Sciences-Po en danger ? Renvoyons les pauvres et les étrangers !

Publié le 1 Mars 2012

Tribune 01/03/2012
Auteur Kenneth Schlenker | Ancien de Sciences Po

L'idée de cette tribune est de tirer avantage de manière parfaitement opportuniste de la clameur de haro sur Sciences-Po et son directeur Richard Descoings pour exposer une théorie qui me trotte dans la tête depuis un certain temps déjà et qui pourrait bien s'avérer utile pour résoudre l'ensemble des problèmes non seulement de Sciences-Po, mais également du système d'éducation français.

Et peut être même, si elle est appliquée avec suffisamment de rigueur, de la France dans son ensemble.

Le monde change, oui. Mais en mal

Quand je lis des papiers d'opinion qui bourgeonnent de toutes parts avec des témoignages poignants, souvent émouvants, sur l'évidente détérioration du niveau moyen des jeunes dans notre société contemporaine (un phénomène nouveau, depuis quelques années seulement), je ne peux m'empêcher de penser avec une certaine émotion au bon vieux temps de Sciences-Po.

Dans les années 1980, les étudiants valaient au moins quelque chose, et il y a plusieurs raisons factuelles à cela.

D'une part parce qu'ils étaient exclusivement français, pas comme ce troupeau difforme de barbares qui peuple aujourd'hui à plus de 25% les bancs de Sciences-Po, bien qu'étant incapables de rebondir sur les références de la dominante culture française, et qu'on appelle les étrangers.

Sciences-Po tend vers le club de vacances pour Bidochons

Parmi les Français restants, la part de provinciaux et de boursiers sur critère social explose, ce qui fait tendre statistiquement la rue Saint-Guillaume vers un club de vacances pour Bidochons à la recherche de sensations fortes dans la capitale. Enfin, la féminisation à outrance des bancs de l'école donne au tout un reflet prononcé de salon de coiffure.

Par ailleurs, à la glorieuse époque de Sciences-Po, la culture générale ça voulait dire que les étudiants savaient citer Balzac, Kierkegaard et Pierre Mendès-France dans la même phrase.

Ces jours-ci, les jeunes qui squattent les amphithéâtres de l'institut – et qu'on se complaît encore par pitié à appeler étudiants – sont bien incapables de mémoriser quoi que se soit.

En cours, leur processus d'apprentissage privilégié consiste à pianoter mollement sur un MacBook afin de parcourir un « newsfeed », draguer par « inbox » tout en regardant le dernier épisode de la série américaine du moment sur un site illégal.

Quand on leur retire l'accès au réseau – les privant ainsi du soutien de toute prothèse mnésique –, c'est tout juste si « l'étudiant » arrive encore à faire la distinction entre ce qu'il a retenu du cours de micro-économie et d'un sketch d'Omar Sy.

Revenir trente ans en arrière

Il faut bien qu'un jour quelque courageux se décide à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : la solution évidente aux problèmes de Sciences-Po consiste à revenir trente ans en arrière de façon unilatérale et irrévocable.

Pour commencer, il s'agirait de rétablir la prévalence de la culture française dans l'établissement et mettre fin à l'invasion étrangère.

En plus de renvoyer manu militari quelques milliers d'étudiants étrangers qui avaient prévu d'effectuer l'ensemble de leur cursus à Sciences-Po, il s'agirait de saboter quelque 350 accords d'échanges et double-diplômes avec des universités étrangères de tout calibre et de fermer quatre campus en régions spécialisés sur l'étranger.

Par suite, il faudra annuler l'obligation tyrannique d'apprendre l'anglais afin de s'assurer que les diplômés restent, tout au long de leur cursus, intégralement ineptes dans la langue de Shakespeare.

Si cela ne fera pas des Sciences-Po des étudiants normaux comme les autres, ça permettra tout du moins de les rattacher à la France et à ses valeurs (de les scotcher même), étant donné que le reste du monde sera bien incapable de les comprendre.

Un retour au « dresscode » des années 80

Il faudrait par la suite rétablir un vrai concours d'entrée sélectif, fondé sur la maîtrise d'une culture générale jalousement gardée dans l'enceinte des arrondissements à un chiffre de la rive gauche de notre capitale, afin de retrouver un niveau d'intelligence moyen décent dans les promotions ainsi qu'une étiquette plus propice à l'épanouissement de gens de bonne société.

Pour finir, on pourrait inciter les étudiants à adopter (sur la base du volontariat) un retour au « dresscode » 80's-Saint-Germain, ce qui rendrait les changements plus crédibles d'un point de vue extérieur.

Evidemment, il faudra également penser aux répercussions de ces changements sur l'attractivité du diplôme sur le marché du travail.

C'est pourquoi, afin de s'assurer que Sciences-Po reste malgré le retour aux années 1980 une formation toujours aussi pertinente pour les employeurs, il faudra exiger l'annulation de certaines évolutions historiques mondiales.

Renvoyer du système scolaire trois lycéens sur cinq

Afin de diminuer la concurrence à l'emploi, Il faudra commencer par renvoyer fissa du système scolaire trois lycéens sur cinq pour qu'ils ne passent pas le bac (en 1980, 25,9% d'une classe d'âge passait le bac contre plus de 65% aujourd'hui) et s'orientent de facto vers des métiers à moins forte valeur ajoutée.

Dans le but de les occuper, on pourrait envisager de rouvrir quelques mines à charbon, usines de déboulonnage et fermes agricoles. Pour les débouchés, il suffira d'interdire de façon autoritaire aux pays sous-développés de nous concurrencer à bas prix, méthode qui a fait ses preuves durant plusieurs siècles à l'époque ou l'Occident savait encore se faire respecter.

Je ne cherche pas à nier que quelques effets collatéraux seront à déplorer – comme le recul conséquent de l'espérance de vie et la richesse moyenne de quelques milliards d'individus concentrés sur les continents d'Asie et d'Amérique latine –, mais le jeu en vaut la chandelle.

En somme, revenir trente ans arrière reste le pari le plus sûr pour assurer l'avenir de Sciences-Po et celui de la France, doux pays de notre enfance.

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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