Sarkozy : une série d'annonces de la dernière chance

Publié le 30 Janvier 2012

Pierre Haski | Cofondateur Rue89
Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89

Hausse de la TVA de 1,6 point, taxe Tobin, baisse de charges banque de l'industrie, permis de construire... : pour le Président, la crise impose une frénésie de mesures.


Nicolas Sarkozy en interview télévisée (BFM TV)

Pas moins de huit chaînes de télévision pour relayer la parole présidentielle, ce dimanche soir, suscitant ce bon mot du socialiste Laurent Fabius :

« Sarkozy a exigé de ne passer ni sur La Chaîne Météo, ni sur Equidia. On est quand même dans un pays très, très libre. »

Nicolas Sarkozy est intervenu à partir de l'Elysée, en tant que président de la République, pas (encore) candidat à la présidence. C'est donc en chef de l'Etat qu'il a annoncé des mesures économiques et sociales afin de compléter son portrait de « commandant-au-cœur-de-la-tempête, capable de prendre des-décisions-difficiles-mais-nécessaires ».

Le futur candidat de l'UMP – le doute n'est pas permis après l'annonce prématurée par Angela Merkel, la chancelière allemande, qu'elle participera à des meetings électoraux de l'UMP au côté de Nicolas Sarkozy – a joué son va-tout alors qu'il reste trop bas dans les sondages, à ce stade de la campagne, pour battre François Hollande au deuxième tour le 6 mai.

Quatre journalistes l'ont interviewé : Claire Chazal (TF1), Laurent Delahousse (France2), ainsi que François Lenglet (BFM-TV) et Jean-Marc Sylvestre (i-télé).

Une stratégie « à la Schröder »

« Il va la jouer Schröder. » Pour les proches de François Hollande, l'affaire était entendue depuis plusieurs jours : Nicolas Sarkozy s'inspire, pour sa fin de mandat, de l'exemple de l'ancien chancelier social-démocrate allemand.

Un homme qui a engagé des réformes très impopulaires, qui a fait descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue avant d'être battu dans les urnes.

Mais avec six ans de recul, le jugement à son égard a changé. Ses réformes sont à présent jugées essentielles pour expliquer la vigueur actuelle de l'Allemagne.

Comme Gerhard Schröder, qu'il a vu il y a un peu plus d'un mois, Nicolas Sarkozy aimerait rester comme un type courageux. Un Président qui se préoccupe plus de l'intérêt général que de sa propre réélection. La France ne peut pas « se payer le luxe d'une année d'immobilisme pré-électoral », avait-il averti au cours de ses vœux télévisés, le 31 décembre. « C'est le courage qui donne la force d'agir », assénait-il aussi dans un clip diffusé samedi par l'UMP.

En cas d'échec à la présidentielle, son camp pourra tenter de croire qu'il aura été sanctionné plus à cause de ces mesures difficiles qu'à cause des quatre années et demi qui les auront précédées.

Reste qu'on se demande comment la majorité gouvernementale – qui ne contrôle plus le Sénat – aura le temps de mettre en œuvre ce programme avant les prochaines élections.

Une série de réponses à François Hollande

Nicolas Sarkozy a entamé sa série d'annonces par deux dispositions destinées à torpiller François Hollande.

La première mesure du programme du candidat socialiste est une banque publique d'investissement ? Le président-candidat dégaine une banque de l'industrie, dotée d'un milliard d'euros et destinée à financer les PME.

Hollande a annoncé au Bourget que « tous les terrains disponibles possédés par l'Etat ou par des organismes dépendant de l'Etat [...] seront proposés aux collectivités locales gratuitement » ? Sarkozy propose « une mesure simple » : « tout terrain, toute maison, tout immeuble verra ses possibilités de construction augmenter de 30% ». Il en escompte :

  • une hausse du nombre de logements ;
  • une pression (à la baisse) sur les prix de l'immobilier ;
  • du travail pour l'industrie du bâtiment, « pas délocalisable ».

Trois mesures pour l'emploi

Pour lutter contre le chômage, Nicolas Sarkozy a annoncé trois mesures :

  • le doublement des sanctions contre les entreprises qui ne prennent pas plus de 5% de jeunes en alternance ; il veut développer la culture de l'apprentissage dans les services ;
  • une baisse des charges patronales sur les salaires jusqu'à 2,4 Smic ;
  • la réouverture de négociations sur le temps de travail par les partenaires sociaux (mais « Si les négociations bloquent de façon idéologique, le Parlement s'emparera de cela ») ; le prétexte de cette flexibilité accrue est le sauvetage des entreprises en difficulté. Nicolas Sarkozy admet que ce serait une remise en cause des 35 heures.

