Pour battre Sarkozy en 2012, les quatre leçons de Pilhan

Publié le 3 Janvier 2010

Par Pascal Riché | Rue89 

Avec la biographie du conseiller en com de Mitterrand et de Chirac, on peut dresser le portrait-robot du candidat idéal à la présidence.

Montage avec le visage de quatre candidats potentiels à l'élection présidentielle en 2012 (photos : Reuters)

Couverture du "Sorcier de l'Elysee"Les candidats qui rêvent de se lancer à l'assaut de l'Elysée en 2012 feraient bien de se dépêcher de lire « Le Sorcier de l'Elysée », passionnante biographie de Jacques Pilhan, le stratège de la communication de François Mitterrand puis de Jacques Chirac.

L'auteur, François Bazin, dresse le portrait d'un homme à la fois enthousiaste et cynique, joyeux et calculateur, mêlant avec bonheur raisonnement analytique et fulgurances.

Aujourd'hui, la méthode Pilhan -chercher le meilleur « positionnement symbolique » - influence toujours les hommes politiques, même s'ils s'en défendent : « faire du Pilhan », c'est en effet sacrifier le primat des convictions politiques sur l'autel de la com'. Pourtant, c'est parce qu'il a « fait du Pilhan » que Mitterrand a gagné la présidentielle de 1988 : c'est aussi parce qu'il a « fait du Pilhan » que Chirac, contre toute attente, a remporté celle de 1995.

Jouer sur quatre contrastes qui dessinent l'anti-Sarkozy idéal

En tournant les pages du livre, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que ce « sorcier » (mort en 1998) conseillerait aujourd'hui à un candidat pour gagner en 2012. Et quel champion il aurait envie de « coacher » pour affronter l'animal Nicolas Sarkozy.

Il aurait sans doute pris pour point de départ la personnalité même de Sarkozy, personnage central de la prochaîne élection. Il aurait ensuite analysé ses faiblesses, ses facteurs d'impopularité, pour dégager, par contraste, les axes de la campagne de son adversaire.

Reproche-t-on à Sarkozy d'être un agité ? Son challenger devra être d'un sang-froid impressionnant. Les Français se lassent-ils du narcissime présidentiel ? Le rival devra porter en lui modestie et générosité…

Mais je vois quatre contrastes symboliques plus profonds, sur lesquels un candidat de gauche (ou un rival de droite) pourraient exploiter.

1De Gaulle contre Pétain

La symbolique du match De Gaulle-Pétain hante la vie politique depuis des décennies. Lorsqu'en 1979, Jacques Chirac reproche à Valéry Giscard d'Estaing d'être au service du « parti de l'étranger » ou lorsque Philippe Seguin accuse Edouard Balladur de se résigner à un « Munich social », c'est l'exploitation de cette vieille déchirure.

Pilhan avait conseillé avec succès à Mitterrand de jouer sur cette corde-là pour se redéfinir, face à Le Pen, au milieu des années 80. C'était l'époque « SOS racisme », pendant laquelle l'image du Président avait été entièrement repensée.

Avec le débat sur l'identité nationale, Nicolas Sarkozy a ouvert un boulevard à un opposant qui souhaiterait à son tour ressusciter cette imagerie.

Villepin joue cette carte en critiquant le débat sur l'identité nationale

Dominique de Villepin flirte déjà depuis quelque temps avec cette idée. Il se présente comme « une alternative républicaine » au Président. Lors de ses récents voeux, il a appelé à un retour aux « fondamentaux de la France » :

« Assez des illusions de la rupture, assez des divisions stériles, le débat sur l'identité nationale a créé l'égarement et la confusion. »

2

Jeune contre vieux

Nicolas Sarkozy a gagné l'élection de 2007 sur le thème de la « rupture », et c'était un candidat jeune. Mais c'est en flattant les électeurs les plus âgés qu'il a marqué des points, et sa politique est encore marquée par cette stratégie démographique.

