Polémique : l'éthylotest pour prévenir les suicides chez les policiers ?

Publié le 27 Mars 2013

Publié le 26/03/2013 à 06h00 | Mise à jour : 26/03/2013 à 07h13
Auteur Sylvain Cottin  , Pour SudOuest.fr

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Pour lutter contre ce fléau, les policiers pourraient être soumis à des tests de dépistage d'alcool et de stupéfiants à l'intérieur même des commissariats.

La direction générale de la police, qui prévoit d'instaurer un taux limite de 0,10 g d'alcool par litre de sang pour ses agents, veut des contrôles inopinés et collectifs.

La direction générale de la police, qui prévoit d'instaurer un taux limite de 0,10 g d'alcool par litre de sang pour ses agents, veut des contrôles inopinés et collectifs. (arch. g. bonnaud)

Ancien motard remis à pied par la faute de ses trop nombreuses chutes, ce brigadier de permanence avait décidé de faire un sort aux étourneaux piaillant cette nuit-là sur la place du marché. Fusil à l'épaule, l'agent en uniforme avait alors tranquillement visé et tiré sur les arbres en plein cœur de cette sous-préfecture de province. « Au premier coup de feu, on s'est précipités pour le ramener au commissariat voisin, raconte l'un de ses jeunes collègues inspecteurs de l'époque. Et puis on l'a laissé cuver. Des histoires comme celle-ci, la police en a connu quelques-unes, oui, mais c'était il y a fort longtemps. »

Mais alors que, tordant le cou aux clichés de comptoir, beaucoup s'accordent en effet à dire que nos 1 200 commissariats sont sans doute parmi les entreprises les plus sobres du pays, voilà le ministère de l'Intérieur sur le point d'y pratiquer des contrôles inopinés et collectifs d'alcoolémie ou de stupéfiants. Rayée in extremis de l'ordre du jour du conseil technique du 27 février dernier, la mesure pourrait malgré tout être instaurée dès cette année, quand bien même la consommation d'alcool a toujours été officiellement proscrite pendant le service. « Sauf que les modalités n'ont jamais été clairement formulées, cette fois nous fixons un taux limite de 0,10 g [d'alcool par litre de sang] », explique aujourd'hui un cadre.

 

« Scandaleux amalgame »

Davantage que pour lutter contre des clichés outranciers et surannés, l'État justifie sa délicate entreprise par la volonté de prévenir le suicide dans les rangs des fonctionnaires de police. S'appuyant sur une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) démontrant un taux de passage à l'acte 36 % fois plus élevé que dans le reste de la population (lire ci-dessous), la direction générale de la police nationale (DGPN) n'hésite pas à formuler ainsi une thèse proche de l'amalgame. « Ce texte est scandaleux car il laisse supposer que si les policiers se suicident, c'est parce qu'ils sont alcooliques », réagit Éric Marrocq, du syndicat Alliance (classé à droite). « Une fois de plus, l'administration tente d'échapper à sa responsabilité, en oubliant notamment que ce sont d'abord les manques d'effectifs et de moyens qui pèsent lourdement sur l'humeur de nos collègues. »

Pour la plupart à l'unisson contre ce projet choc, les 120 000 policiers de France redoutent également la caricature inhérente à cette mesure, dont seuls les chauffeurs de bus ont pour l'heure été gratifiés. « Je ne suis pas contre l'idée d'être contrôlée, mais cette annonce est d'autant plus désagréable que l'alcool a complètement disparu des commissariats depuis une dizaine d'années », explique Christelle, major en police urbaine d'une cinquantaine d'années. « Même pour un pot de départ à la retraite, il faut désormais demander une autorisation spéciale à la hiérarchie. Quant aux repas de brigade que nous organisons parfois en ville pour fêter une affaire, on n'y trouve pas plus de bouteilles que sur les autres tables. »

