Scandales de pédophilie dans l'Eglise, Benoît XVI embarrassé

Publié le 14 Mars 2010

Le Pape pourrait être éclaboussé par des affaires étouffées dans toute l'Eglise, mais aussi dans son propre diocèse allemand.

Le pape pendant la prière de l'Angélus, au Vatican, février 2010 (Alessandro Bianchi/Reuters)

C'est une véritable épidémie de révélations qui affecte désormais l'Eglise catholique sur la question des abus sexuels.

Il y a d'abord eu des cas anciens apparus dans la chorale de Ratisbonne, dirigée pendant 30 ans par le propre frère du pape, Mgr Georg Ratzinger. Ce dernier affirme qu'il s'agit d'événements antérieurs à son arrivée à la tête de la chorale, et sur lesquels il ne savait rien.

Mais, dans le Spiegel, un ancien élève, le metteur en scène et compositeur Franz Wittenbrink, affirme :

« On le savait tous. (…) Je ne peux pas m'expliquer pourquoi Georg Ratzinger, qui était maître de chapelle depuis 1964, ne pouvait pas être au courant ».

Plus gênant encore, on a appris qu'un prêtre présumé pédophile avait subi une « thérapie » en 1980 dans l'archevêché de Munich, alors dirigé par Joseph Ratzinger, l'actuel Benoît XVI, qui en avait été informé. Que savait-il et comment a-t-il géré cette affaire ?

En Allemagne, 170 plaintes en quelques semaines

Au total, en quelques semaines, on compte quelque 170 plaintes pour abus sexuels en Allemagne, couvrant les deux tiers des diocèses. Des révélations qui s'ajoutent à celles qui ont secoué l'Eglise américaine ces dernières années, puis celle d'Irlande où le nombre de plaintes dépasse les 14 000, ou encore l'Autriche, les Pays-Bas ou l'Italie.

Dernier pays en date, la Suisse, où la presse fait état de quelque 60 cas en cours d'investigation par l'Eglise suisse.

On est donc passés de quelques situations nationales où l'épiscopat local pouvait être jugé responsable de dérives couvertes par le secret de l'Eglise catholique, à une crise globale, qui la confronte à une crise morale profonde.

Pour Benoît XVI, la crise est double :

  • D'abord, il est personnellement concerné en raison de ses responsabilités antérieures en Allemagne. Que savait-il, et a-t-il participé à ce que la ministre allemande de la Justice vient de qualifier de « mur du silence » ? Nul doute que les enquêtes en Allemagne vont se poursuivre.
  • Mais surtout, c'est un des dogmes principaux de l'Eglise qui est au centre du débat : le célibat des prêtres, considéré comme une des causes possibles du problème.

« La règle du célibat, racine de tous les maux »

Le pape ne s'est évidemment pas prononcé sur les affaires de son ancien diocèse, sauf à exprimer son soutien, vendredi, à l'Eglise allemande qui s'est engagée à faire toute la lumière sur les affaires d'abus sexuels, et a présenté ses « excuses ».

En revanche, Benoît XVI s'est exprimé sur la question du célibat, réaffirmant vendredi son caractère « sacré » et « le signe de la consécration toute entière au Seigneur ». Pas question d'y toucher, donc, malgré les voix qui s'élèvent au sein même de l'église.

Parmi celles-ci, le théologien suisse Hans Küng, qui a autrefois enseigné en Allemagne et a eu comme collègue un certain Joseph Ratzinger. Küng, certes marginal au sein de l'église actuelle, a réclamé :

« l'abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux ».

Une autre voix, plus significative peut-être, est celle de l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, pour qui l'Eglise doit étudier la place du célibat des prêtres pour expliquer ces scandales.

Certes, comme le rappelait samedi un éditorial du Monde, ceux qui réclament l'abolition du célibat n'en font pas « un remède miracle contre la pédophilie ». Mais il souligne qu'« on n'a jamais relevé de phénomène de pareille ampleur dans des religions où les pasteurs sont mariés ».

Il est peu probable que le pape actuel se laisse ébranler par ces prises de position. Mais sa parole est aujourd'hui menacée par les révélations qui ne manqueront pas de continuer d'affluer, une fois la parole libérée, à la fois sur ses possibles responsabilités dans l'étouffement d'affaires en Allemagne, et sur l'ampleur du phénomène des abus sexuels dans l'Eglise.

 

Photo : le pape pendant la prière de l'Angélus, au Vatican, février 2010 (Alessandro Bianchi/Reuters)

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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