Un débat entre Besson et Guillon serait « grotesque »

Publié le 3 Avril 2010

Eric Besson au QG de l'UMP le soir du deuxième tour des régionales, le 21 mars (Charles Platiau/Reuters)

Monsieur le ministre Eric Besson, je vous écris aujourd'hui car j'ai été choqué par vos propos tenus dans le journal Libération du 29 mars, après la chronique de Stéphane Guillon sur France Inter. Vous avez dénoncé avec violence, le travail de cet humoriste en qualifiant notamment ses propos « de facho, mal déguisés sous un look bobo et une vulgate supposée gaucho ».

Par votre réaction, vous semblez détourner le rôle de l'humoriste, le rôle de Stéphane Guillon. Retenir les mots de ses chroniques, ses attaques et autres pitreries humoristiques me semble absurde de la part d'un homme politique.

La présomption du faux, du grotesque et de la caricature doit peser sur le travail de l'humoriste. Il n'est en aucun cas là pour dire la vérité, faire l'éloge d'un homme ou de son travail. Il doit faire rire, simplement rire.

Or, les accusations que vous lancez à l'encontre de Guillon laissent penser que vous prenez au sérieux ses chroniques, que cela ne serait pas de l'humour mais de vraies attaques personnelles portant soit sur votre physique, soit sur votre travail au sein de votre ministère.

Un ministre a la contrainte d'être exposé à la satire

Demander un débat est absurde. Un débat peut avoir lieu sur des sujets sérieux, fondés et rationnels, entre des gens sérieux, qu'ils soient journalistes, chercheurs ou politiques… Mais un débat entre un ministre et un humoriste me paraît grotesque.

Devrait-il expliquer devant vous pourquoi il pense que vous avez « des yeux de fouine » et « un regard fuyant » ? Devrait-t-il décomposer ses blagues, une par une pour retenir celles qui sont drôles et s'excuser pour celles qui dépassent les limites ?

Non, un homme qui devient ministre a des devoirs, des obligations, mais aussi des contraintes. Et la première de ces contraintes est d'être exposé à la satire et aux blagues de certains humoristes.

Vous n'auriez jamais exigé un débat avec une marionnette des Guignols ni avec un imitateur, tel que Nicolas Canteloup, alors pourquoi l'exiger avec Stéphane Guillon ?

Vous jouez les martyrs médiatiques et les victimes politiques

Les attaques d'un humoriste à propos d'un homme public m'inquiètent beaucoup moins que la question que l'on se pose très souvent depuis deux ans : quand Guillon sera-t-il licencié de France Inter ? Hélas, le climat actuel, le fait que des journalistes soient régulièrement limogés (Paris Match, JDD), les excuses du directeur de Radio France, ne me rassurent pas sur ce point.

Plus grave encore est votre comparaison avec la presse d'extrême droite. Dans votre réponse à Libération, vous affirmez que les chroniques de Guillon vous rappellent « les méthodes de la presse d'extrême droite à l'entre-deux-guerres ». Selon moi, cela n'a évidemment aucun rapport si l'on écoute l'ensemble des chroniques de Stéphane Guillon. Encore faut-il ne pas le juger après de simples SMS reçus de certains amis.

Je considère que ces propos sont graves et viennent renforcer l'incohérence de votre diatribe. Personne n'a oublié votre réaction face à ceux qui comparaient votre destin politique à celui de Pierre Laval ou à celui d'autres personnages sombres de l'Histoire.

Personne n'a oublié non plus que vous aviez menacé de porter plainte contre toutes les personnes qui feraient de telles comparaisons. Vous n'hésitez donc pas à dénoncer les martyrs médiatiques, alors même que vous vous placez en victime politique.

Des auditeurs pris en otages par le « pleutre Guillon » ?

Vous rappelez également que France Inter est une radio « qui appartient à la nation » et non pas, contrairement à ce que certains peuvent penser, à l'actionnaire : Nicolas Sarkozy. Vous ne devez pas non plus ignorer que les chroniques de Stéphane Guillon sont écoutées chaque matin par plus de deux millions d'auditeurs.

Ce qui laisse penser que les gens n'ont pas l'impression d'être pris en otages par le « pleutre Guillon », comme vous aimez l'appeler, mais plutôt qu'ils savent faire la part des choses entre l'humour et la réalité.

Vous accusez aussi Guillon de faire du « racisme ordinaire » sur vos origines et celles de votre compagne. Pourtant, ce racisme ordinaire n'est pas l'apanage de cet humoriste. Personne ne vous a entendu vous offusquer des nombreuses parodies des Guignols de l'info qui mettaient en avant ce que vous appelez le racisme ordinaire, notamment après la blague (relève-t-elle du racisme ordinaire, elle aussi ? ) de Brice Hortefeux sur les Arabes et les Auvergnats.

Cette polémique me paraît donc bien inutile, venant d'un ministre qui semble avoir beaucoup plus d'armes que n'importe qui en France qui ne travaille pas au gouvernement, qui devrait avoir autre chose à faire que de s'attarder sur le traitement qui lui est fait à la radio ou dans les journaux.

 

Photo : Eric Besson au QG de l'UMP à Paris, le soir du deuxième tour des régionales, le 21 mars (Charles Platiau/Reuters)

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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