« On ne peut pas prévoir comment va évoluer le climat »

Publié le 8 Novembre 2009

Peut-on douter du réchauffement de la planète ? Décrié pour sa tribune dans Le Monde, Serge Galam affirme son droit au scepticisme.

Image extraite du film "Le Jour d'après" de Roland Emmerich (DR)

Le simple fait de poser la question expose ses auteurs à une inquiétante mise au pilori. Théoricien du désordre et physicien, Serge Galam n'a rien du »complotiste ». Il travaille depuis vingt ans sur les mouvements d'opinion et a observé à partir de 2007, la montée en puissance du catastrophisme sur le climat avec l'affirmation que l'homme était coupable d'une apocalypse programmée (à venir).

Il s'est senti gêné par la présentation des faits : d'abord l'unanimité, sans cesse mise en avant, des 2 500 scientifiques du Groupe d'experts international sur l'évolution du climat (Giec), ensuite la culpabilité s'appuyant sur un fait « scientifique ».

Or quand Serge Galam s'est penché sur la climatologie et ses preuves, il a remarqué qu'elle n'était pas (encore) une science capable de prédiction exacte et que les dites preuves n'étaient que des résultats de modèles simulés sur gros ordinateurs. (voir la vidéo)


Il a alors écrit une tribune dans Le Monde, où il s'en expliquait longuement, avec toutes les précautions d'usage sur le fait qu'à ce jour, il n'y a pas de certitude scientifique de la culpabilité humaine dans le réchauffement climatique global de ces dernières années :

« Il y a seulement l'intime conviction de milliers de scientifiques. Et ce n'est pas parce que le débat serait clos au sein de la communauté institutionnelle des climatologues que la question est dépassée. Elle n'est toujours pas résolue scientifiquement, même si elle l'est “politiquement”, du moins en principe. »

Des attaques sur le plan moral

Quelle ne fut pas sa surprise face aux réactions nombreuses et violentes venant de toutes parts (collègues, amis, inconnus…) :

« Un hallali. On demandait des sanctions contre moi, j'étais attaqué sur le plan moral. »

Invité par un éditeur à approfondir la question, il a alors écrit « Les scientifiques ont perdu le Nord, Réflexions sur le réchauffement climatique » (Plon 2008).

Dans ce passionnant opus, qui analyse les ressorts de l'unanimisme ambiant sans tomber dans la théorie du complot, on renoue avec les vertus du doute.

Car il n'y a pas d'un côté les alarmistes, et de l'autre les sceptiques : on n'entend en fait qu'une parole, celle qui nous annonce la fin du monde, comme les deux livres reçus ce matin sur mon bureau « La catastrophe climatique » (Robert et Maya Kandel, Hachette Littérature) et « Alerte. Changement climatique : la menace de guerre » (Gwynne Dyer, Robert Laffont). Quant à la conférence de Copenhague en décembre, son objectif affiché est de nous éviter le pire.

« 90% de certitude = 0% de preuve »

ONG, scientifiques, politiques, tous prédisent le même avenir avec le même degré de certitude décidé par le Giec. Serge Galam temporise :

« Dire à 90% de certitude que l'homme est la cause du changement climatique revient à 0% de preuve. Car on n'a qu'une planète, un seul climat dont on ignore le fonctionnement et donc les probabilités n'ont pas de sens. Et pourtant les décisions que l'on prendra nous concerneront tous. »

Que dit Serge Galam de si répréhensible ? Que le climat est bien trop complexe pour se réduire à un seul paramètre, le CO2, que la climatologie est une science jeune, pas du tout exacte, et que « pour qu'elle devienne une science dure, il faudrait qu'elle soit capable de faire des prédictions réfutables par l'expérience ». Ce sera peut-être le cas dans deux ou trois cents ans.

« L'effet de serre est bien plus compliqué qu'on ne le dit. Bien sûr que le CO2 y contribue, mais on ne parle quasiment jamais du méthane, de la vapeur d'eau, qui y contribuent encore plus, et surtout on ignore les effets inattendus que pourraient avoir d'autres données sur le climat. »

Une bonne cause, mais de faux arguments

Animé d'aucun présupposé politique, il revendique la lutte contre la pollution, le gaspillage, les inégalités. Mais, la science n'est pas la morale et de la confusion entre les deux peuvent naître des troubles graves :

« Quand, au nom d'une bonne cause, on utilise de faux arguments, ça aboutit à la catastrophe. C'est comme le colonialisme où l'on allait piller les ressources au prétexte de sauver les âmes. »

Cette obligation de revoir notre modèle de développement capitaliste sous la menace du réchauffement climatique conforte Serge Galam dans son scepticisme : et si l'Occident était en train d'organiser sa propre perte, en se créant un ennemi, nous-mêmes ?

On va se demander de gros sacrifices, et cela a quelque chose de « rassurant », estime-t-il, parce qu'à l'inverse, dire que le changement climatique a des causes naturelles « est beaucoup plus angoissant, car il n'est pas garanti que nous puissions y faire fac. » :

« Derrière ce consensus, il y a le mythe d'une nature idéale, où la terre débarrassée de l'homme aurait un climat qui ne bougerait pas. C'est faux.

Et ceux qui veulent mettre fin au capitalisme pour sauver la planète auront préparé les esprits pour demain mener une guerre salvatrice au nom d'un devoir supérieur d'ingérence de sauvegarde de la planète et du même coup… rétablir la suprématie de l'Occident sur le monde des humains.

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. »

Photo : image extraite du film « Le Jour d'après », de Roland Emmerich (DR)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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