Régionales : ce qui a coincé dans les tractations à gauche

Publié le 17 Mars 2010

En Bretagne, dans le Limousin et en Picardie, la gauche n'est pas parvenue à un accord pour le deuxième tour. Explications.

Une mêlée du rugby (Frederic Humbert/Flickr)

Quelque 48 heures de négociations, quelques confusions, des portes fermées ou claquées… Le PS, Europe Ecologie et le Front de gauche sont parvenus à un accord dans la quasi-totalité des régions afin de fusionner leurs listes pour le deuxième tour des élections.

Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a annoncé que seules deux régions n'étaient pas parvenues à un accord. Concernant la Picardie, il a déclaré ne pas être au courant d'une absence d'entente.

Les négociations ont duré jusqu'à la dernière minute du dépôt officiel des listes, fixé ce mardi à 18 heures.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, à une heure et demie du dépôt des listes, Fabien Roussel, porte-parole du PCF Nord, ignorait encore si le Front de gauche fusionnerait avec le PS.

Le socialiste sortant, Daniel Percheron (29,16%), n'avait toujours pas trouvé d'accord avec Alain Bocquet du Front de gauche (10,78%). Le FdG réclamait 20 élus contre 19 dans la précédente législature. Le PS refusait de leur accorder plus de 16 sièges.

Finalement, FdG et PS fusionnent bien pour le second tour. Fabien Roussel précise :

« Nous ne participerons pas à l'éxecutif. Nous conservons notre liberté. »

En Bretagne, en Picardie et dans le Limousin, la gauche n'est pas parvenue à fusionner ses listes.

Bretagne : le PS n'a pas besoin d'Europe Ecologie

Lundi soir, alors que Claude Bartolone annonce un accord national entre Europe Ecologie et le PS, reste un désaccord majeur : la Bretagne.

Les deux listes n'ont pas trouvé d'accord pour le second tour et ont annoncé une triangulaire. Le président socialiste sortant, Jean-Yves Le Drian, fort de ses 37,19% des voix, a rejeté la liste EE de Guy Hascoët (12,21%).

Christian Guyonvarc'h, militant UDB et candidat Europe Ecologie en Normandie, accuse le PS d'avoir refusé tout dialogue. Les écologistes réclamaient 14 ou 15 sièges alors que Jean-Yves Le Drian refusaient d'en négocier plus de 10. Une attitude contestée par EE :

« Le PS a refusé d'appliquer les règles de la proportionnelle. Pour se justifier, Jean-Yves Le Drian a voulu imputer sur notre quota des candidats écologistes qui ne représentent qu'eux-mêmes. C'est là l'explication mécanique de l'impossibilité de trouver un accord.

Après, il y a aussi des raisons politiques. Notre liste présente René Louail, un candidat de l'agriculture traditionnelle, paysanne. Là-dessus, le PS est plus proche de l'UMP et de Bernadette Malgorn [candidate UMP, ndlr] que d'Europe Ecologie.

Ni le PS, ni l'UMP ne veulent remettre en cause l'agriculture productiviste, pourtant responsable de la pollution de la Bretagne. »

Dans un communiqué envoyé en fin de journée, Bretagne Ecologie (associée au PS) récuse toute divergence politique et regrette l'attitude d'Europe Ecologie :

Le programme porté par Jean Yves Le Drian a été approuvé par Europe Ecologie Breizh comme mettant effectivement l'écologie, dans ses dimensions sociales, économiques et environnementales au cœur du projet régional.

[…] Bretagne Ecologie, qui a toujours prôné un rassemblement constructif à gauche, regrette, qu'au final, tout se passe comme si le seul programme d » Europe Ecologie consistait à en découdre avec le parti socialiste. »

Si, malgré la Bretagne, PS et écolos se félicitent de leur accord national, Cécile Duflot ne cache pas son agacement contre les socialistes bretons dont la liste (PS, PCF et dissidents Verts) a été déposée… dès lundi soir.

Limousin : le NPA rejeté par le PS

Si le PS est bien parvenu à un accord avec Europe Ecologie (au petit score de 9,73%) dans cette région ancrée à gauche, c'est avec la liste PCF-PG-NPA que la fusion ne se fera pas.

Le président socialiste sortant, Jean-Paul Denanot (38,05%), refuse d'intégrer la liste conduite par Christian Ardouin (13,13%) à cause du NPA.

Stéphane Lajaumont, candidat de la liste antilibérale Limousin terre de gauche, parle de « bras d'honneur » du PS :

« On a annoncé dès le début qu'on appellerait à une liste unitaire pour que la droite fasse le moins de voix. Hier, on a discuté et on s'est mis d'accord pour six sièges.

Concernant la façon de gérer la région, notre but n'est pas de jouer les francs-tireurs et de bloquer les dossiers. On tient seulement à la diversité politique. »

L'une des divergences de programme concernait la ligne de TGV Limoges-Poitiers, rapidement évacuée pour des raisons de calendrier : le débat ne surviendra qu'après 2014, soit au moment des prochaines élections régionales.

Pour Stéphane Lajaumont, la seule explication valable à cet échec est à chercher du côté de la culture hégémonique du PS :

« La fédération socialiste de la Haute-Vienne a dit clairement “On ne veut pas du NPA”. Le PS de la Creuse et de Corrèze ont essayé de nous héberger sur leurs listes mais on a refusé : on a nos implantations.

Je rappelle que tout cela se passe malgré les pressions de François Hollande et l'engagement initial de Jean-Paul Denanot. C'est une triangulaire dont on n'a pas voulu. »

Le secrétariat national du Parti de gauche déplorant « le résultat lamentable des réflexes dominateurs du PS » et étant assuré de l'échec de la droite, Jean-Luc Mélenchon prévoit un meeting à Limoges le 18 mars et appelle « sans réserve les électeurs de gauche à soutenir au second tour la liste Limousin terre de gauche. »

Picardie : le président de région n'ouvre pas la porte

C'était pourtant bien parti. Une alliance entre Claude Gewerc, le président socialiste sortant (26,62%), Europe Ecologie (9,98%) et le Front de gauche (5,35%) était quasiment scellée.

Jusqu'à la porte claquée par le Front de gauche lundi soir. Depuis, c'est face à la porte fermée de Claude Gewerc que le Front de gauche tente de négocier. Brigitte Dionnet, cadre du PCF, nous a répondu depuis Amiens où elle patiente avec Thierry Aury, la tête de liste FdG :

« On est à la région depuis ce matin et le président refuse toujours de nous recevoir. Attendez… Là, Thierry Aury vient de forcer l'escalier pour aller lui parler.

On nous a d'abord donné trois sièges. La proportionnelle nous en donne quatre ou cinq. Nous, on veut démarrer les négociations à cinq pour en obtenir quatre.

Hier, j'ai téléphoné à Claude Gewerc qui m'a répondu : “Dis à tes camarades que ce sera trois ou rien ! ” Claude Bartolone est venu pour essayer de régler ça. »

Dans ce cas, les divergences de projets ne sont pas vraiment en cause :

« On ne va pas refaire un programme entre les deux tours. On a des idées à défendre au sein d'une majorité. Ce qu'on veut, c'est faire respecter la proportionnelle du premier tour.

Bon, la porte est toujours fermée… Notre tête de liste est devant et le président l'a bloquée. »

A 17h55, Claude Gewerc n'avait toujours pas ouvert la porte. L'accord ne sera pas fait, à la grande déception et incompréhension du FdG.

 

Photo : une mêlée (Frederic Humbert/Flickr)

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Source Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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