Otage basque tué en Algérie : le comportement "héroïque" de Yann Desjeux

Publié le 22 Janvier 2013

Publié le 21/01/2013 à 06h00 | Mise à jour : 21/01/2013 à 12h26
Par Véronique Fourcade

 

L'ancien militaire angloy, spécialiste de la protection rapprochée, a jusqu'au bout tenté de rassurer et d'épargner les otages étrangers retenus à ses côtés durant l'assaut d'In Amenas

Peio Henry : « Sur le marché de la sécurité, les anciens des forces spéciales françaises sont très recherchés ».|| photo v. f./« Sud Ouest »
(photo v. f./« Sud Ouest »)
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Peio Henry : « Sur le marché de la sécurité, les anciens des forces spéciales françaises sont très recherchés ».

 

Les quelques personnes qui connaissent les circonstances exactes de la mort de Yann Desjeux, vendredi, lors de la prise d'otages à In Amenas en Algérie, n'osent pas les divulguer. L'épreuve qui attend la famille à l'issue du rapatriement du corps en France sera suffisamment pénible pour ne pas en rajouter.

Mais des témoignages adouciront peut-être la peine des proches. Ils confirment que Yann Desjeux, alias Dany, n'a pas perdu le sang-froid et les techniques acquises, des années durant, dans les forces spéciales françaises. « Il s'est comporté durant la prise d'otages en véritable héros », raconte le général Étienne Leclère, président de l'association des anciens du 1er RPIMa. Le militaire s'appuie sur le récit fait par l'otage irlandais auquel Yann Desjeux était enchaîné. « Il a dit qu'il avait continué, au péril de sa vie, à rassurer les otages et à détourner d'eux l'agressivité des ravisseurs. »

 

Un soldat d'élite

Celui qui fut son supérieur dans l'armée raconte que Yann Desjeux avait, comme d'autres otages, une ceinture d'explosifs sur lui. « Il aurait apparemment réussi à désamorcer le détonateur de la charge explosive. Ce sont des gestes que seul un professionnel comme lui pouvait faire. Un otage britannique libéré a qualifié d'"héroïques" l'attitude et le comportement de Dany, et ne doute pas que de nombreux otages lui doivent la vie. »

À 52 ans, Yann Desjeux était depuis quelques mois à la tête du restaurant La Mouche qui louche, près de la Chambre-d'Amour, à Anglet (64). Il n'avait rien perdu des qualités cultivées, vingt ans durant, au 1er RPIMa. Soldat d'élite, il a notamment participé à la guerre du Golfe, où il était chargé de la sécurité des principaux chefs français de l'opération. Le général Leclère se souvient qu'à l'issue d'une délicate évacuation de ressortissants, en Afrique, il avait été personnellement décoré par l'ambassadeur de France. « Autre mission d'importance, en Bosnie-Herzégovine, où il était chargé d'assurer la sécurité d'importantes autorités civiles. »

Recruté par des Britanniques

Après avoir quitté l'armée avec le grade d'adjudant-chef, Yann Desjeux n'a jamais eu de mal à faire valoir ses compétences auprès de sociétés spécialisées dans la protection de sites sensibles à l'étranger. « Ces profils-là sont très recherchés », confirme Peio Henry, l'un des « frères d'armes » de Dany, qui a créé il y a deux ans un site Internet pour faciliter la mise en relation entre anciens militaires et employeurs. « C'est un service mis à disposition de tous les militaires pour leur reconversion professionnelle. Dany, lui, n'a jamais eu besoin de mettre son CV en ligne. »

Yann Desjeux, comme beaucoup d'autres anciens soldats peu gradés, se retrouvait à 40 ans en pleine forme physique et avec une petite pension de sous-officier. « Le retour à la vie civile n'est pas aisé, souligne Peio Henry. On a passé l'essentiel de notre jeunesse complètement déconnectés des réalités matérielles de la vie quotidienne. Sur le plan professionnel, il faut arriver à rebondir. »

Yann Desjeux a mis son expérience au service du site gazier d'In Amenas après avoir été recruté par la société britannique Red Med. Divorcé, père de deux enfants installés à Saint-Vincent-de-Tyrosse, il vivait dans une résidence du quartier Marracq à Bayonne.

« L'armée, c'est toute sa vie »

Sa sœur, Marie-Claude Desjeux, est domiciliée, comme une partie de sa famille, à Paris. Elle a relaté au « Journal du dimanche » ce qu'elle savait de son séjour en Algérie, commencé il y a un mois environ. « Il était responsable de la logistique et de la protection du personnel de toute l'unité de vie. Je ne peux pas en dire plus sur son travail, car, même si nous étions très proches, Yann était très discret sur sa vie. » Yann Desjeux est décrit par ceux qui le connaissent comme un homme d'action au calme déconcertant. Sa sœur assure que « l'armée, les forces spéciales, cela a été toute sa vie ».

Plusieurs cérémonies sont prévues à Paris et à Bayonne avant l'inhumation de Yann Desjeux au Pays basque, mais aucune date n'est encore fixée. La Ville d'Anglet lui a rendu hommage en mettant les drapeaux en berne et en faisant observer une minute de silence avant les événements sportifs du week-end.

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Sudouest.fr
21/01/2013, à 07h06 Alertez
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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

Publié dans #citoyens du monde

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