Pourquoi les footballeurs font n’importe quoi avec leurs cheveux

Publié le 25 Septembre 2012

Chez Edouard Cisse

Agé de 33 ans, Edouard Cissé est un visage bien connu du foot français. Ancien joueur du PSG et de Marseille, passé par l'Angleterre et la Turquie, ce milieu défensif évolue à Auxerre depuis cet été.
Auteur Edouard Cissé
Footballeur professionnel
Publié le 25/09/2012 à 15h17

Edouard Cissé avec le PSG face au Strasbourgeois Stéphane Roda, à Paris, 28 juillet 2000 (Eric Feferberg/AFP)

Mes cheveux, et plus généralement ceux de tous les footballeurs, c’est un débat qui ne date pas d’hier. Au début de ma carrière, j’ai eu des tresses à la Loko ; ensuite des tresses plaquées à la Snoop Doggy Dogg, puis une coupe « afro » façon Ben Harper...

Peut-être qu’à l’époque, les anciens se moquaient de moi, comme je me surprends aujourd’hui à le faire avec les nouvelles coupes de plus en plus improbables des footballeurs.

J’ai parfois l’impression que c’est à celui qui aura la coupe la plus ridicule. Encore une preuve que les footballeurs ne doutent de rien. Parce que parfois, soyons honnêtes, il y a des coupes qui font peur !

D’un côté, ils ont raison, ils font ce qu’ils veulent... S’il suffisait d’avoir une coupe « plus sobre » pour mieux jouer au foot, ça se saurait. Et ça m’aurait aussi évité d’arborer tous ces looks capillaires ! Maintenant, ça fait partie du folklore.

Okocha : « J’étais en fin de contrat, il fallait que je tape dans l’oeil des gens »

J’ai l’impression que c’est un signe distinctif, que c’est à celui qui aura la coupe la plus excentrique. C’est une société d’image, il faut se faire remarquer comme on peut.


Jay-Jay Okocha en quart de finale de la Coupe du monde 1998 face au Danois Jes Hogh, au Stade de France, 28 juin 1998 (Pedro Ugarte/AFP)

Par exemple, Jay-Jay Okocha, à la Coupe du monde 98, avait une coupe à la Ibrahim Ba. Quand il arrive à Paris, je lui dis : « Mais pourquoi t’as fait ça ? » Il me répond :

« J’étais en fin de contrat, il fallait que je tape dans l’oeil des gens. »

Dans un univers aussi médiatisé que le foot, les footeux veulent se démarquer, avoir un côté unique. Il faut un petit déclic pour attirer le regard sur ses performances. Avant, c’était la couleur des crampons mais il y en a maintenant de toutes les couleurs. Donc aujourd’hui, ce sont les cheveux.

C’est surtout un truc de jeunes. David Beckham l’a toujours fait mais davantage pour le marketing. Lui et Ronaldo, ce sont des rock stars, plus seulement des joueurs. Ce sont des marques, donc il faut que leur style change régulièrement pour intéresser les gens en permanence.

Kalou ramène son coiffeur au Camp des Loges

Les joueurs vont souvent chez les coiffeurs africains du boulevard Sébastopol à Paris. Mais il en existe dans toutes les villes. Ce sont des coiffeurs spécialisées pour les Blacks, qui te font un dégradé, des dessins sur la tête...

Et puis, au bout d’un moment, le joueur sympathise avec le coiffeur, parce que c’est souvent un fan de foot. Il finit par venir chez toi. Il faut qu’il soit bon, tranquille, pas bavard. Faut pas que ce soit un « cancan ».

Quand j’étais à Paris, Bonaventure Kalou faisait venir son coiffeur au Camp des Loges [centre d’entraînement du PSG, ndlr] ou lors des mises au vert qui précèdent les rencontres. Il faisait cinq ou six têtes dans la soirée, ça évitait aux joueurs d’aller crapahuter après les entraînements et de se fatiguer. En plus dans les salons, on te parle du dernier match, il s’en faut parfois d’un cheveu pour que ça énerve...

Là, à domicile, c’est plus tranquille. En une heure, c’est bouclé. Et on revoit le coiffeur de semaine en semaine. Il prend 15-20 euros la coupe et puis tu peux lui filer des billets de match, des maillots, faire des photos avec lui : il y trouve son compte.

Quand des joueurs viennent de l’extérieur, on leur refile les plans. Si Rennes venait jouer à Paris, le coiffeur d’un Parisien pouvait aller à l’hôtel des Rennais.

Avant un match télévisé, tout le monde chez le coiffeur


Jérémy Ménez arrive à une réception à l’Hôtel de Ville de Paris, 11 janvier 2011 (Jacques Demarthon/AFP)

Il n’y a pas que ceux qui ont des coupes flashy qui prennent énormément soin de leurs cheveux. Il y en a plein qui mettent du gel à tout va, jamais rien qui dépasse !

J’ai du mal à citer un joueur plus excentrique que d’autres... J’en ai tellement connus ! Je me souviens que Modeste M’Bami se faisait des coupes improbables. A Paris, il en avait déjà une un peu bizarre. Qund il a joué à Marseille, je le regardais à la télé en Turquie, il avait parfois des petites étoiles jaunes sur la tête. Mes coéquipiers du Besiktas me demandaient ce que ça faisait d’avoir joué avec une star du rap.

Je n’ai pas connu cette mode des coupes bizarres à l’étranger. Ni en Angleterre à West Ham, ni en Turquie, où il n’y avait pas d’excentricité apparente. Sans doute restent-ils plus sobres parce que c’est un pays majoritairement musulman.

J’ai toujours été l’un des rares à avoir une coupe de cheveux bizarre, mal foutue. Moi je me coupe les cheveux tout seul avec une tondeuse, donc je n’ai pas les contours bien nickels. Et ça, les copains le voyaient ! Ils rigolaient :

« Edou ça va pas, t’es pas coiffé ! »

Moi je m’en fous, mais je dois avouer qu’ils ont beaucoup de dossiers sur moi. Pour eux, quand il y a un match sur BeIn Sport, TF1 ou Canal +, il faut que le dégradé soit parfait car tout le monde allait les voir. Avant un match important, c’est donc tout le monde chez le coiffeur.

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diviendres
diviendres
ex-tradé

Parce-que dans des cheuveux saints (pas brulés, pas décolorés) il est plus facile de trouver un historique de dopage ?

pollypocket
pollypocket répond à diviendres
post-jeune...

Et comment un cheveu pourrait être saint sans s’être fait brûler ? où béqueter par un lion ?

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Publié dans #citoyens du monde

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