (Philippe Lopparelli/Tendance floue).

(De nos archives) On « ramasse une banane » et on se retrouve avec « le nez dans le pâté », la « tronche en vrac » avec une bonne « gueule de bois ». On croit qu'un petit jogging ou une balade à vélo de « décrassage » seront efficaces pour « virer le charpentier de chez soi », alors que la seule mesure bénéfique consiste tout simplement à sortir prendre l'air !

En raison de son statut d'homme sain et de l'entraînement de ses muscles à éliminer les nuisances du corps, un sujet hyperactif tel que le sportif de compétition serait moins exposé que le gros peloton des sédentaires aux difficultés des lendemains de fêtes, notamment celles organisées après une victoire ou un podium.

La pratique de l'exercice physique fait partie des innombrables moyens utilisés pour essayer d'atténuer les désagréments de la « gueule de bois ». Mais, comme les autres, il a fait preuve de son inefficacité…

L'alcool diminue la résistance à l'effort

Au contraire, l'alcool diminue les possibilités d'adaptation de l'organisme à l'effort.

En effet, lors d'une activité musculaire intense réalisée à la suite d'une ingestion excessive d'alcool : le rythme cardiaque et la tension artérielle atteignent des niveaux inhabituels, l'irrigation sanguine de la peau se fait au détriment de celle des muscles ; ces derniers voient ainsi leur force et leur résistance s'altérer rapidement.

De plus, la cure de mouvements provoque des impulsions mécaniques, surtout au niveau de la tête et de l'abdomen, qui n'arrangent pas la situation !

Comme on le voit, le sport ne constitue pas le remède idéal pour dissiper les conséquences d'une soirée un peu trop arrosée, d'autant que même la transpiration, facteur souvent invoqué comme très efficace, n'élimine pas plus vite l'alcool.

Par exemple, lorsqu'un homme pesant 70 kg fait la fête en buvant un litre de vin à 12°, il absorbe du même coup 96 g d'alcool (120 x 0,8). Une faible partie (5%) est rejetée par la respiration (cf. les alcootest), les urines et la peau. En transpirant abondamment, le sportif n'en éliminera par ces trois voies que 4,8 g. Tout le reste, soit 91 g, est évacué au rythme lent habituel, à raison de 1 g par heure et par 10 kg de poids (70 kg = 7 g).

Donc, malgré une bonne suée, il faut treize heures pour que l'alcool contenu dans le litre de vin à 12° soit complètement éliminé du corps de ce sujet pris pour exemple (91 g : 7g/h = 13 h).

En conséquence, on peut donc affirmer que, contrairement aux discours souvent entendus, la transpiration n'accélère pas l'élimination du grand coup de trop !

Suer dans un sauna n'arrange rien

Les douches froides, les bains turcs, les saunas favorisant la fuite de liquides sont également inopérants. Le temps semble être le seul remède efficace contre l'ivresse causée par l'alcool.

Contrairement à une idée très répandue dans le milieu sportif, le sauna n'entraîne pas une élimination importante de l'alcool ou même des toxines musculaires telles que l'acide lactique.

Si la sueur de l'exercice physique ou du sauna ne sert pas à favoriser la fuite des toxines et des déchets métaboliques, elle permet plus simplement de lutter contre l'élévation de la température corporelle en s'évaporant. C'est ce que l'on appelle techniquement le mécanisme de thermorégulation.

De même, l'acide lactique évacué par la transpiration ne provient pas du métabolisme, mais des glandes sudoripares elles-mêmes. Il convient donc d'utiliser le sauna sans excès et en gardant à l'esprit son but : faire transpirer pour éliminer et boire ensuite pour renouveler.

Le gin et la vodka ont un peu moins de conséquences néfastes

Ce que l'on appelle familièrement la « gueule de bois » est un état fort désagréable, mais en réalité ces symptômes sont dus, moins à la drogue elle-même, qu'à ses conséquences.

En particulier, le mal de tête épouvantable que l'on ressent est provoqué en partie par la fatigue due à la fête (manque de sommeil, décibels, suralimentation etc.), en partie par la modification des fluides cérébraux due aux boissons alcoolisées.

L'alcool n'est certes pas étranger à la nausée qui accompagne souvent ce mal de tête consécutif à l'ivresse, mais les diverses substances chimiques incorporées au cours de la fabrication des liquides euphorisants y sont également pour quelque chose.

Les liqueurs riches en « congénères » comme on appelle ces ingrédients -additifs, engendrent une griserie particulièrement mal ressentie le lendemain, alors que le gin et la vodka qui en contiennent peu, sont relativement mieux supportés.

La trompeuse grande soif du lendemain

Le symptôme le plus caractéristique qui se manifeste à la suite de l'ivresse est, au contraire, uniquement le fait de l'alcool. Je veux parler de la langue sèche, allant de pair avec une soif dévorante. L'alcool non seulement accélère l'élimination de l'eau dans la vessie, ce qui entraîne la soif, mais encore a pour effet de transférer l'eau demeurant dans l'organisme de l'intérieur des cellules vers les liquides extra-cellulaires.

Cette déshydratation partielle des cellules se répercute sur certains centres du cerveau, créant une sensation de soif très pénible, et qui n'est pas totalement justifiée par le besoin en eau de l'organisme.

L'aspirine augmenterait la concentration d'alcool dans le sang

En raison des vertus tous azimuts de l'aspirine, certains s'imaginent qu'elle peut expulser « les charpentiers de chez soi ». Bien au contraire, l'association alcool-aspirine fait monter très rapidement le taux d'alcoolémie.

Une étude américaine réalisée par le docteur Risto Roine et son équipe du centre médical des vétérans du Bronx (New York) a mis en évidence que l'aspirine augmente la concentration d'alcool dans le sang quand elle est prise au moment d'un repas.

D'autres travaux précédents n'avaient pas montré de lien, car les expériences s'étaient déroulées avec la collaboration de volontaires à jeun.

En comparant les résultats repas + alcool avec ou sans aspirine, les médecins ont montré que le pic de concentration en alcool était augmenté de 25% en moyenne en cas de prise d'aspirine.

Ce qui est loin d'être négligeable et peut avoir une influence sur le comportement, notamment d'un sportif intempérant au sein d'un peloton. Il faut quand même que ledit sportif associe un repas arrosé et un comprimé d'aspirine.

Au total, on s'aperçoit qu'il est tout à fait inutile de se mettre à faire du sport quand on a la « gueule de bois ». Les maux de tête de cette très désagréable sensation correspondent à une augmentation de la pression intracrânienne liée à une dilatation de la substance cérébrale.

Cet oedème du cerveau est très perceptible en raison de son carcan osseux inextensible.

Dans cette situation, il est particulièrement mal venu de se mettre en action dans la mesure où l'effort augmente à la fois la pression sanguine et la transpiration, deux facteurs particulièrement efficaces pour « retenir les charpentiers chez soi ».

En revanche, il est souvent bénéfique de tout simplement sortir prendre l'air.

 

Photo : dans un bar des îles Féroé (Philippe Lopparelli/Tendance floue).

Article initialement publié le 1er janvier 2008.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

Repost 0
Commenter cet article