Raoult veut bâillonner Ndiaye et les Goncourt, pour la France

Publié le 11 Novembre 2009

Marie Ndiaye à la sortie de chez Drouant après avoir reçu le prix Goncourt (Benoit Tessier/Reuters)

En partenariat avec LesInrocks.com

Eric Raoult, maire UMP du Raincy et député de Seine-Saint-Denis, veut faire taire Marie Ndiaye.


Dans une question écrite transmise au ministère de la Culture la semaine dernière, le député UMP réagit violemment à un entretien publié par Les Inrockuptibles au mois d'août et en appelle au « devoir de réserve dû aux lauréats du prix Goncourt » :

« Monsieur Eric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la Culture et de la Communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt.

En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française.

A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. »

« Le droit d'expression ne peut pas devenir un droit à l'insulte »

Les prises de position de Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve « cette France [de Sarkozy] monstrueuse », et d'ajouter « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », sont inacceptables.

Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du chef de l'Etat. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel.

Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente.

C'est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ? »

« Nous sommes partis à Berlin en grande partie à cause de Sarkozy »

Dans l'entretien, à la question « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ? », l'écrivain répondait :

« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous [avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants, ndlr] ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça.

Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.

Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus.

Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c'est la mort.” »

Corinne Raoult, épouse du député, explique avoir « découvert l'article sur le site de France Antilles » et prévenu son mari, qu'elle dit « très choqué » parce que « le prix Goncourt représente la France ».

On attend désormais la réaction de Marie Ndiaye, qui, jointe par téléphone, n'avait pas encore pris connaissance des propos d'Eric Raoult.

 

Photo : Marie Ndiaye à la sortie de chez Drouant après avoir reçu le prix Goncourt (Benoit Tessier/Reuters)

En partenariat avec LesInrocks.com
LesInrocks.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

Repost 0
Commenter cet article