PORTRAIT :Alexandre Bompard, un « bébé Sarko » vite monté en graine

Publié le 15 Avril 2010

Alexandre Bompard (Christophe Lebedinsky/DR)

Ce serait donc lui qui, in fine, succéderait à Patrick de Carolis au terme de son mandat en août, ou à la fin du bras de fer que ce dernier vient d'engager avec Nicolas Sarkozy. Alexandre Joubert-Bompard, dit Bompard tout court, atteindrait la présidence de France Télévisions à l'âge canonique de 37 ans, deux ans après avoir pris celle d'Europe 1. Retour sur un itinéraire fulgurant dans le sillage de ceux qui comptent en Sarkozie.

Selon Mediapart et L'Express, c'est ce mardi 13 avril que Nicolas Sakozy devait annoncer son intention de nommer Alexandre Bompard comme PDG de France Televisions. Mais deux proches du jeune patron d'Europe 1, son mentor Alain Minc et le quadra millionnaire Stéphane Courbit, auraient vendu la mèche un peu tôt durant le week-end.

La manœuvre de l'Elysée tourne au fiasco

Finalement, la manœuvre de l'Elysée, qui entendait désavouer un Carolis de plus en plus hostile à la privatisation de la régie France Televisions Publicité (au profit de Courbit et Publicis), est un fiasco : après l'annonce Bompard comme banderilles, l'estocade devait être portée par le conseil d'administration du groupe audiovisuel public, qui aurait rejeté la suspension de la privatisation proposée par l'actuel PDG. C'est le contraire qui s'est produit, les cinq représentants de l'Etat ayant été mis en minorité.

Voilà donc Alexandre Bompard, dont Alain Minc avait annoncé le départ vendredi dernier à Arnaud Lagardère (propriétaire d'Europe 1), coincé au milieu du gué. « Il est catastrophé », murmure quelqu'un qui l'a croisé lundi soir. « Il a l'impression d'être grillé à la fois à Lagardère et à France Televisions. »

Même si les pronostics le donnent toujours favori dans la course au fauteuil de patron des chaînes publiques, Alexandre Bompard connaît là son premier accident de carrière. Onze petites années après sa sortie de l'ENA, il n'est qu'à une marche d'un des plus prestigieux postes de la République.

Sa « belle mécanique intellectuelle » impressionne

L'atteindre permettrait au moins à Bompard, sorti dans les cinq premiers de la promotion « Cyrano de Bergerac » de l'ENA (celle de Chantal Jouanno), de renouer avec le service public : cinq ans à l'Inspection des finances puis comme conseiller technique au cabinet de François Fillon (alors ministre des Affaires sociales) ne lui ont pas permis de remplir la décennie que tout énarque doit -en théorie- au service de l'Etat.

Alexandre Bompard, dont un portrait flagorneur du JDD (groupe Lagardère) écrit qu'il est issu d'une famille « dont aucun membre n'est bachelier », n'est pas le dernier des imbéciles. Selon L'Express, ses collaborateurs le surnomment « Pentium I », en référence au microprocesseur. « Depuis qu'il est PDG d'Europe 1, il prend toutes les décisions, et vite, ce qui nous change d'Elkabbach », raconte un journaliste. « J'ai rarement vu une si belle mécanique intellectuelle », confirme un de ses ex-collaborateurs à Canal+.

Alexandre Bompard est aussi doté d'une remarquable intelligence sociale. Après Sciences Po, où il rencontre la mère de ses trois enfants (une magistrate qui est depuis septembre la conseillère juridique du service anti-blanchiment Tracfin) et ses quelques années au service de l'Etat, il devient directeur de cabinet de Bertrand Méheut, le nouveau patron de Canal+, en 2004.

Il a « une dose de roublardise », selon Alain Minc

A l'époque, les persifleurs estiment qu'il doit partiellement ce poste à l'entremise de son père, Alain Joubert-Bompard. Aujourd'hui adjoint de la députée-maire (UMP) d'Avignon Marie-Josée Roig, cet homme d'affaires a présidé l'AS Saint-Etienne entre 1997 et 2003, avec la fonction afférente de vice-président de la Ligue de football professionnel.

Un fils de footeux sur la chaîne du foot, la greffe prend vite : au bout d'un an, Bompard junior devient directeur des Sports et du lobbying de Canal, jusqu'en 2008, année de son transfert dans la galaxie Lagardère. C'est la radio de Bompard que Carla Bruni-Sarkozy a choisie pour mettre un terme à « la » rumeur, la semaine dernière.

L'inspecteur des finances Alain Minc, chasseur de têtes officieux de Nicolas Sarkozy, n'est sans doute pas pour rien dans l'arrivée du trentenaire dans le groupe d'Arnaud Lagardère, l'autoproclamé « frère » du chef de l'Etat. Dans un article consacré à ses poulains, l'éminence grise Minc disait de Bompard :

« Il allie l'intelligence à la quintessence de la technocratie. Avec une dose de roublardise propre au milieu du football. »

Le paradoxe Bompard : l'audimat ou la « plus-value culturelle » ?

Si le rachat de la régie pub de France Televisions par Stéphane Courbit, autre poulain de Minc, semble pour l'instant compromis, l'arrivée de Bompard à la tête du groupe pourrait consoler leur mentor. A Europe 1, la tempête des rumeurs a déjà commencé, qui donnent Marc-Olivier Fogiel, proche de Bompard, à la direction des programmes.

Car ce dernier pourrait emporter dans ses bagages l'actuel titulaire du poste, Philippe Balland. Et peut-être Jean-Pierre Cottet comme « caution service public », même s'il est chez Lagardère depuis quelques années.

Reste que cette nouvelle crise autour du pouvoir de Nicolas Sarkozy pourrait contrecarrer le vertigineux destin d'Alexandre Bompard, à qui le chef de l'Etat donne parfois l'accolade en public.

Comme le fait remarquer un bon connaisseur de France Televisions, les opposants de Bompard pourraient se saisir d'un paradoxe propre à gêner les deux-tiers des parlementaires qui peuvent barrer la nomination du futur président, proposée par l'Elysée :

« Il est contradictoire de réaliser une réforme visant à une “plus-value culturelle” et à s'affranchir de la “dictature de l'audimat” avec l'homme dont le titre de gloire est d'avoir redressé les audiences d'Europe 1 grâce à un ton totalement démago et à Marc-Olivier Fogiel. »

Photo : Alexandre Bompard (Christophe Lebedinsky/Europe 1)

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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