PS, Europe Ecologie et "l'exception bretonne"

Publié le 16 Mars 2010

NOUVELOBS.COM

La Bretagne est la seule région où les deux formations ne sont pas parvenues à s'entendre autour d'une liste commune pour le second tour des régionales. Que s'est-il donc passé ?

Jean-Yves Le Drian, président PS sortant du conseil régional de Bretagne (AFP)

Jean-Yves Le Drian, président PS sortant du conseil régional de Bretagne (AFP)

Les dès sont jetés. La Bretagne fera figure de vilain petit canard dans la cartographie nationale des alliancesentre PS et Europe-Ecologie (EE) pour le second tour des régionales.
Dès mardi matin 16 mars, alors que l'heure butoir des discussions est fixée à 18h, la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot a enterré, sur RTL, tout espoir d'entente, en annonçant qu'il devrait y avoir "un accord dans toutes les régions sauf en Bretagne" pour des listes communes entre les deux formations. Et pour cause : elles avaient déjà déposé leurs listes en préfecture, lundi soir pour le PS et mardi matin pour Europe Ecologie.
Que s'est-il donc passé pour que les discussions débouchent sur un tel fiasco ?

Ping-pong


Les leaders nationaux d'Europe Ecologie ont aussitôt fustigé le président du conseil régional sortant Jean-Yves Le Drian (PS), qui brigue un nouveau mandat. Il "aurait dû faire preuve de davantage d'esprit d'ouverture", a regretté Jean-Vincent Placé, numéro deux des Verts. Cet échec est le "fait des socialistes", a dénoncé Cécile Duflot. Jean-Yves Le Drian "a refusé de discuter avec la liste d'Europe-Ecologie".
Côté PS, la directrice de campagne de Jean-Yves Le Drian, Odette Herviaux, a répliqué en taillant à son tour un joli costard à Cécile Duflot : "On a été très surpris ce matin de l'entendre prendre la défense d'EE Bretagne de manière aussi inconsidérée. En particulier lorsqu'elle a accusé Jean-Yves Le Drian d'avoir déjà 'fait imprimer ses bulletins pour le second tour, alors qu'on a attendu le dernier moment pour passer à l'imprimerie."
A voir ces échanges de balles, on n'est pas vraiment plus avancés.

Incompatibilité de la comptabilité


D'un côté comme de l'autre, on ne s'accorde que sur un constat : le PS, qui a remporté au premier tour 37,2% des voix, a proposé 10 sièges à EE (qui a recueilli 12,2% des suffrages, tandis que l'UMP en a totalisé 23,7%) dans le nouvel exécutif, alors que les écologiques demandaient 14 à 15 sièges. Or, c'est précisément ce problème de chiffres qui est au cœur du désaccord.
La socialiste Odette Herviaux accuse Europe Ecologie Bretagne de n'avoir livré qu'une bataille de chiffres. "Ils n'ont quasiment pas abordé les questions de programme lors des négociations", note-t-elle. "Tout ce qui leur importait c'était une question de sièges". Elle assure que le problème vient du fait qu'"ils ne veulent pas accepter la réalité de leur score".
De son côté, Christian Guyonvarc'h (n°2 sur la liste EE Morbihan) reconnaît, certes, ce qu'il appelle "des raisons mécaniques", mais aussi "des raisons politiques, idéologiques".
Pour les fameuses raisons "mécaniques", EE, dont la liste bretonne est menée par Guy Hascoët, reproche à la fédération socialiste de Bretagne de ne pas avoir "appliqué la proportionnelle pour cette fusion". "Nulle part ailleurs en France le PS n'a eu cette attitude à l'égard d'EE", s'insurge-t-il. "En 2004, on y était pourtant parvenu : avec 9,7% des voix, les Verts avaient eu 11 sièges. Là, on fait 12,2%, et ils ne nous proposent que 10 sièges, alors qu'on aurait dû en avoir 14 ou 15 !" Et d'expliquer que ce drôle de calcul tient au fait que "Jean-Yves Le Drian voulait qu'on prenne dans notre quota des ex-Verts présents dans sa liste du 1er tour !"
Au PS, on reconnaît, sans le moindre embarras, que l'on a bel et bien additionné, pour arriver au quota qui normalement devrait être proposé à Europe Ecologie, des sièges EE et des sièges d'indépendants écologistes intégrés à la liste socialiste (des Verts dissidents suspendus par leur parti et des membres de l'association Bretagne Ecologie). De quoi conclure qu'aux yeux du PS, les écolos sont des écolos, qu'importe leur formation politique ! "Il n'était pas acceptable que la proportionnelle ne s'applique pas. Cela aurait été un acte de soumission et non un accord de respect mutuel", conclut Christian Guyonvarc'h.

L'agriculture, pomme de discorde ?


Chez les socialistes de Bretagne, Odette Herviaux assure que les programmes d'EE et des écologistes indépendants présents dans la liste PS ne diffèrent pas. Faux, rétorque Christian Guyonvarc'h, qui voit "une raison politique majeure" dans l'échec des discussions, à savoir "la question agricole".
"EE est la seule liste qui propose un candidat représentant l'agriculture paysanne (René Louail, ancien responsable de la fédération paysanne)", affirme-t-il. "Et nous demandions que lui soit confiée la vice-présidence car nous estimions capital de lutter contre ces fléaux des algues vertes et de la pollution aux nitrates. Mais le PS ne voulait pas en entendre parler". Côté PS, c'est ce qu'on appelle, sans plus de précision, "les exigences insurmontables d'EE".

Une fusion condamnée d'avance ?


Reste que de part et d'autre, on dit regretter que les deux formations ne soient pas parvenues à unir leurs forces. Mais tout en accusant l'autre de ne jamais avoir voulu de fusion.
"On a souhaité un rassemblement avec EE dès le premier tour", assure la directrice de campagne de Jean-Yves Le Drian. "Mais on nous a opposé une fin de non-recevoir, en arguant que les listes communes, c'était pour le second tour". Or, "hier après-midi, pendant les négociations, on a eu l'impression qu'ils nous menaient en bateau, qu'ils faisaient tout pour que cela ne marche pas". En miroir, Christian Guyonvarc'h est, lui, convaincu que Jean-Yves Le Drian, qui, rappelons-le, est sorti du premier tour avec une confortable avance (de quoi ne pas avoir peur de la triangulaire ?), "n'a jamais voulu de fusion avec nous. Il a dès le début annoncé qu'il avait déjà fait ses listes pour le premier et le second tour. On en conclut qu'il a voulu habiller son refus de la fusion en faisant mine de mener des négociations."
Moralité, "l'exception bretonne" de ces régionales, comme l'a surnommée Jean-Vincent Placé, nous aura finalement donné un exemple typique de guéguerre politique
.

Par Sarah Halifa-Legrand - 

Source Nouvelobs.com
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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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