Quand Chantal Jouanno carbonise Sarkozy

Publié le 29 Mars 2010

Reversus - Blogueur associé

Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, est très critique envers l'abandon de la taxe carbone par le gouvernement. Pour David de Reversus, elle fait preuve là d'un grand courage politique.

Il y a quelques jours encore, la stratégie de « greenwashing » de l’UMP battait son plein, rien n’était trop beau pour capter le vote écolo. Mais aussitôt la page des élections refermée, N.Sarkozy s’est empressé de sacrifier la taxe carbone. C.Jouanno, qui avait porté le projet à bout de bras choisit de monter au front…

Lorsque Nicolas Sarkozy avait annoncé en grande pompe le projet de loi sur la Taxe Carbone, il l’avait présenté comme une révolution écologique. Pour le Président, il s’agissait là d’ « un choix historique », que dis-je, de la « grande réforme » de son mandat, comparable sur le plan historique « à la décolonisation, à l’abolition de la peine de mort ou à la légalisation de l’avortement ».

Mais cette loi déjà impopulaire fut retoquée manu militari par le Conseil Constitutionnel en décembre dernier, ceci alors qu’elle aurait du entrer en vigueur en juillet prochain.

Une taxe imparfaite mais utile

Entendons-nous bien, nous avions à maintes reprises critiqué la Taxe Carbone sur ce blog. Nous estimions qu’elle était mal ficelée et qu’il n’était pas possible de prévoir avec certitude la réduction effective du niveau d’émission de gaz à effet de serre qu’elle permettrait, et d’autre part que sa mise en œuvre, basée sur une logique de progressivité, s’annonçait très complexe.

Enfin, nous considérions qu’elle ne pourrait jamais atteindre le noble but qu’elle s’était assigné, à savoir encourager les consommateurs à utiliser moins d’énergies fossiles, car son coût trop faible (14 euros, bien loin derrière la recommandation de M.Rocard qui était de 32 euros) ne permettait pas de peser sur les comportements.


Mais en dépit de toutes ces critiques, la Taxe carbone constituait malgré tout un pas en avant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le rôle de l’Assemblée Nationale étant justement de discuter d’un tel projet de loi afin de l’améliorer, de gommer ses imperfections et d’aboutir à un juste compromis.

Aujourd’hui, lorsque le gouvernement décide purement et simplement
de l’abandonner en prétextant comme l’a fait F.Fillon, « qu’elle doit être européenne » pour exister, il s’agit d’un désaveu cinglant du Grenelle pour l’environnement et des engagements qui y avaient été pris.

Certes, pour être efficace, la taxe carbone doit être appliquée mondialement et N.Sarkozy aurait sans doute dû consulter avant de la lancer nos autres partenaires afin d’aboutir à un consensus européen. Plutôt qu’une taxe, le chef de l’Etat aurait également pu proposer une autre solution, à savoir la renégociation des marchés de quotas d’émissions (cap and trade). Son empressement n’a pas permis d’étudier ces pistes aussi sérieusement qu’elles l’auraient nécessité.

Mais aujourd’hui, devant
l’urgence climatique, cet abandon reste un très mauvais signal envoyé à la scène internationale. Proposer que la taxe carbone soit étudiée à l’échelle européenne, c’est la renvoyer aux calendes grecques puisque, contrairement au Paquet Climat voté à la majorité qualifiée, la taxe carbone requiert l’unanimité des voix au Conseil européen.

Jouanno se rebelle

Chantal Jouanno, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie fut en première ligne durant près d’un an pour défendre ce projet de loi décrié. Lâchée par sa majorité puis par son gouvernement, elle se dit « désespérée » que « l’écolo-scepticisme l’emporteLibération jeudi 25 mars.
». Femme de conviction, elle a de nouveau tapé du poing sur la table lors d’une interview choc accordée à
Dépeinte comme une Antigone blessée, prête à son dernier combat, elle déclare : « Il faut essayer quelque chose, il me reste la parole. Je me ferai peut-être exploser mais ce n’est pas grave. Je vais juste parler vrai. Je préfère aller au bout. Je ne suis pas là pour faire de la provoc’ mais porter la parole que l’écologie n’est l’esclave d’aucun clan ».

Jusqu’au-boutiste et déterminée Chantal Jouanno poursuit en critiquant implicitement N.Sarkozy : «
La culture du pouvoir a pris le pas sur la culture de l’action. Malgré tout, nous ne sommes pas complètement sorti d’une forme de monarchie ».

Puis contredit en bloc l’argumentaire de F.Fillon qui préconise une solution européenne : « Si on attend que l’Europe prenne une décision, la taxe carbone sera reportée sine die. Cela pose un problème ontologique à la gauche comme à la droite. Nos élus et une partie de la société n’ont pas compris l’importance de l’écologie. On a 20 ans pour changer les mentalités
».
Comme toujours dans ce genre de situations, on s’interroge, s’agit-il d’une posture ou d’un véritable acte de courage politique ? A savoir que la rébellion à parfois du bon, Rama Yade et Nathalie Kosciusko-Morizet en savent quelque chose. Mais les faits penchent plutôt pour la seconde hypothèse en ce qui concerne C.Jouanno. La secrétaire d’Etat à l’Ecologie reste en effet l’une des rares politiques à faire preuve d’un sens de l’éthique au sein de ce gouvernement.

Elle l’a démontrée lors des élections régionales et le prouve encore aujourd’hui de fort belle manière. Pour l’anecdote, lorsque nous l’avions interviewé lors du meeting de l’UMP à la Mutualité, elle fut l’unique personnalité politique à être restée pour dialoguer avec les militants et les journalistes, la seule à avoir osé affronter la défaite en face…

Saluée par les écolos

Maintenant jusqu’où ira t-elle pour défendre ses convictions ? Sacrifiera t-elle sa carrière pour ses idées ? Bien sûr, elle n’ira sans doute pas jusque là, « la démission est la dernière des solutions » tempère t-elle, en tentant dans la foulée de s’auto-convaincre de sa mission : « si je démissionne, je serais remplacée par quelqu’un de moins convaincu. Et j’ai l’obligation de porter début mai, devant le Parlement, le projet de loi Grenelle 2 ». 

En attendant, les Verts saluent son courage, Daniel Cohn-Bendit avoue avoir un «
énorme respect » pour elle tandis que Sandrine Bélier interrogée sur Twitter se déclarait surprise de manière positive. Sur son blog par cette prise de position. Alain Juppé s’est même empressé de lui tirer « un coup de chapeau ! ».

Mais C.Jouanno n’est peut-être qu’en sursis, J.F Copé s’est permis de
l’étriller publiquement.  Pourtant le Maire de Meaux qui avait un jour promis d’arrêter la langue de bois, serait bien inspiré de l’imiter. En tout cas, la championne de karaté kata déclare : « quand je prends un coup, je me montre encore plus combattive ». Les apparatchiks sont prévenus…

Pearltrees complet sur la Taxe carbone : de l’impossible réécriture à son abandon.  Taxe Carbone  


Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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