Une TVA sociale sans employer le mot

Nicolas Sarkozy a commencé par dire que la TVA sociale est « un mot qui n'a aucun sens », avant d'annoncer quelque chose qui lui ressemble : 1,6 point en plus pour le taux de TVA, qui passera donc à 21,2% en octobre prochain, destiné à compenser les allègements de charges dans l'industrie.

Le président a fait un long exposé pédagogique pour expliquer que ça devait éviter les pertes d'emploi en délocalisation dus à des charges plus élevées qu'en Allemagne, et s'est abrité derrière l'ancien chancelier – social-démocrate – Schröder, cité à deux reprises, pour justifier la mesure.

Cette hausse de la TVA, qui ne concernera pas les produits de première nécessité mais concernera tous les Français, remplacera les allègements de charges, qu'il a estimés à 13 milliards d'euros.

Un transfert de ponction qui a déjà été condamné par avance par les leaders de la gauche, car elle avait été annoncée dès samedi à la presse.

En plus, Nicolas Sarkozy a annoncé 2% de CSG de plus sur les revenus financiers.

Le président a présenté ce dispositif comme efficace contre les délocalisations. Et il a voulu, cette fois, montrer qu'il était à l'opposé des socialistes, citant l'attitude de Lionel Jospin face à Renault Vilvoorde, disant « l'Etat ne peut pas tout faire ». Oubliant qu'il avait fait des promesses non tenues aux sidérurgistes de Gandrange, il s'est engagé à sauver le site de production des ouvrières de Lejaby qui viennent d'apprendre la délocalisation de leur entreprise en Tunisie.

La retraite à 60 ans ? « Une folie »

Sans le citer nommément, Nicolas Sarkozy a cogné fort contre François Hollande sur la question de la retraite à 60 ans, même si le candidat socialiste a sacrément nuancé sa proposition sur le sujet, et ne prône plus le retour à 60 ans pour tout le monde.

« Une folie, un mensonge, une ruine pour la France », a-t-il dit. Il a répété une idée qu'il a maintes fois affirmée depuis des mois, selon laquelle « un lycéen sur deux sera centenaire ».

La rubrique Désintox de Libération, en mars, avait réglé son compte à cette idée, revenant sur la mésaventure de Jean-Marie Robine, chercheur à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) :

« En 2001, [...] Robine est cité dans le Parisien [...] : “C'est en fonction de ces critères que l'on arrive à la conclusion qu'un enfant sur deux qui naît actuellement sera centenaire.”

Pour Jean-Marie Robine, “c'est une phrase malheureuse prononcée devant quelques journalistes. J'ai tenté de rectifier. D'abord en précisant que si ce type d'affirmation était plausible, cela ne pouvait concerner que les filles, Mais même en spécifiant qu'on parle des filles, [...] c'est une hypothèse parmi bien d'autres”. »

Libération rappelait aussi les chiffres de l'Institut national d'études démographiques (Inde) :

« Dans l'hypothèse d'une poursuite régulière de la baisse de la mortalité, 11% des enfants nés en 2000 pourraient devenir centenaires (16% des filles et 4% des garçons) ».

Taxe sur les transactions financières

Depuis le temps qu'il en parlait... Nicolas Sarkozy a annoncé une taxe de 0,1% sur les achats de titres de toutes les entreprises cotées en France, « même si l'achat est effectué hors de France ». Seront aussi touchés « les achats spéculatifs par ordinateur ».

La taxe, qui ressemble à l'impôt de bourse qu'il a lui-même supprimé, doit entrer en vigueur au mois d'août. Faire et défaire...

« J'ai un rendez-vous avec les Français »

Un des attentes de cette soirée portait sur le prétendu blues présidentiel, distillé depuis des jours dans la presse. Allait-il passer du « off » au « on » ? Reconnaître publiquement des erreurs ?

« J'ai bien conscience du ridicule que peuvent avoir des états d'âme personnels », semble éluder Nicolas Sarkozy avant d'ajouter, confidence à l'appui (« En 2007, lorsque j'ai été élu, j'avais préparé deux déclarations : une si j'étais élu, l'autre si j'étais battu ») : « Le devoir de lucidité, ça compte dans la vie. »

Au chapitre des fautes avouées, il confesse de l'arrogance... mais il évoque ici son attitude à l'époque de la présidentielle de 1995.

Pour le quinquennat écoulé, « passé à la vitesse de la lumière », il évoque de vagues « regrets » et annonce qu'il s'en expliquera « le moment venu ».

« J'ai un rendez-vous avec les Français, je ne me déroberai pas et franchement, ça approche [...] De toute manière, il y a une date limite, le 16 mars. »

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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