Une peine réduite après la découverte de « mauvais gènes »

Publié le 1 Novembre 2009

Lors d'une bagarre, le 10 mars 2007 à Udine en Italie, Abdelmalek Bayout a poignardé à mort un homme qui l'avait traité de « pédé ». Mais un élément a attiré la clémence de la cour d'appel de Trieste : la mise en évidence de « gènes de la violence » dans son ADN.


Ces gènes, a estimé la Cour, prédisposaient le prévenu à un comportement agressif, dans une situation où il était provoqué. De neuf ans et deux mois de prison (en première instance), la peine de prison a été ramenée à huit ans et deux mois.

Avant de décider de réduire sa peine, le juge d'appel, Pier Valerio Reinotti, avait ordonné qu'une nouvelle étude indépendante fut menée pour déterminer les problèmes mentaux du prévenu, déjà constatés en première instance. C'est dans ce cadre que les neurologues Pietro Pietrini (University de Pise) et Giuseppe Sartori (Université de Padoue) ont repéré, dans le patrimoine génétique de l'assassin, plusieurs gènes suspectés d'être à l'origine de comportements agressifs.

Une prédisposition à mal réagir en cas de provocation

L'une des références de leur rapport est une étude menée en 2002, sur un échantillon de plus de 1000 enfants et jeunes adultes entre 3 et 26 ans, sous la direction de Terrie Moffit. L'étude portait sur le gène de la monoamine-oxydase A (MAOA). Le MAOA est un enzyme qui aide le cerveau à s'adapter à des situations de stress : lorsque l'activité de cet enzyme baisse, les comportements agressifs sont favorisés. Or certaines mutations du gène du MAOA seraient moins efficaces que d'autres dans la « production » de l'enzyme apaisant.

Dans leur rapport, les deux scientifiques italiens suggèrent que, du fait de ses gènes particuliers, Bayout était prédisposé à mal réagir en cas de provocation. « Il existe des preuves de plus en plus solides que la combinaison de certains gènes, dans un contexte d'insultes, peut prédisposer à certains comportement », a assuré Pietro Pietrini. Le juge a été convaincu.

Le jugement a été rendu dans l'indifférence, il y a un mois, avant qu'un journal, le Messaggero Veneto, ne le repère et lui consacre un article. Ses conséquences, s'il faisait jurisprudence, seraient vertigineuses. Ce jugement va en effet bien au-delà des circonstances atténuantes pour problèmes psychiatriques. Il laisse entendre que certains gènes, par leur présence même, amoindriraient la responsabilité sociale des hommes.

Les scientifiques minimisent le rôle des gènes

Mais si la justice se mèle de génétique, on peut se demander quelle sera la prochaine étape. La constitution d'une police génétique « pré-crime » chargée de mettre les « futurs délinquants » sous surveillance ? L'avortement de tous les foetus portant ces « mauvais » gènes ? Bienvenue à Gattaca !

Les scientifiques interrogés par le magazine scientifique Nature sur la décision de la Cour d'appel de Trieste sont dubitatifs. « Nous ne savons même pas comment le génome fonctionne », réagit ainsi Giuseppe Novelli, généticien à l'université Tor Vergata à Rome, jugeant que des tests portant sur des gènes isolés sont selon lui « inutiles et onéreux ».

En France, la question du lien entre génétique et criminalité avait été au centre d'une controverse pendant la campagne électorale de 2007. Le candidat Nicolas Sarkozy avait en effet fait part de sa conviction que les gènes permettaient d'expliquer les suicides ou la pédophilie.

Les scientifiques admettent qu'il existe des « vulnérabilités » somatiques ou psychologiques liés aux gènes ; mais leur importance, dans l'explication des comportements, ne pèse presque rien, comparée, par exemple, à l'environnement social ou familial.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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