Sur France Culture, on conseille d’éviter la banlieue après 16 heures

Publié le 22 Novembre 2012

Rue89


TEMPS FORTS

Tribune 22/11/2012 à 13h17

Sur France Culture, on conseille d’éviter la banlieue après 16 heures

Auteur Pablo Limon


 
Tribune

Mercredi matin, peu avant 9 heures, Philippe Trétiack, spécialiste d’architecture, journaliste au magazine ELLE et chroniqueur sur France Culture, présente sur la radio publique ses réflexions hebdomadaires.

Le projet

L’architecte Edouard François, pour son projet à Champigny-sur-Marne, compile trois types d’habitat en un bâtiment :

  • au rez-de-chaussée, des maisons de ville ;
  • au-dessus, un échantillon de barres HLM ;
  • au sommet, six pavillons.

Sa chronique de ce mercredi 21 novembre porte sur des bâtiments construits dans cette zone considérée comme un « no man’s land » absolu par Philippe Trétiack : la banlieue parisienne [il s’agit de 114 logements créés par l’architecte Edouard François à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), ndlr].

Cachant mal son excitation à nous parler d’un lieu qui lui paraît si exotique, ce journaliste nous apprend que les immeubles en question sont tellement hors du commun qu’ils en constitueraient presque « un centre-ville qui n’aurait aucune périphérie autour. [...] Ça vaut toutes les installations d’artistes que vous avez dans les musées »

 

En bon journaliste du service public, Philippe Trétiack s’essaye alors à convaincre l’auditeur de tenter l’aventure pour se rendre sur place en faisant usage d’un argument imparable : l’édifice serait l’égal d’une installation d’art contemporain, seule raison valable à ses yeux pour que son cher public aille s’aventurer au-delà du périphérique.

Eviter les « ados désœuvrés »

Philippe Trétiack reconnaît que l’idée est saugrenue. Aller en banlieue ? Pour voir du logement social ? Désirant montrer à son auditoire que son snobisme consistant à émettre ce genre de proposition n’est heureusement que pur verbiage, le chroniqueur prévient les « pionniers » qui s’y risqueraient :

« C’est quand même un quartier dur. Ça veut dire qu’il faut quand même pas y aller le mercredi, il faut pas y aller le samedi matin.

Je ne veux ostraciser personne, mais enfin c’est quand même des endroits où quand vous êtes pas du coin, on vous repère, et parfois il peut y avoir des télescopages un peu violents. »

Des télescopages... Insultes ? Vols ?


Les immeubles construits par Edouard François à Champigny-sur-Marne, le 17 janvier 2012 (PIERRE VERDY/AFP)

A ses collègues lui en demandant la raison, il explique qu’il s’agit de moments où les ados sont désœuvrés.

Des jeunes délinquants et paresseux

Il ajoute :

« Tous les gens vous diront que dans les cités dures, il faut pas y aller à partir de 4 heures de l’après-midi, quand les gens se réveillent. »

Suggérer que les jeunes des quartiers sont des délinquants ne suffit donc pas. Il faut savoir être complet, faire montre d’exactitude. On est sur le service public après tout : tout le monde sait donc que les jeunes de ces quartiers se lèvent à 16 heures. Délinquants ET paresseux.

Ces mots auraient été prononcés à la télévision par Eric Zemmour, à une heure de grande écoute, nous aurions pu être choqués. Mais là, entre gens de gauche éduqués, pourquoi ne pas se permettre quelques plaisanteries ?

J’en ai encore des crampes d’estomac tellement ça m’a fait rire… J’ai éteint ma radio. J’avais la nausée. Bonne journée sur France Culture.

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