Sexe et légendes urbaines font bon ménage

Publié le 10 Août 2012

Sexe et effroi 21/10/2011 à 12h39
Auteur Renée Greusard | Journaliste , pour rue89.com  Rue89
 

« Les Histoires du Père Castor », série TV d’animation, 1993 

Des vers dans un vagin, un sexe masculin dans du pop-corn. L’hiver approche et autour de l’appareil à raclette, on aime à se raconter des histoires de sexe horribles, des légendes urbaines. Ouvrez vos oreilles, écarquillez les yeux, Rue89 se fait conteur moderne.

C’est quoi une légende urbaine ?
« Une légende urbaine c’est une anecdote de la vie moderne mais qui est partiellement ou totalement fausse. En fait c’est un pseudo fait divers, comme pour un fait divers d’ailleurs, son contenu est surprenant ou effrayant », définit Jean-Bruno Renard, sociologue, qui a beaucoup écrit sur le sujet, notamment dans « Légendes urbaines. Rumeurs d’aujourd’hui. »

Il précise aussi que ce récit n’est ni un mythe, ni un conte, c’est un peu une rumeur. « La rumeur peut en fait être l’énoncé bref de la légende. Le mythe, lui, se situe en dehors de l’histoire, tandis qu’il n’est jamais attendu que quelqu’un croit en un conte. »

 

 

Sachez d’abord amis riverains qu’il y a bien longtemps de cela, dans le passé, on parlait de légendes rurales et au coin du feu, on se racontait plutôt des histoires sur le quotidien à la campagne ou la vie religieuse.

L’adjectif « urbaine » désigne simplement le fait que nos légendes sont ancrées dans la vie moderne. Oui, aujourd’hui, on y parle surtout d’argent, de santé et de sexualité.

« La triade des préoccupations fondamentales de l’être humain », selon les sociologues Jean Bruno Renard et Véronique Campion Vincent, dans « De source sûre. Nouvelles rumeurs d’aujourd’hui ».

Car pour un sociologue, tout ça, c’est du pain bénit, comme l’explique Jean-Bruno Renard au téléphone :

« Ces légendes expriment de manière symbolique des peurs et des aspirations sociales. Ce sont des récits qui renforcent le sentiment d’être ensemble, en excluant d’autres personnes dont le comportement est montré du doigt. »

Tout cet article est d’ailleurs parti d’une discussion enjouée dans la rédaction de Rue89, d’un souvenir d’une collègue.

1

Gare aux zizis des garçons dans le pop-corn

 

Au collège, elle et ses amies se mettaient en garde. Il fallait être très prudentes, au cinéma, il y avait des garçons qui mettaient leurs zizis dans du pop-corn en faisant un trou au fond de la boîte. C’était un piège : ils le faisaient exprès pour que les filles leur touchent le sexe.

« On se le disait sur un ton amusé, mais on y croyait. Pour nous c’était vraiment un truc qui arrivait et on attendait presque qu’une fille le confirme un jour. »


Capture de « La Boum », de Claude Pinoteau, 1980 

Jean-Bruno Renard réagit :

« C’est une histoire qui a beaucoup circulé aux Etats-Unis, et dont on trouve une occurrence dans “La Boum”. Ce qui est intéressant c’est qu’il peut y avoir ce qu’on appelle un phénomène d’“ostension” : la légende urbaine donne des idées, elle est mise en pratique. »

Attitude dangereuse comme le prouve cette vidéo 100% vraie.

2

Coucher enlève l’acné. Euh non, coucher donne de l’acné

 

Simple. Efficace. Cela fait partie des choses que se racontent parfois les lycéennes. L’acné et le sexe, tout est lié ! Selon les versions, coucher permettrait de perdre son acné ou au contraire coucher donnerait de l’acné. Sur le forum Doctissimo, le sujet est abordé par une internaute inquiète et désireuse de perdre ses boutons. Elle se demande si son acné n’est pas liée à sa virginité.

« J’aurais voulu savoir si, personnellement, vous aviez remarqué ce genre d’effet ou pas, c’est tout ! Ça doit être mon côté scientifique tout simplement... »

Jean-Bruno Renard commente :

« Ces rumeurs circulent plus facilement parmi de jeunes gens inexpérimentés. Il y a d’ailleurs beaucoup de récits qui tournent autour de la virginité. »

3

Fossettes = sexe

 

Encore chez les jeunes, on raconte que les filles qui ont des fossettes dans le bas du dos seraient celles qui ont déjà eu des relations sexuelles. Confirmation par un collègue.

« On disait ça au collège, oui. Mais en fait je crois qu’on disait aussi que les filles les meilleures au lit avaient ces fossettes. »

Jean-Bruno Renard remarque que souvent la légende urbaine traîne à la frontière du lieu commun.