L'arme tombée de l'étui…

Héritage d'une police à la papa où l'alcool souvent coula à flot, cette mesure à contretemps ne semble pas plus réjouir les chefs de service. « C'est une connerie, un simple effet d'annonce qui risque de nous faire tous passer pour des poivrots », s'agace un vieux commissaire parisien. « Bien sûr que chaque policier de ma génération se souvient d'un apéro qui est parti en vrille. Comme lorsque j'avais retrouvé au petit matin le 357 Magnum de mon chef au beau milieu de la cour du Quai des Orfèvres… L'arme avait glissé de l'étui alors qu'il rentrait chez lui. On s'en amuse aujourd'hui parce que, encore une fois, tout cela est terminé. Et si l'on n'empêche jamais un type d'aller picoler en douce, le temps où l'on couvrait ce genre de dérives est révolu. Au moindre dérapage, on sort direct l'éthylotest et le numéro de l'IGS (1). »

Fumeurs de joint ?

À défaut de contrôler la consommation d'alcool, et encore moins de prévenir les cas de suicide, peut-être s'agit-il de corriger quelques comportements à la marge.

« Il m'est arrivé d'être mal à l'aise en voyant un collègue envoyer balader des victimes déjà traumatisées par ce qui leur arrive. Mais c'est à mon avis sur l'usage du cannabis que l'on risque d'avoir des surprises, notamment parmi les adjoints de sécurité (2)… »

(1) Inspection générale des services, la police des polices.

(2) Engagés pour un contrat de trois ans, les adjoints de sécurité ne sont pas des policiers à part entière.

Un taux plus élevé de 36%


Longtemps tabous, les suicides des policiers sont aujourd'hui l'objet d'une attention particulière de la part de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Commandée, sous la pression des syndicats, par Brice Hortefeux, alors ministre de l'Intérieur, l'étude révèle un des taux les plus élevés des pays occidentaux.

Avec 32,4 suicides pour 100 000 agents, le taux de passage à l'acte serait ainsi de 36 % plus élevé dans la police que dans le reste de la population.

Entre 2005 et 2010, chaque année, entre 40 et 55 policiers ont mis fin à leurs jours - dont 53 % à l'aide de leur arme de service, qu'ils sont autorisés à emporter chez eux. « Le problème n'est pas simple, car le retrait de son arme à un policier présentant des signes de fragilité peut accroître chez lui un sentiment de stigmatisation et aggraver ainsi ses problèmes », reconnaissent les chercheurs.

« Il faut dédramatiser le port d'arme et accroître la formation et les séances de tir », répondent les syndicalistes, qui rappellent que le fonctionnaire peut de toute façon mettre fin à ses jours sur son lieu de travail.

Toujours selon les statistiques établies par l'Inserm, les suicides concernent surtout les jeunes policiers de moins de 36 ans, moins préparés au « stress intense » du métier et qui présentent des signes de « détresse psychologique ».

Un passage à l'acte pouvant aussi s'expliquer par la désacralisation de la mort. « Il y a un contact presque quotidien avec les morts violentes, ce qui rend celles-ci moins extraordinaires », explique l'ancien lieutenant de police Marc Louboutin.

Lors de cette étude entamée en 2009, la soixantaine de psychologues affectés au Service de soutien psychologique opérationnel (SSPO) du ministère de l'Intérieur avaient, en une année, réalisé 17 000 entretiens. Une initiative dont les policiers se méfient souvent, notamment à Paris, où la hiérarchie doit d'abord être prévenue du rendez-vous.

S. C.

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Vos commentaires 79
 
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Pierre MASDUROI
27/03/2013, à 10h06 Alertez
Je pense que l'exemple cité, peut être représentatif pour tous les corps de métiers. En fouillant sur internet, on peut en trouver pour tous les goûts. Ici un Gendarme.


http://www.tahiti-infos.com/Alcool-au-volant-le-gendarme-implique-dans-un-accident-devrait-etre-poursuivi_a27960.html




 
 
 
Pierre MASDUROI
26/03/2013, à 23h15 Alertez
Pitalugue
26/03/2013, à 20h07



Bonsoir,


Bon exposé.
 
