Stéphane Guillon : « Je ne m'excuse jamais »

Publié le 26 Mars 2010

Au cœur d'une polémique après une chronique sur Eric Besson, l'humoriste a accepté de parler à Rue89 de son travail.

L'affiche du spectacle de Stéphane Guillon (DR)

« Mon équipe m'a dit pas de politique, pas de religion, aucune attaque sur le physique. Depuis mes histoires à France Inter… » Applaudissements. Stéphane Guillon sourit. Ce sont ses premiers mots sur la scène du théâtre Dejazet où, depuis le 12 janvier, il fait salle comble.

Difficile pour lui de ne pas se réjouir de l'énorme publicité que lui font les critiques d'Eric Besson, puis les excuses de Jean-Luc Hees à Eric Besson etc.

Comme tous les soirs, en prélude à son spectacle, il fanfaronne avec drôlerie :

« Nicolas Sarkozy critique mon travail, mais il doit avoir d'autres priorités, la fosse septique du Cap Nègre », « je ne suis pas Mesrine ! »

L'affiche même de son spectacle fait référence à ses déboires avec les hommes politiques qu'il agace (notamment DSK qu'il croque le mieux) : un écriteau autour du cou, « en tournée », façon inculpé.

Durant deux heures, l'acteur campe une dizaine de personnages sur scène : des politiques, un photographe de mode à Kaboul (éblouissant), un milliardaire ému le 12 octobre 2008 par le plan de sauvetage des banques, un directeur de prison ennuyé par la mort d'un détenu, un prof d'histoire en 2040 enseignant les deux quinquennats de Nicolas Sarkozy, un quadra terrorisé par la vieillesse…

Lorsqu'on l'interroge sur l'importance de la politique dans son spectacle, Stéphane Guillon est presque peiné :

« Ce n'est pas que politique… C'est plus social. Je suis frappé que beaucoup ne retiennent que le début et la fin du spectacle. J'ai été le premier à me dire que ce serait fatiguant d'être constamment à charge sur le Président. »

« Ni à Canal, ni à France Inter, je ne me suis jamais bridé. »

On lui rapporte les propos d'une spectatrice qui « trouve ça bien qu'il parle de politique, utile ». Stéphane Guillon, répond se méfier du « rire moralisateur », mais admet que si l'humour amène à la réflexion, c'est tant mieux :

« Je parle de Nicolas Sarkozy parce qu'il est omniprésent. Tout tourne autour de lui. Je ne suis pas dans une démarche politique. Je tape aussi sur les autres. Je suis dans l'humour, si ça fait réfléchir tant mieux. Je ne viens pas délivrer un message. »

Il occupe la scène plus de deux heures sans parvenir à s'arracher des planches - il rallonge avec des anecdotes, son public en redemande. Contrairement à ses chroniques radio (quatre minutes trois matins par semaine), là, s'il est plus touchant, il est plus frontal encore aussi :

« On a plus de temps sur scène… Il y a des choses que je dis au bout d'une demi-heure de spectacle, que je ne peux pas dire en cinq minutes. Le travail de construction d'un spectacle n'est pas le même que celui d'une chronique.

On peut aller plus loin sur scène. Il y a des choses qu'on peut dire parce qu'on a le temps, parce que le public vient me voir alors qu'à la radio, ils peuvent tomber sur ma chronique par hasard… l'écriture n'est pas la même. Mais ni à Canal, ni à France Inter, je ne me suis jamais bridé. »

Il ajoute en rigolant : « Je devrais peut-être. »

Alors que tout le monde ne parle que de la méchanceté de Stéphane Guillon à 7 heures 55 sur France Inter, son spectacle ne manque pas non plus de perfidie. Y compris vis à lui de lui-même, « enfant et adulte sans histoires ».

Dans l'un de ses sketchs, il raconte une enfance et une vie assez paisible, sauf une histoire de feuille morte à l'école maternelle. Des malheurs, il n'en a pas. Autant s'approprier ceux des autres pour faire rire, raconte-t-il sur scène.

« Je ne dis pas que je suis Desproges »

Méchant lui ? La question lui a été posée mille fois mais depuis la polémique avec France Inter, même les humoristes semblent débattre des limites de leur métier :

« Ce qui me gêne quand on me parle de la méchanceté et de tous les gens que j'admire - Thierry le Luron, Coluche, Desproges - c'est qu'aujourd'hui l'humoriste mort est culte. Je lis à mon sujet “N'est pas Desproges qui veut”, je ne dis pas que je suis Desproges.

Quand Bouvard explique que quelqu'un de méchant, c'est quelqu'un qui se lève avec le désir de blesser… Je ne me suis jamais levé en me disant lui, je vais me le faire. Je pointe l'action d'un homme, pas l'individu. »

Ereinté par pas mal de critiques, il dit « plus rien ne me blesse » puis il rit longuement après avoir dit : « Les grands cogneurs sont des grands encaisseurs » :

« Je me suis tanné le cuir et c'est normal. Je ne peux pas en envoyer autant sans en prendre. Ce que je trouve injuste, malhonnête, c'est de parler de mon travail sans l'avoir vu. »

En plein festival d'excuses à la radio, Stéphane Guillon dit assumer l'ensemble de son travail :

« Je ne m'excuse jamais. Je ne regrette aucun de mes papiers. »

Il n'a pas trop envie de parler de sa chronique où il imaginait Eric Besson en taupe du FN dans le gouvernement, pas envie de rajouter de la petite phrase à la polémique. Il préfère laisser passer un bel orage.

 

 

Stéphane Guillon, mise en scène de Muriel Cousin, au théatre Dejazet du 12/01/2010 au 01/05/2010, 41 boulevard du Temple, à Paris.

Photo : l'affiche du spectacle de Stéphane Guillon (DR)

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Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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