Pourquoi la Poste n’est pas «imprivatisable» , ( Guaino dixit )

Publié le 3 Novembre 2009

Gérald Andrieu - Marianne

Le néologisme estrosien est beau. Mais au-delà des mots, il existe une réalité qui n’est pas celle qu’aimerait faire croire le ministre de l’Industrie…

«Quand on n’a plus rien à dire, on invente des mots. C’est la novlangue de la tromperie ! » Rendre « imprivatisable » la Poste, la dernière trouvaille linguistique de Christian Estrosi pour faire retomber la pression, Razzy Hammadi n’y croit pas. Mais alors pas du tout. « Juridiquement, constitutionnellement, c’est quelque peu compliqué », explique le secrétaire national du PS aux Services publics.

Pour rendre véritablement « imprivatisable » la Poste, il faudrait pouvoir en effet garantir que son capital reste 100% public. Et pour ce faire, il faudrait être en mesure d’empêcher la Caisse des dépôts et consignation (CDC) de vendre, à terme, les parts de la Poste qu’elle possède aux côtés de l’Etat : « C’est infaisable ! Il faudrait changer les statuts de la CDC », explique Razzy Hammadi. Mais s’attaquer aux statuts de la CDC ne semble pas faire partie des priorités du ministre de l’Industrie.

La jurisprudence qui n’en était pas une ?

Comme il l’a expliqué hier sur Europe 1, Christian Estrosi, lui, préfère rendre « imprivatisable » la Poste en faisant d’elle « un service public à caractère national ». À l’en croire, l’ajout de cette mention dans le texte actuellement à l’étude au Sénat, empêcherait l’opérateur postal historique, « en application du préambule de la Constitution de 1946 », de tomber aux mains d’intérêts privés. Il s’appuierait sur une jurisprudence du Conseil constitutionnel datée du 30 novembre 2006 et qui concernait à l’époque la privatisation de Gaz de France. Mais comme le soulignent très justement les sénateurs du groupe communiste et du Parti de gauche, l’avis rendu par les Sages fin 2006 ne donne pas raison à Christian Estrosi. Le langage du Conseil constitutionnel a beau être abscons, il semble même signifier l’exact contraire !


Comme si cela ne suffisait pas, un individu qu’on n'attendait guère dans ce rôle, est venu savonner un peu plus encore la planche de Christian Estrosi. Qui ? Henri Guaino en personne !

Sur i-Télé, le conseiller de Nicolas Sarkozy a commencé par brocarder ceux qui protestent contre le changement de statut sans jamais avoir critiqué la directive européenne qui oblige la France à ouvrir le secteur à la concurrence. En l'occurrence, si la critique est recevable pour la gauche à propos de France Telecom, elle ne l'est pas concernant la Poste puisque que le gouvernement Jospin n'a pu que minimiser la casse orchestrée sous le gouvernement Juppé. Si bien que le PS, qui à l'occasion est capable de faire son autocritique sur France Telecom, se sent tout à fait fondé à mobiliser franco sur le sujet de la Poste.

Mais le conseiller spécial ne s'est pas contenté de tacler la gauche. Il a implicitement brocardé le ministre de l'Industrie en expliquant qu’« il n'y a jamais de garantie éternelle » de conserver une entreprise dans le giron de l'Etat. Et d’ajouter dans la foulée : « C'est vrai pour toutes les entreprises publiques ». « Imprivatisable » qu’il disait ? Ben voyons… 


Va, lis et reviens :

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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