 
Pitalugue
26/03/2013, à 20h07 Alertez
Les tests alcoolémie et stupéfiants existent déjà dans les forces de l'ordre, que ce soit chez les Policiers, Douaniers ou Gendarmes. Après accident de la circulation, ou usage de l'arme,ou consolidation dans ses fonctions après CM suite à accidents de service, ou tout simplement lors des visites médicales annuelles, obligatoires et qualifiantes.Les fonctions ou différentes spécialités (motards par exemple) ne sont pas des acquis à vie! Arrêtez vos délires anti-fonctionnaires!
Ces professions changent, évoluent en permanence au rythme de la société et aux ordres des gouvernements, des députés, que NOUS avons élus!
Il est certain que la gauche, par tradition, n'a jamais eu les forces de sécurité en grande estime...
 
 
moisset
26/03/2013, à 19h29 Alertez
j'avais imaginé, quand il était question de rendre obligatoire la détention d'éthylotest de conseiller d'en avoir 4 pour faire souffler également le "contrôleur" d'alcoolémie
 
 
Pierre MASDUROI
26/03/2013, à 19h11 Alertez
J'ai lu les deux adresses, je réponds à la seconde qui est du sujet.
 
 
Pierre MASDUROI
26/03/2013, à 19h09 Alertez
lorenzo47
26/03/2013, à 16h50



Bonsoir,


Tout à fait ce que je dénonce, il n'est pas question d'alcool, mais bien de harcèlement hiérarchique.
 
 
 
Boudiou 47
26/03/2013, à 16h40 Alertez
Il est des noootres ! il a bu son verre comme...........!!
 
 
Alcofribas Nazier
26/03/2013, à 16h38 Alertez
On appelait ça le CAPU à l'époque, mais c'était un autre temps, au siècle dernier.
 
 
dordognot
26/03/2013, à 16h21 Alertez
Samuel12 beau résumé !
 
 
mamy la pêche
26/03/2013, à 15h44 Alertez
alcofribas
26/03/2013, à 14h05Alertez
pour une fois qu'un sujet n'est pas politique, je suis entièrement d'accord avec votre analyse
ENP bois de vincennes, y êtes-vous passé?
 
 
harryposteur33
26/03/2013, à 15h21 Alertez
Et des pointeuses à l'Assemblée Nationale et au Sénat, avec retenues sur salaires.
 
 
Victoire de Malvent
26/03/2013, à 15h16 Alertez
vous en avez encore bcp des conneries de questions comme ca à poser???
 
 
Samuel12
26/03/2013, à 15h05 Alertez
Le métier de policier n'a jamais été très valorisant ni valorisé en France. C'est culturel et comme chantait Brassens, lorsqu'un gendarme poursuit un voleur, je tends le pied et le gendarme chute! Bref, le flic est en quelque sorte un éboueur de la société qui le charge de se coltiner ses déchets... Le reste, on veut pas savoir! Il fut un temps où le policier inspirait au moins le respect sinon la crainte du délinquant, aujourd'hui c'est fini. Il est surveillé, filmé, provoqué, insulté, on lui crache dessus, et la société - du moins nos intellos - trouvent cela normal. Et s'il parvient malgré tout à effectuer son devoir de flic, à savoir interpeller le malfaisant, l'avocat est aussitôt au chevet de ce dernier afin de faire en sorte qu'il échappe à son juste sort... Bref, la société ne tourne pas rond, il y a comme un déséquilibre qui fait que le mal triomphe trop souvent. De quoi perturber le mental du policier le plus motivé, le plus solide aussi... Une situation qui pourrait un jour ou l'autre basculer, et alors ce seront les citoyens ou leurs milices qui feront le boulot...

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Publié dans #citoyens d'europe

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