Nouveau coup de tatane de Chirac contre Giscard

Publié le 5 Novembre 2009

Ce jeudi 5 novembre, sur Europe1, Jacques Chirac racontait comment le président Valéry Giscard d'Estaing l'avait nommé Premier ministre en 1974.

L'occasion pour lui d'un nouveau coup de savatte contre son vieil ennemi.


Elkabbach l'interroge sur la bataille pour le droit à l'avortement, menée par Simone Veil. Chirac l'avait alors soutenue pendant le débat. Où se trouvait Giscard ? « Je crois qu'il était en Afrique, il devait chasser, probablement », lâche Chirac.

Une allusion aux parties de chasses de Valéry Giscard d'Estaing avec son « ami » le dictateur centre-africain Jean-Bedel Bokassa. (Ecouter le son)

 

La partie de ping-pong continue donc entre les deux vieillards. Voici un petit récapitulatif, exhumé de nos archives. (P.R.)

(De nos archives) Entre eux, la haine est si tenace que plus de trente ans après la trahison de Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing lui livre toujours bataille. Interrogé au sujet d'Omar Bongo sur Europe 1, l'ancien président de la République, l'air de rien, n'a pas hésité à balancer Jacques Chirac :

« Normalement on n'accepte pas des financements étrangers mais j'ai appris que Jacques Chirac, mon concurrent, avait reçu des fonds d'Omar Bongo.

Je lui ai alors téléphoné pour obtenir des explications : “Ah, vous le savez”, s'était-il simplement étonné. » (Voir la vidéo)


Lors de l'arrivée au pouvoir de Valery Giscard d'Estaing, les relations entre les deux hommes sont cordiales. Et pour cause : en lâchant Chaban-Delmas, Chirac a grandement participé à l'élection du ministre de l'Economie de Pompidou, n'hésitant pas à se mettre à dos une bonne partie des gaullistes.

25 août 1976, le clash originel : Chirac démissionne

En récompense, il est nommé Premier ministre. Mais leurs relations se dégradent jusqu'à la démission du gouvernement. L'intervention de Jacques Chirac ce 25 août 1976 ne manque pas de panache :

« Je ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre. Dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin. » (Voir la vidéo)

En 1981, Jacques Chirac, chef du RPR, est candidat à l'élection présidentielle. La bataille tourne alors féroce entre le président de la République et son ancien Premier ministre. Lorsqu'un journaliste suggère un débat entre les deux candidats, Valéry Giscard d'Estaing refuse :

« Je n'ai pas l'intention d'offrir aux Français le spectacle du président de la République se querellant avec le Premier ministre qu'il a nommé. »

Ce dernier rétorque :

« Il ne s'agit plus aujourd'hui du président de la République et de son ancien Premier ministre. Il s'agit de deux candidats et deux candidats, cela peut tout de même dialoguer. » (Voir la vidéo)

Jacques Chirac échoue au premier tour en ne récoltant que 18% des voix. Au second tour, il ne donne pas d'instruction de vote claire en faveur de son rival.

Dans ses « Mémoires », Giscard raconte avoir téléphoné au QG de campagne gaulliste en se faisant passer pour un militant RPR. Il demande alors pour qui le RPR appelle à voter. On lui répond : « Il ne faut pas voter Giscard. Il faut voter Mitterrand. » Il ne pardonnera jamais.

« il faut lui couler du béton dans les veines »

Depuis, l'on ne compte plus les piques acrimonieuses échangées entre les deux hommes. Jacques Chirac utilise peu la presse, mais les propos qu'on lui prête sont au moins aussi fielleux que ceux de son ennemi préféré.

Dans L'Express, Raymond Barre, ancien Premier ministre de VGE rapporte ainsi une conversation avec l'ancien président :

« Un soir, au début de 1976, où nous dînions ensemble à Matignon en tête à tête. “Raymond, me dit Chirac, je n'en peux plus. Avec le président de la République, ce n'est plus possible. Il faut lui couler du béton dans les veines.”

Il tenait le président pour un homme fragile, pusillanime, incapable d'assurer sa fonction, et voulait reprendre les choses en main. Du jour où il a décidé que Giscard était un obstacle sur sa route vers l'Elysée, sa stratégie a tenu en deux mots : le détruire. »

VGE est plus prolixe. Il répand régulièrement toute sa rancoeur dans la presse. Florilège :

  • 1999. Il faut l'acrimonie tout en talent d'un Valéry Giscard d'Estaing pour souligner que ce « président de culture gaulliste » ne cesse de déroger à l'« esprit authentique de la Ve République ». (L'Express)
  • 2000. Référendum sur le quinquennat : Il indique que « personnellement », il « ne lancerait pas un référendum » s'il n'était pas assuré qu'au moins 50% des Français viendraient voter. Si ce taux de 50% n'est pas atteint, ce sera non « pas un échec technique, mais un échec politique et symbolique ». (Libé)
  • 2001. L'affaire des HLM : « Le président de la République peut témoigner, aucune disposition de la Constitution ne l'interdit. Compte-tenu des règles constitutionnelles, le président ne peut déférer à une telle convocation, contraire au principe de la séparation des pouvoirs comme aux exigences de la continuité de l'Etat. » (AFP)
  • 2005. Turquie et référendum : Giscard déclare ne pas vouloir « polémiquer avec le président de la République », favorable à l'adhésion de la Turquie, mais souligne que « les Français n'étaient pas favorables à l'adhésion de la Turquie » et qu'il faut « lever l'ambiguïté » sur le problème. Sur le référendum, il rappele « le général de Gaulle prenait ses décisions lui-même » et que « la constitution ne précise rien sur les conséquences politiques de l'échec d'un référendum ». (AFP)
  • 2006. Le CPE : « Le gouvernement doit abroger l'article de loi instituant le contrat première embauche afin de rétablir le fonctionnement normal des institutions et sortir la France du bourbier (…) La désorganisation des institutions a atteint un niveau inconnu depuis le début de la Ve République. » (Le Journal du Dimanche)
  • 2007. Chirac a « faim de pouvoir », a un « désir fanatique d'accéder à la présidence de la République », un « caractère clanique » et « n'admet pas que le pouvoir puisse être exercé par d'autres que les membres de son clan ». (« Mémoires », tome 3)

Article intialement publié le 9 juin 2009.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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