On a lu l’autobiographie d’Ibrahimovic, star du PSG

Publié le 2 Août 2012

Qui est-il vraiment ? 19/07/2012 à 11h27

On a lu l’autobiographie d’Ibrahimovic, star du PSG

Auteur Imanol Corcostegui | Pour Rue89.com Rue89

 

La nouvelle recrue de luxe du PSG est un joueur brillant, un peu prétentieux, qui traîne une enfance difficile.

 

Les uns après les autres, immanquablement, nous allons tous mourir d’une overdose d’Ibrahimovic.

Saturés des débats – rengaine du foot-business – sur son salaire, vertigineux, de « 14 millions d’euros par an nets d’impôts », ce qui signifie donc un revenu situé entre 70 millions et 89 millions d’euros !

Saoulés par les éloges, pourtant mérités, de son talent sportif. Exaspérés par l’attente de ses dérapages et de ses phrases égocentriques.

Il va y avoir son premier entraînement, son premier match, son premier but, son premier coup de gueule...

L’argent qatari a fait venir en France une des plus grandes stars du foot mondial et la presse a déjà abondamment décrit le profil de ce brillant attaquant suédois.

Il est capable de dire, entre autres, que « ce que fait John Carew avec un ballon, [il] le fait avec une orange » ; ou encore, quand un journaliste lui demande « Que manque-t-il à la Suède pour gagner l’Euro ? », de répondre :

« Dix autres Zlatan. »

C’est aussi un joueur qui aime bien mettre des coups de pied à tout le monde et marquer des buts insensés.

Pour découvrir de nouvelles anecdotes à son sujet et creuser le personnage, nous avons lu son autobiographie « Je suis Zlatan Ibrahimovic » (un titre efficace), écrite avec un journaliste suédois, traduite en anglais, qui s’est vendue dans son pays plus massivement que « Harry Potter ».

Le bouquin est une ode à lui-même - « Zlatan n’était plus Zlatan » - mais contient aussi des confessions et des éclairages, qu’on n’avait pas lus en France. Story telling, souvent honnête, d’un gamin d’un quartier défavorisé devenu vedette planétaire.

« Attrape le lait toi-même, trou du cul ! »

Dans L’Equipe de ce mercredi, Julien Escudé, ancien coéquipier français de Zlatan à l’Ajax, se souvient d’une phrase que lui avait confiée Maxwell, ami intime du Suédois, lui aussi au PSG :

« Ibra a beaucoup souffert dans sa jeunesse et il continue à se battre avec son passé. »

On dirait une chanson de Chimène Badi mais il y a de ça.

Ibrahimovic est né à Rosengard, cité sinistrée de Malmö, où vivent une majorité d’immigrés, tout au sud de la Suède. Une mère croate et un père bosniaque qui divorcent quand il a 2 ans.

Pendant les neuf premières années de sa vie, Zlatan habite chez sa mère, femme de ménage aimante mais inapte à l’affection, qui travaille 14 heures par jour et punit les bêtises de ses enfants à coup de cuillères en bois sur la tête.

« Il n’y avait pas de conversation polie à la suédoise, genre ’Pourriez-vous me passer le lait ? ’ C’était plutôt : ’Attrape le lait, toi-même, trou du cul ! ’ »

Grand nez et zézaiement

Parce que sa demi-sœur trafique de la drogue à la maison, les services sociaux le placent chez son père, concierge, lui aussi dur mais attentionné, qui passe ses soirées à écouter du folk yougoslave, à suivre à distance la guerre des Balkans et à boire de l’alcool.

« Je rentrais souvent affamé et j’ouvrais les portes du placard en pensant “ Allez, allez, s’il vous plaît, faites qu’il y ait quelque chose là-dedans !” Parfois, il n’y avait rien à part de la bière et mon estomac grognait. C’est une douleur que je n’oublierai jamais. Je ne cesse de répéter à ma femme que le frigo doit toujours être plein. »

Ibrahimovic raconte longuement le sentiment d’être livré lui-même et le devoir de masquer ses faiblesses et bomber le torse au milieu des caïds.

« Enfant, j’étais petit. J’avais un grand nez et un zézaiement qui m’a conduit à aller voir un orthophoniste. Une femme venait à l’école pour m’apprendre comment prononcer les S et c’était vraiment humiliant. »

Nerveux et bagarreur, le Suédois se détend en volant des vélos, en faisant péter des feux d’artifice dans les boîtes aux lettres. Et en jouant au foot. Il a deux idoles : Ronaldo, accroché sur tous les murs de sa chambre, et Mohammed Ali.

« Il faisait les choses à sa manière, peu importe le regard des gens. Il ne se trouvait pas d’excuses. […] C’est comme ça que je voulais être. J’imitais certains de ses trucs, genre “ Je serai le plus grand ”. Tu as besoin d’avoir une attitude dure à Rosengard. »

Ce double mimétisme fait de lui un jeune footballeur arrogant et colérique, obsédé par ses actions individuelles. Alors qu’il devient le grand espoir de son pays, les parents de ses coéquipiers se plaignent souvent de ce sale gosse qui ne fait que hurler et garder le ballon pour lui tout seul.

