Nouvelle controverse à l'OMS après la fuite d'un rapport confidentiel

Publié le 26 Mars 2010

Après avoir critiqué un rapport confidentiel sur les maladies négligées, l’industrie pharmaceutique est accusée d’avoir fait pression sur des experts de l’Organisation mondiale de la santé.

L’affaire semble tout droit sortie d’un roman d’espionnage de John le Carré. Le 7 décembre 2009, un rapport confidentiel d’experts mandatés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est mis en ligne sur un site Internet spécialisé dans la publication de documents secrets : wikileaks. Le texte est un condensé de huit ans de réflexion sur les financements innovants pour favoriser la recherche en faveur des maladies négligées et l’accès des plus pauvres aux médicaments essentiels.

La « fuite » serait sans doute passée inaperçue si les 90 pages du rapport n’avaient été accompagnées d’une analyse critique de la Fédération internationale de l’industrie du médicament (Ifpma), laquelle n’était pas censée disposer d’une copie. La Fédération jugeait notamment « contre-productive » l’idée d’instaurer une taxe sur les bénéfices des entreprises pharmaceutiques pour financer la recherche médicale à hauteur de 160 millions de dollars par an. Ces remarques avaient conduit
le Lancet, la revue médicale de référence, à accuser l’industrie pharmaceutique de vouloir « saboter » le travail des experts.

Aucune piste pour modifier le système actuel des brevets

L’affaire a rebondi le 18 janvier à l’occasion d’une réunion du conseil exécutif de l’OMS à Genève, composée d’une quarantaine d’États. Ce jour-là, les représentants des pays se sont vus remettre une synthèse du rapport, dans laquelle figurait une série de propositions sélectionnées parmi les idées fortes des experts. Toute mention d’une taxe sur les bénéfices des industries pharmaceutiques avait disparu de la sélection, soulevant des interrogations sur l’indépendance des experts face aux intérêts économiques des entreprises du secteur.

Le rapport était très attendu par les représentants des nations du Sud et les acteurs de la lutte contre les maladies négligées. L’enjeu : stimuler l’innovation contre des pathologies comme le paludisme ou la tuberculose, mais aussi rendre accessibles les médicaments récents et coûteux aux populations des pays pauvres. Cela revenait à examiner l’impact des brevets déposés par les laboratoires après une découverte. Les entreprises pharmaceutiques défendent le fait qu’ils stimulent la recherche, par la promesse de nouveaux revenus. Mais les pays du sud et les ONG soulignent qu’ils leur permettent de fixer des prix élevés aux médicaments dont ils ont le monopole.


Dans le document de synthèse, les experts soulignent en préambule que « les mesures d’incitation commerciale fournies par la propriété intellectuelle (NDLR : les brevets) n’ont pas abouti à des améliorations suffisantes en matière de santé publique dans les pays en développement ». Pour autant, ces mêmes experts n’avancent aucune piste pour modifier de près ou de loin le système actuel des brevets. Dans les faits, ils sont divisés sur la question.

Une enquête en interne est lancée

L’un des experts, la sénatrice colombienne Cecilia Lopez Montano, a ainsi appelé les membres du conseil exécutif de l’OMS à ne pas approuver le texte en l’état. Dans une lettre adressée à chacun d’entre eux, elle a détaillé les débats qui ont agité les rédacteurs du rapport : « Quand j’ai essayé d’aborder le sujet des brevets, il m’a été répondu que cela ne faisait pas partie de notre mandat. J’ai préféré quitter les discussions plutôt que de perdre mon temps avec des thèmes qui ne permettront pas de financer la recherche sur les maladies négligées. »  ......................

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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