Que ce soit sur l'école, la sécurité ou la loi Hadopi, le Président joue la carte des électeurs seniors, qui pèsent lourd dans les urnes (selon un sondage sortie des urnes Ipsos, il a obtenu en mai 2007 65% des voix des 60 ans et plus).

J'imagine assez bien Pilhan retourner ce « facteur vieux » contre celui qui en tire jusque là bénéfice.

Cela ne signifie pas forcément que le candidat de gauche devra être jeune ; simplement, il devra montrer qu'il est à l'écoute de la jeunesse, par opposition à un président qui s'en désintéresse. Qu'il se préoccupe de leurs problèmes : logement, emploi, études. Et qu'il est capable de dessiner un projet enthousiasmant, loin des thèmes étriqués du sarkozisme : identité nationale, cadeaux fiscaux, ou services publics à la diète.

3

Désir contre peur

De la burqa à la grippe A, Nicolas Sarkozy n'hésite pas à jouer sur la peur des Français. Mais une élection ne se gagne pas par la peur mais, Pilhan en était convaincu, par le désir.

Dans la logique « pilhanesque », c'est parce qu'il a oublié le désir qu'Edouard Balladur a perdu l'élection de 1995. En brodant sur la nécessité de réparer la « fracture sociale », Chirac a réussi à saisir le talisman du désir et du changement et à se démarquer du « confort de la tiedeur ». Pilhan conseillait alors à Chirac d'être « celui qui éclaire face à celui qui embrouille ».

Pour battre Nicolas Sarkozy, l'approche doit être un peu différente : difficile de coller l'étiquette d'immobilisme à un président hyperactif (même si cette hyperactivité est d'une efficacité contestable).

Se poser en « sunny candidate », tourné vers l'avenir

En revanche, le rival du Président peut jouer la carte du « sunny candidate » (« le candidat du soleil »), comme disent les politologues américains : le candidat qui porte la lumière, qui voit l'avenir avec optimisme, par opposition à celui qui joue sur les réflexes de peur et de division.

Ségolène Royal, avec ses « désirs d'avenir », avait bien compris en 2007 l'intérêt d'ensoleiller sa campagne, même si cela n'a pas suffi.

4

Horizontalité contre verticalité

Dans son ouvrage, François Bazin résume ainsi le coeur de l'imaginaire pilhanesque :

« Tout fonctionne sur deux axes symboliques. L'un est horizontal. C'est celui de la proximité et donc d'une forme de quotidiennenté, voire de banalité.

L'autre est vertical. C'est celui de la distance et donc de l'autorité. Dans le système de la Ve Republique, l'horizontalité est l'axe privilégié du Premier ministre. La verticalité, en revanche, est l'axe présidentiel par excellence ».

En gommant presque le Premier ministre du paysage politique, Nicolas Sarkozy a surdéveloppé sa propre part « horizontale ». Son intervention sur des points de détails, son attitude en public, sa façon familière (trop) de s'adresser aux citoyens, tout cela a fait le reste…

Sarkozy piégé « dans une horizontalité sans horizon »

Pilhan dirait que Sarkozy s'est enfermé « dans une horizontalité sans horizon ». Il est a choisi de rester un homme ordinaire, ce qui le prive de la dimension symbolique présidentielle.

Pour le candidat qui l'affontera, c'est une belle carte à jouer : il doit apparaître comme une personnalité « hors du commun », au sens premier du terme. Eloigné des disputes de son parti, sachant rendre sa parole suffisamment rare, ayant une légitimité internationale…

Aujourd'hui, à gauche, c'est probablement Dominique Strauss-Kahn qui profiterait le plus facilement de ce critère « verticalité » (il n'est pas sûr qu'il soit le mieux placé pour les trois premiers).

5Conclusion : portrait robot du candidat idéal

Résumons : cette personnalité devrait être calme, optimiste, généreuse, à l'écoute des jeunes, éloignée des joutes partisanes… Une idée ?

 

Photo : montage avec le visage de quatre candidats potentiels à l'élection présidentielle en 2012 (photos : Reuters)

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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