Traité européen : pour Julien Dray,"la gauche va y perdre son âme"

Publié le 9 Octobre 2012

Publié le 09/10/2012 à 15h01 | Mise à jour : 09/10/2012 à 16h33
Auteur Jefferson Desport, Pour Sudouest.fr
40 commentaire(s)

Traité européen : pour Julien Dray,"la gauche va y perdre son âme"

Pour l'ancien député de l'Essonne, le traité défendu par Hollande et Ayrault ne fera qu'aggraver la situation. L'aile gauche du PS a gagné une voix.

S'il était encore député, Julien Dray, aurait voté, ce mardi, contre le traité européen. L'ancien parlementaire de l'Essonne fait en effet partie des rares socialistes à s'opposer ouvertement à ce texte pourtant farouchement défendu par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Mais comme il l'a expliqué à Sudouest.fr, ce traité, en l'état, ne va qu'aggraver la situation. C'est l'une des raisons pour lesquelles, il a rejoint l'aile gauche du PS.

Sudouest.fr. Quand on a été proche de François Hollande est-il difficile de s'opposer à ce traité ?

 

Julien Dray. Déjà en février je faisais partie des quelques députés ayant voté contre. Je suis donc cohérent avec moi-même et avec une certaine analyse qui se résume d’une manière simple : si on ne desserre pas l’étau de rigueur qui s’est abattu sur l’Europe, si on ne retrouve pas des éléments de croissance, on ne s’en sortira pas et la gauche y perdra son âme.

Sur votre blog, vous dénoncez l’austérité de ce traité en parlant de « carnage économique, social et politique ». C’est ce qui nous attend ?

Quand on voit ce qui se passe en Grèce, en Espagne, au Portugal et ce qui s’apprête à se passer en Italie, c'est assez révélateur. En Grèce, des gens ne se soignent plus, des fonctionnaires travaillent sans être payés. En Espagne, des milliers de fonctionnaires sont menacés de perdre leur emploi. Oui, il y a des drames sociaux derrière cette rigueur. Ce sont les conditions de vie des gens qui sont en jeu.

Pourtant, Jean-Marc Ayrault attend une majorité nette de la part des députés…

Ce qui va se passer est très simple et je prends date ici, nous n’atteindrons pas les prévisions de croissance, y compris celles prévues par la loi de finances. A partir du moment où nous sommes dans une rigueur budgétaire terrible, il n’y a aucun élément qui permette de restaurer la confiance et de retrouver la croissance. Sans croissance, les recettes fiscales diminuent. Et comme elles diminuent, pour atteindre les objectifs de restriction budgétaire, on est obligé de donner un tour de vis supplémentaire sur les dépenses. C’est une spirale sans fin qui conduira forcément l’ensemble des chefs d’Etat à reconnaître que l’objectif des 3% ne pourra pas être atteint.

Voter contre ce traité est-ce affaiblir François Hollande ?

Non, ça ce sont les arguments d’autorité toujours employés dans ce genre de situation. Au contraire, il faut permettre au président de la République de dire, y compris à la chancelière allemande, que cette politique de rigueur avec cette réduction drastique des finances publiques, ne passe plus. Le risque, c’est que l’Europe, elle-même, soit remise en cause tout simplement car les forces anti-européennes vont s’alimenter du malaise social. Il faut permettre au président de la République de dire qu’une autre stratégie est nécessaire.

Pour l’heure, cette aile gauche du PS est orpheline de certains de ses leaders comme Benoît Hamon. Est-ce qu’un ministre, ça doit se taire?

C’est une question que chacun doit se poser. Quand on veut être l’aile gauche du parti, le moment de vérité, c’est quand la gauche est au pouvoir. Avant, c’est toujours facile. Mais quand la gauche est au pouvoir, on ne doit plus être dans une position esthétique mais dans une position de fermeté. C’est là qu’il faut savoir résister. En 1998, nous avons été quelques députés à voter contre le traité d’Amsterdam, et nous annoncions que si on appliquait ce traité, il y aurait un vrai risque de déception. Résultat, il y a eu la défaite de 2002. C’est pour ne pas recommencer cette erreur qu’il faut tenir bon.

Vous regrettez ce silence d’Hamon ?

Je ne suis pas dans la polémique avec tel ou tel camarade. Je laisse chacun juge. Mais l’heure de vérité, c’est maintenant.

Il y aura aussi le congrès de Toulouse. Vous qui avez écrit une contribution sous la forme d’une pièce de théâtre, avant de rejoindre la motion de l'aile gauche, ne craignez-vous pas une mascarade avec la candidature imposée d’Harlem Désir ?

Harlem Désir est un homme droit, honnête et bosseur. Mais je pense que la réforme des statuts faite il y a deux ans pour éviter que ne se reproduise le drame du congrès précédent, n’est pas une bonne réforme. Quand on impose les choses, quand on donne le sentiment que ça se passe ailleurs, on le paye toujours. Les gens ne disent rien, mais se détournent.

Justement, le débat ne sera-t-il pas le grand absent de ce congrès ?

Ce congrès a été fait dans la précipitation mais je pense malgré tout qu’une alternative de gauche commence à se construire. Et elle ne peut aller qu’en grandissant. Car le seul chemin pour la gauche, pour qu’elle reste fidèle à ses engagements, c’est celui-là et il ne peut y en avoir d’autres.

Dès lors peut-il y avoir une surprise à Toulouse ?

Il n’y aura pas de surprise. Quand vous avez toute la direction du parti, tous les ministres et tous les dirigeants de fédération qui se sont mis d’accord entre eux, il faut avoir du courage et de la ténacité pour lever la main et voter contre.

politique · François Hollande
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Vos commentaires 40
 
pontaillac
09/10/2012, à 21h19 Alertez
S O OU EST LA LIBRE EXPRESSION ON A PAS LE DROIT ATTAQUE LA HOLLANDE MAIS VOUS NE VOUS ETES PAS GENER POUR ATTAQUE MR SARKOZY A MEDITER S O
 
 
ulysseditac
09/10/2012, à 20h26 Alertez
Qui parle?
 
 
skadub
09/10/2012, à 20h16 Alertez
Le mur n'est pas loin ...
 
 
philomène bordas
09/10/2012, à 19h52 Alertez
De toute façon le traité est voté au parlement Européen!! tous les pays de la Zone Euro sont condamnés à des restrictions, les députés de la majorité font du cinéma!! l'Allemagne qui a traîné des pieds, a finalement était obligé d'accepter, maintenant nous attendons les dégats.
 
 
pasvu
09/10/2012, à 19h42 Alertez
@pontaillac
Oui la gauche n'a rien dans le pantalon. Pour s'en convaincre il suffit de regarder le couple présidentiel pour voir qui porte les bourses.

Ils n'ont pas besoin d'un référendum, ils sont majoritaires, donc ils font ce qu'ils veulent avec notre argent et celui de ceux qui ont voté pour eux.

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Publié dans #citoyens d'europe

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