Un des auteurs des caricatures de Mahomet échappe à la mort

Publié le 3 Janvier 2010

Kurt Westergaard en 2006 (Reuters)

La fatwa est un plat qui se mange froid. Plus de quatre ans après la première parution des caricatures de Mahomet au Danemark, qui avaient suscité une vague de protestations dans le monde musulman, un des auteurs des dessins a été victime d'une tentative d'assassinat. Son agresseur, un Somalien de 28 ans, est lié à un groupe islamiste somalien qui vient d'annoncer son ralliement à la mouvance Al Qaeda.

Kurt Westergaard, l'un des douze auteurs des caricatures controversées, vit à Aarhus, dans le nord du Danemark, avec des mesures de sécurité exceptionnelles depuis les menaces de mort dont il a fait l'objet au plus fort de la polémique en 2005 et 2006. Après s'être caché pendant deux ans, il a décidé l'an dernier de reprendre une vie « normale », mais dispose, dans sa maison, d'une pièce sécurisé dans laquelle il s'est réfugié avec sa petite fille de cinq ans lorsqu'il a entendu quelqu'un briser une vitre pour entrer dans sa résidence.

Il a alors activé le bouton d'alerte relié à la police. C'est ce geste qui l'a sauvé. Très vite sur les lieux, la police a tiré et blessé l'agresseur, qui était armé d'une hache et d'un poignard.

L'homme était connu des services de police danois, et appartient, selon elle, au mouvement islamiste somalien Al-Shebab, qui, en septembre dernier, annonçait son « adhésion » à Al Qaeda dans une proclamation intitulée « A ton service, Oussama [Ben Laden, ndlr] ».

Conflit de civilisations ?

Cette tentative de meurtre fait brusquement revenir à la surface l'affaire des caricatures de Mahomet, un des épisodes de tensions les plus fortes entre une partie du monde musulman révolté par l'atteinte à l'image de son prophète, et l'Occident drapé dans sa défense de la liberté d'expression, y compris la liberté de caricaturer les religions.

En France, l'ensemble des caricatures, y compris la plus controversée représentant le prophète Mahomet affublé d'un turban en forme de bombe, avaient été reproduites début 2006 par Charlie Hebdo, affaire devenue célèbre car l'hebdomadaire satirique a été poursuivi par la Mosquée de Paris, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la ligue islamique mondiale. Il fut relaxé à l'issue d'un procès auquel témoigna en particulier Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur.

La tentative d'assassinat de Kurt Westergaard, quatre ans après les faits, rappelle le sort de Salman Rushdie, l'auteur des Versets sataniques, frappé par une fatwa de l'ayatollah Khomeini lui-même, et qui vit depuis entouré de mesures de sécurité permanentes.

Elle rappelle aussi le destin tragique de Theo Van Gogh, le réalisateur néerlandais assassiné en 2004 par un islamiste d'origine marocaine, pour avoir fait un film jugé blasphématoire par les intégristes.

Même lorsque ces affaires s'apaisent, comme ce fut le cas pour les caricatures de Mahomet, les auteurs restent à la merci d'un geste d'un individu prenant les slogans au pied de la lettre, ou voulant prouver, avec le zèle des nouveaux convertis, son ralliement à une cause, comme dans le cas des Shebab de Somalie, si cette piste avancée par les policiers danois est bien confirmée.

Photo : Kurt Westergaard en 2006 (Reuters)

Dessin de Large

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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