« C’est par exemple le cas avec l’idée du sexe surdimensionné des Noirs. C’est une croyance qui a longtemps fait penser que les Noirs étaient proches de l’animal. »

Le chercheur cite alors le travail de Serge Bilé qui a écrit un ouvrage entier consacré à cette question : « La Légende du sexe surdimensionné des Noirs ». On y apprend que cette croyance existe depuis la Grèce et la Rome antique.

4

Sexe dans l’eau : attention danger !

 

C’est un récit très répandu que Jean-Bruno Renard et Véronique Campion-Vincent citent dans « De source sûre. Nouvelles rumeurs d’aujourd’hui ». L’histoire d’un couple qui s’offre une petite soirée comme il faut, à base de champagne et de jacuzzi. Ils s’installent « confortablement dans les remous du bain chaud. »

« Champagne aidant, caresses en plus, le couple décide, tout excité, de faire l’amour dans l’eau. Après seulement quelques ébats, les amoureux comprennent que quelque chose ne va pas.

Par le va-et-vient du pénis dans le vagin, une succion s’est créée. Ils sont collés et la douleur est tellement grande qu’ils ne peuvent rien y faire. Après quelques contorsions, ils réussissent à appeler des secours et sont conduits aux urgences. »

Ici est illustré un caractère important des légendes urbaines, elles sont un peu réacs sur les bords. Dès qu’un personnage sort du schéma de la petite famille, il est souvent puni. Jean-Bruno Renard :

« Ce qui est condamné dans ce récit-ci, c’est une fantaisie sexuelle. Les légendes urbaines mettent régulièrement en scène des comportements jugés déviants.

Ici, le couple est coincé et l’on assiste à une justice immanente. Les deux jeunes gens sont punis par les conséquences même de leur mauvaise action. »

5

Vers dans le vagin ? Son petit-ami était nécrophile

 

Celle-ci est très chouette. Auteure de ces lignes, je dois reconnaître que plus jeune, j’y ai moi-même cru. L’ami qui l’avait racontée la tenait d’une amie gynécologue de sa mère. Il était de bonne foi. C’est le flou des sources qui a permis à l’histoire de vivre. Un classique pour Jean-Bruno Renard.

« Les légendes urbaines sont des créations collectives. Même s’il peut arriver qu’une personne malveillante mente, à la base la plupart des personnes sont de bonne foi, mais c’est le principe du “téléphone arabe”... Les informations se déforment. »

Bref, personne n’est jamais à l’abri et voici l’histoire.

« Une jeune fille s’est plainte de fortes démangeaisons vaginales. Elle va consulter un gynécologue qui lui explique qu’elle a des vers dans le vagin. Il lui précise qu’ils ne sont pas là par hasard, car il n’y a que deux manières d’en être infestée : avoir des relations sexuelles avec un homme nécrophile ou zoophile.

Attention chute.

‘Le petit-ami de la jeune fille en question travaille dans une morgue.’

Jean-Bruno Renard :

‘Il y a une double condamnation ici : l’adultère et la perversion.’

Par ailleurs petites précisions médicales par Delphine Hudry, gynécologue :

‘On ne peut pas attraper’ des vers par relation sexuelle. On peut éventuellement avoir des vers microscopiques dans l’anus par contamination digestive.

Dans ce cas, il peut y avoir ponctuellement deux ou trois vers dans le vagin du fait de la proximité avec l’anus, mais pour qu’ils s’installent, il faudrait vraiment qu’il y ait un gros manque d’hygiène.”

6

Du sperme dans le bain ? Elle tombe enceinte

 

Allez une dernière pour la route ! Lue chez Jean-Bruno Renard et Véronique Campion-Vincent.

“Dans une cité universitaire mixte de Wuppertal, un jeune homme s’était
masturbé dans la baignoire de la salle de bain commune. Après qu’il eût
fini de se baigner, une étudiante entra dans la baignoire pour profiter de
l’eau encore chaude.

Après quelques semaines, la jeune femme s’aperçut qu’elle était enceinte. Mais elle ne comprenait pas pourquoi, et encore moins par qui. Ce n’est qu’en reconstituant peu à peu les choses qu’elle finit par découvrir la vérité.”

Au téléphone avec le sociologue, je m’étonne : “Mais elle n’a rien fait de mal là ? Pourquoi cette ‘punition’ ?” Il explique que la condamnation tacite, ici, est celle d’une vie en communauté entre garçons et filles.

“Et puis, elle s’est quand même baignée dans l’eau de quelqu’un d’autre. Il y a un problème d’hygiène.”

A Rue89, on a encore faim d’histoires, racontez-nous les vôtres en commentaires !

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