Plainte contre plainte : guerre ouverte entre DSK et Banon

Publié le 6 Juillet 2011

Tristane Banon à Paris en mai 2011 (Charles Platiau/Reuters).

Son avocat l'avait dit à Rue89 : « Nous ne serons pas la béquille du dossier américain. » Alors que l'horizon judiciaire s'éclaircit aux Etats-Unis pour Dominique Strauss-Kahn, Tristane Banon a décidé de déposer plainte pour tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn, pour des faits remontant à février 2003. L'ex-directeur du FMI a immédiatement riposté avec une plainte pour dénonciation calomnieuse contre l'écrivaine.

Dans un entretien donné à L'Express, maître David Koubbi dévoile le calendrier d'une stratégie arrêtée depuis plusieurs semaines :

« Ma cliente Tristane Banon dépose plainte pour tentative de viol contre M. Dominique Strauss-Kahn. J'envoie le dépôt de plainte demain mardi 5 juillet au parquet, qui le recevra mercredi matin. Tristane Banon a réellement subi ce dont elle accuse M. Strauss-Kahn, ce qui signifie que le droit, en sa qualité de victime, lui est ouvert et qu'elle exerce ses droits de justiciable en exigeant réparation devant la justice française.

Ces faits ne sont pas constitutifs d'une agression sexuelle mais bien d'une tentative de viol, pour lequel le délai de prescription est de dix ans. »

A 17h30, on apprenait que Dominique Strauss-Kahn portait plainte en retour pour dénonciation calomnieuse contre la jeune femme.

« Un chimpanzé en rut »

Ecrivain et journaliste, Tristane Banon avait raconté en 2007 chez Thierry Ardisson avoir été victime d'une agression à caractère sexuel commise par l'ancien ministre socialiste, en février 2002 à Paris. Sa mère, Anne Mansouret, vice-présidente PS du conseil général de l'Eure (par ailleurs blogueuse sur Rue89), l'avait dissuadée de porter plainte.

Sur le plateau de « 93, Faubourg Saint-Honoré », l'émission qu'animait alors Thierry Ardisson sur Paris Première, Tristane Banon, éméchée, décrit DSK comme un « chimpanzé en rut ». (Voir la vidéo)

 

La « vraie » date de l'agression présumée

A L'Express, David Koubbi confirme aussi la date des faits que nous avancions le 20 juin dernier. Nous écrivions alors :

« Depuis le début de l'affaire, les médias évoquent l'année 2002. Ils se trompent, c'est l'année suivante.

Cette date est importante dans la mesure où le délai de prescription de dix ans court encore au moins un an (si Tristane Banon décide de le poursuivre pour viol ou tentative de viol).

Seul Michel Taubmann, auteur d'une biographie de Dominique Strauss-Kahn –- “ Le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn ”, éd. du Moment, juin 2011 –, semblait avoir la bonne date (février 2003, dans son livre). Comment l'a-t-il obtenue ?

“Il suffit de ressortir les agendas” nous avait répondu le journaliste.

Toutes ces réponses affirmait-il, se trouvaient dans la réédition de son livre, qui devait sortir dix jours plus tard. Il y a notamment ce passage où Tristane Banon raconte la fin de leur entrevue :

“ Je me dis qu'il aurait mieux valu ne pas venir, effectivement. Comment m'en sortir ? Il me propose un café, de se revoir. Moi, tout ce que je veux, c'est m'en aller. Je finirai par y arriver… une demi-heure plus tard, moyennant une promesse de retour que je ne tiendrai pas. Je m'en sors plutôt bien… Les erreurs ne sont pas irrémédiables ! ” »

« Le timing médiatique n'est pas notre timing judiciaire »

A la question de savoir si sa cliente ne joue pas du tempo médiatique, David Koubbi dit à L'Express :

« Je n'ai pas agi en fonction du contexte. Avec ma cliente, nous avions pris notre décision avant ce rebondissement du 1er juillet, à savoir dès la mi-juin. J'ai pris le temps nécessaire parce je ne voulais pas être instrumentalisé par la justice américaine.

Je ne souhaitais pas, si le dossier contre M. Strauss-Kahn n'était pas suffisamment charpenté aux Etats-Unis, que la parole de ma cliente soit liée à celle de Nafissatou D. – dont je rappelle que si elle a menti sur certains aspects, cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas été violée.

Le timing médiatique n'est pas notre timing judiciaire. Si j'avais estimé que mon dossier n'était pas suffisamment charpenté, je n'aurais pas déclaré, au deuxième jour de l'affaire DSK : “Elle envisage de porter plainte.” J'aurais dit : “Elle ne veut pas être mêlée à tout ça”. »

François Hollande sans doute amené à témoigner

Anne Mansouret, la mère de Tristane, ayant affirmé avoir parlé de l'agression à François Hollande, alors premier secrétaire du PS, qui ne s'en rappelle pas et à Laurence Rossignol, alors en charge du droit des femmes au PS qui, elle, lui avait conseillé de porter plainte. Les deux élus vont sans doute être entendus.

Laurence Rossignol avait moyennement apprécié de se retrouver embarquée dans cette galère DSK, en pleine campagne des sénatoriales. Le 8 juin dernier, elle nous disait :

« Si on me demande de témoigner en France, j'assumerai mes responsabilités. »

David Koubbi nous affirme que « le PS a plus à perdre qu'à gagner, vraisemblablement, à dire la vérité ». Il réitère ses accusations de mensonges à l'égard de François Hollande :

« Ma cliente sait très bien ce que monsieur Hollande lui a dit et a dit à sa mère. Qu'il assure ne pas se souvenir de ça est scandaleux. S'il est élu, il sera le premier magistrat de France. »

A ceux qui l'accusent de « faire de la politique », il répond qu'il ne fait que se battre contre des politiques qui cherchent à entraver la justice :

« Aujourd'hui, des poids lourds du PS utilisent des éléments de langage sans doute dictés par des communicants sur cette affaire. Qu'ont-ils à gagner ? Je pense que beaucoup connaissaient le comportement de Dominique Strauss-Kahn. »

Les hostilités sont ouvertes et la voie vers la primaire semble définitivement bouchée pour DSK.

Dominique Strauss-Kahn au tribunal à New York, le 1er juillet 2011 (Todd Heisler/Reuters).

Mis à jour le 04/07/2011 à 17h15. Ajout des déclarations de David Koubbi à Rue89.

Mis à jour le 04/07/2011 à 17h30. Ajout du dépôt de plainte de Dominique Strauss-Kahn à l'encontre de Tristane Banon.

Photos : Tristane Banon à Paris en mai 2011 (Charles Platiau/Reuters) ; Dominique Strauss-Kahn au tribunal à New York, le 1er juillet 2011 (Todd Heisler/Reuters).

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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