Sombre mercredi pour Jeudi noir au tribunal

Publié le 7 Janvier 2010

Photo : la place des Vosges sous la neige (Euzesio/Flickr)

En partenariat avec LesInrocks.com

Les membres du collectif Jeudi noir, qui occupent un hôtel particulier place des Vosges depuis deux mois, passaient mercredi devant la justice après une plainte de la propriétaire des lieux.

La présidente, Michèle Blin, avait prévenu dès l'ouverture de l'audience au tribunal d'instance du Ve arrondissement : le procès de Jeudi noir ne doit pas devenir « une tribune politique ».

Douze personnes sont assignées pour l'occupation d'un hôtel particulier de 1 000 mètres carrés habitables, sur la très chic place des Vosges. L'immeuble du XVIIe siècle a été réquisitionné le 31 octobre par le collectif Jeudi noir, qui milite pour le droit au logement des étudiants à faible ressource.

Une médiatisation favorable à Jeudi noir

Les militants affirment que le bâtiment est inoccupé depuis 1965 par sa propriétaire de 87 ans sous tutelle, Béatrice Cottin. Parmi les personnes citées, certaines nient faire partie des occupants. Dix autres se sont auto-désignées et comparaissent également. Un joyeux bordel s'éteint à l'entrée de la cour, dans une salle d'audience bondée de militants et de journalistes.

Les avocats de Mme Cottin demandent l'expulsion des occupants et une indemnité d'occupation de 69 663 euros par mois. « Nous allons enfin pouvoir aborder le respect des lois », commence Maître Claire Waroquier, excédée par une médiatisation plutôt favorable au collectif :

« Nous avons entendu que c'est un immeuble inoccupé depuis 40 ans alors que c'est la résidence principale de Mme Cottin. »

L'intéressée vivrait « provisoirement » en maison de retraite après des ennuis de santé, mais voudrait selon sa défense réintégrer l'hôtel particulier de la place des Vosges. Son avocate s'agace contre les squatteurs :

« C'est finalement assez marrant d'être logé sans rien payer, a fortiori place des Vosges. On est en train de jouer la montre contre une dame de 87 ans. On vient nous dire “ ces pauvres étudiants… ”. »

« En droit », interrompt la présidente, qui refuse de dévier vers le sentimentalisme ou la colère. Les plaignants demandent au tribunal d'agir sans délai pour expulser les étudiants.

« Je ne vois pas ce qui justifie l'expulsion brutale »

Pascal Winter, avocat des membres du collectif, se joue du méli-mélo de ceux qui habitent place des Vosges et de ceux qui ne faisaient que passer. « J'ai communiqué la liste à la partie adverse », fait-il valoir. « Sans justificatif », l'interrompt son contradicteur. Blasphème judiciaire : jamais on ne coupe un avocat dans sa plaidoirie. La présidente essaie d'apaiser les choses :

« Allez, vous n'avez pas été interrompu et vous ne le serez pas. Continuez. »

Maître Winter reprend :

« Les gens que je représente ne sont pas là pour le fun. Ils n'ont pas les moyens de se loger. Il est faux de dire que madame Cottin habite dans les lieux. Les travaux dans cet immeuble ont été arrêtés depuis au moins quinze ans et personne ne l'occupe. »

L'avocat plaide les circonstances particulières qui ont conduit à l'occupation des lieux, l'absence de dommage et leur intention de restituer le bien quand les travaux de rénovation commenceront, comme cela s'est fait rue de la Harpe « Je ne vois pas ce qui justifie l'expulsion brutale », conclut-il. Le jugement sera rendu le 18 janvier.

 

Photo : la place des Vosges sous la neige (Euzesio/Flickr)

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Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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