A l’école, il est tout aussi indiscipliné. On lui propose une aide psychiatrique, ce qui le vexe terriblement. Viré d’un cours d’italien, il rétorque :

« Pas grave ! Je l’apprendrai quand je serai footballeur professionnel là-bas. »

Ce qu’il fera une poignée d’années plus tard, après son passage à l’Ajax d’Amsterdam. Là-bas, le joueur est resté le même, soliste imprévisible. Il mesure 1,95 m et chausse du 47 mais sa souplesse et son adresse, lui la ceinture noire de taekwondo, épatent.

Les succès s’enchaînent et avec eux, le sentiment, indélébile, d’évoluer dans un monde auquel il n’appartient pas. Le jour de sa signature à l’Ajax, dans un bel hôtel de Malmö, il croise, gêné, la meilleure amie de sa mère, femme de ménage elle aussi. C’est le jour de sa présentation devant la presse à Amsterdam qu’il boit du champagne pour la première fois, à 20 ans.

Plus tard, alors qu’il joue à la Juve, il emmène toute sa famille en vacances à Dubaï. Dans l’avion, sa maman enlève sa chaussure pour frapper la tête de son petit frère qui voulait commander du whisky.


Zlatan Ibrahimovic face au Viktoria Plzen à Milan le 28 octobre 2011 (Stefano Rellandini/Reuters)

Zlatan apprivoise son ascension sociale à la manière d’un rockeur. En couvrant son corps de tatouages. « Seul Dieu peut me juger » est gravé sur son torse.

Quand ça ne va pas, il prend une de ses voitures de luxe, symboles le plus importants, selon lui, de sa réussite – « C’est par les voitures que tu montres qui tu es devenu » – et fait n’importe quoi.

Frustré à Barcelone, il profite de ses vacances d’hiver pour rouler à 325 km/h sur les routes suédoises en Porsche Turbo. Lorsqu’il défonce son Audi, il avoue avoir beaucoup ri.

A Paris, si ça ne se passe pas bien, il y a plus de chances de le voir déconner sur le périph’ que squatter les boîtes de nuit.

Traumatisé par l’alcoolisme de son père, il boit peu et dit adorer la vie de famille. Une bonne partie de son autobiographie est consacrée au récit de son histoire d’amour avec Helena, de onze ans son aînée, qu’il appelle son « Evil super bitch deluxe ». On vous laisse traduire.

La Suédoise vient d’une bonne famille et Zlatan raconte qu’elle lui a appris à utiliser les couteaux à poisson et à déguster le vin avec distinction.

Avant d’avoir leurs deux enfants, ils vivaient à Turin avec leur chien Hoffa, un carlin, qu’ils nourrissaient de pizza et de mozzarella.

Au fil des années, le joueur a pas mal changé. En Italie, grâce aux deux entraîneurs qui l’ont marqué, Fabio Capello et José Mourinho, il s’est étoffé physiquement et a appris l’obsession du but et des titres.

Quand on sait lui parler, avec la dureté des gens de Rosengard, « Ibra » respecte et écoute. Il a choisi son agent, Mina Raiola, parce que celui-ci s’est présenté à leur premier rendez-vous habillé comme un maffioso et qu’il lui a dit d’aller se faire voir.

Il demande moins d’argent à l’Inter

La scène est drôle, c’était à Amsterdam : Raiola avait imprimé une feuille de statistiques des meilleurs buteurs du championnat d’Italie.

« Zlatan, 25 matches, 5 buts. Regarde les autres : Inzaghi, 25 matches, 20 buts. Trezeguet, 24 matches, 20 buts. Tu veux que je te vende à qui ? »

Il le vendra à la Juve tout de suite.

Avec l’âge, Ibrahimovic a aussi appris à devenir un leader. A l’Inter Milan, son rôle dépassait déjà celui d’un simple joueur. Un jour, il est allé voir le président Moratti pour se plaindre de sa générosité.

« Vous devriez y aller doucement avec les bonus. Les gars vont trop prendre de confiance. Mon dieu, un match gagné, ce n’est rien et nous touchons une prime !

Nous sommes payés pour gagner et bien sûr, si nous finissons champions, allez-y, donnez-nous un truc sympa si vous voulez mais pas après juste une victoire ! »

« J’aime les mecs qui crament les feux rouges »

Zlatan a presque 31 ans mais il assure que c’est toujours la même rage, à peine un peu domptée, qui l’anime.

« Depuis mes premières années à Malmö, j’ai toujours eu la même philosophie : je fais les choses à ma façon. Je me fous de ce que les gens pensent et je n’ai jamais apprécié d’être entouré par des gens coincés. J’aime les mecs qui crament les feux rouges. […]

Je joue mieux quand je suis en colère. Rappelez-vous de ça. Si vous voyez que je suis furieux, ne vous inquiétez pas. Bien sûr, je peux faire quelque chose de stupide et prendre un carton rouge. Mais la plupart du temps, c’est bon signe. Ma carrière entière s’est construite autour du désir de rendre les coups. »

En France, où le foot se vit avec moins de passion qu’en Italie et où il ne pourra pas se doper à la concurrence, Zlatan sera bien seul sur son piédestal et va devoir se transcender par lui-même.

Mais bon, il nous dirait sans doute de ne pas nous inquiéter. Parce qu’il est Zlatan Ibrahimovic.

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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