Recadrage de Jouanno : « Une politique de coqs ! »

Publié le 29 Mars 2010

Nicolas Sarkozy, François Fillon, Claude Guéant… Ils se targuent tous de lui avoir tapé sur les doigts.

Chantal Jouanno à l'Assemblée lors des questions au gouvernement, le 24 mars (Benoit Tessier/Reuters)

Impossible d'ignorer que Chantal Jouanno s'est fait rappeler à l'ordre pour avoir dit sa déception face à l'abandon de la taxe carbone.

Il y a eu les mots de Nicolas Sarkozy à Bruxelles (« Les ministres n'ont pas à être désespérés, ils ont à faire leur travail. Il y a une stratégie, elle a été fixée par François Fillon et par moi-même, que chacun s'y tienne »).

Puis l'information du Point selon laquelle la secrétaire d'Etat à l'Ecologie a été convoquée jeudi soir par Claude Guéant pour un « violent recadrage » (« Arrêtez ça tout de suite, vous faites beaucoup de mal au Président »), information confirmée au Monde par le secrétaire général de l'Elysée (« Je lui ai dit que ses déclarations n'étaient pas acceptables », « c'était “la dernière fois” qu'elle pouvait se permettre ce genre de comportement »).

Et enfin l'interview de François Fillon dans le JDD dans laquelle le Premier ministre se pique aussi de lui avoir remonté les bretelles :

« Elle a eu tort de s'exprimer comme elle l'a fait. Je respecte ses convictions mais il y a une seule ligne dans un gouvernement. Elle n'y est d'ailleurs pas la seule comptable de l'ambition écologique. Je lui en ai parlé et je crois qu'elle l'a compris ».

Tout cela aurait pu se faire bien plus discrètement. « J'ai été surprise par la forme », résume Corinne Lepage, ex-ministre de l'Environnement du gouvernement Juppé, « par la brutalité des propos du président de la République, choquée qu'un ministre se fasse convoquer par un fonctionnaire [Claude Guéant]. »

Qu'est-ce qui explique que ce recadrage à plein volume ait été à ce point rendu public ?

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C'est du machisme

Chantal Jouanno aujourd'hui, Nathalie Kosciusko-Morizet forcée à s'excuser en avril 2008 sur les OGM puis déplacée à l'économie numérique, Rama Yade sermonnée en novembre (avant d'être « promue » au sport). Ce sont toujours les femmes qui se font taper sur les doigts publiquement.

« On s'attaque plus facilement à une femme qu'à un homme. C'est une politique de coqs », déplore Corinne Lepage.

« Ça dit à quel point ils sont machos », regrette encore Yannick Jadot, eurodéputé d'Europe Ecologie. « Ils n'auraient jamais osé faire ça avec un homme pour la même chose. C'est dégueulasse. »

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Ces tensions sont liées à la présence d'un représentant de l'environnement dans un gouvernement de droite

Corine Lepage encore :

« Ce n'est pas la première fois qu'un ministre de l'Environnement se fait renvoyer dans ses cordes parce qu'il défend bruyamment un sujet sensible, c'est arrivé à Nathalie [Kosciusco-Morizet] avec les OGM. Moi-même j'ai eu très chaud avec Juppé. »

Serge Lepeltier a en mémoire le rejet de son projet de bonus-malus automobile par le gouvernement Raffarin en 2005.

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C'est un réajustement de stratégie politique post-régionales

Corinne Lepage :

« La violence exercée sur Chantal Jouanno traduit la colère du président de la République au regard de l'investissement qu'il a fait sur l'écologie et qui a raté. C'était un engagement de façade destiné à parler à une clientèle électorale.

Cette clientèle ne l'a pas suivi, il change son fusil d'épaule. »

« La partie anti-écolo de la majorité présidentielle a repris la main », analyse Serge Lepeltier, selon qui la priorité de l'équipe présidentielle est plus « de rattraper un électorat que de défendre la planète », « l'électorat de droite a été tellement désorienté après les régionales qu'on se dit qu'il faut le rassurer. »

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C'est un message pour les députés de droite

Les vrais destinataires de ce recadrage, croit surtout Serge Lepeltier, ce sont les parlementaires :

« C'est une manière de leur dire que leur message a été entendu, c'est un signe donné en leur direction ».

L'ancien ministre de l'Environnement et député vert Yves Cochet estime aussi que l'écho de ce rappel à l'ordre s'adresse aux députés :

« C'est une reprise en main. Il y a un malaise profond au sein de l'UMP. On fait un exemple en disant que c'est la dernière fois qu'on passe l'éponge. Il en sera de même pour les députés qui s'écarteraient de l'UMP majoritaire et auraient des tentations villepinistes. C'est une réponse autoritaire. »

Que se passera t-il ensuite ? Chantal Jouanno a dit la semaine dernière qu'elle n'envisageait pas de démissionner. « Elle ne peut pas être virée, ça ferait trop de virer la plus écologiste des membres du gouvernement », prédit Yves Cochet :

« Elle a choisi de se soumettre plutôt que de se démettre. Elle va rentrer dans le rang. Comme Rama Yade qui maintenant se tient à carreau. »

Guillemette Faure et Chloé Leprince

Photo : Chantal Jouanno à l'Assemblée lors des questions au gouvernement, le 24 mars (Benoit Tessier/Reuters)

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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